‹ La Mode Pratique 3:(16) 121-128Chapitre 1 sur 10 · AU CONCOURS HIPPIQUE · texte numérisé non relu

AU CONCOURS HIPPIQUE

enérâlement on voit peu de costumes printaniers aux premières réunions du Concours hippique ; les étoffes claires, les vraies nouveautés ne se montrent guère qu’aux dernières réunions. Mais cette année il a fait si beau dès la fin de mars qu’on a dû modifier les traditions : on étouffait dans les robes d’hiver, les garnitures de fourrure semblaient une anomalie; il a bien fallu renoncer au plaisir de montrer enfin ces jolies toilettes que le froid oblige à dissimuler, pendant la mauvaise saison, sous d’épais manteaux qui ne laissent pas deviner la grâce d’un corsage, et voilent meme souvent toute la jupe. J’avoue que ces déplorables conséquences du beau temps ne m’étaient pas apparues tout d’abord. Je me réjouissais du soleil tout bonnement; on m’a expliqué ce que son apparition trop précoce avait de fâcheux, d’intempestif ; d’autre parties couturières, les marchands d’étoffes,de garnitures, les modistes sont ravis d’un changement si subit de température, tout à fait favorable à la prospérité de leurs affaires : La Fontaine nous avait avertis qu’on ne peut « contenter tout le monde et son père » ; il paraît que le bon Dieu lui-même n’y réussit pas.

Tout bien considéré, les satisfaits nous paraissent, dans ce cas, plus intéressants que les mécontents : c’est que ceux-là n’auraient aucune compensation si leurs affaires allaient mal, tandis que les belles dames ont la ressource d’être jolies dans leurs robes de printemps et elles en profitent si bien que leurs regrets doivent être vite oubliés.

Nous avons noté tant et tant de choses, pendant ces quinze jours, qu’il est impossible de les résumer toutes dans une causerie, nous signalerons les plus originales.et celles qui ont un caractère général, qui sont une manifestation des tendances de la mode; nos croquis reproduiront les autres.

Une jolie nouveauté, c’est l’apparition, sur les costumes tailleur , des grands cols et des revers de piqué blanc, mobiles, placés sur le col et les revers de drap ou de serge, à la façon des cols marins que portent les enfants ; c’est frais, correct, bien printanier et très pratique, quoique fragile, puisqu’une simple blanchisseuse peut remettre à neuf cette parure dès qu’elle est défraîchie.

Le succès du satin de laine, incontestable, nous paraît moins justifié : sur cinq robes nouvelles il y en a une ou deux en. satin de laine; les fabricants ne suffisent pas à la demande, presque tous ont entrepris cette fabrication, très peu la réussissent à souhait; la plupart des satins de laine que l’on voit sont raides, forment des plis secs et sans grâce, leur éclat est dur, froid, fait penser au brillant spécial du satin de Chine pour doublure : seul le satin russe , que nous avons récemment dé-

de l’étoffe et disposée sur la moire. On continue à chercher des effets nouveaux par des rencontres et des mélanges de couleur inattendus : le vert et le bleu, le rouge et le violet, le bleu et l’ophélia, habilement rapprochés ou bien dégradés, fondus, passant l’un dans l’autre, font presque tous les frais de ces combinaisons. Un des plus jolis exemples que j’en aie vus était une capote-toque garnie de larges primevères de Chine passant du violet aubergine au bleu hortensia; deux grosses touffes de ces fleurs ornaient le chapeau devant et derrière, sur les côtés une draperie de ruban vert-bourgeon s’enlevant en nœud-aigrette au milieu pour alléger l’aspect d’ensemble.

Très joli aussi un grand paillasson bleu marin avec large nœud à quatre coques en ruban de taffetas glacé bleu-marin et ophélia, garni de grosses touffes de violettes d’un ton un peu clair et légèrement rosé.

D’autrefois on obtient un effet neuf par le dessin seul, en laissant tout à fait de côté la couleur; on remarquait beaucoup un petit chapeau ainsi compris, ni capote, ni chapeau rond, mais pouvant remplacer l’un ou l’autre de ces genres : le fond plat était en paillasson vieil or; devant et derrière, une barrette en ruban de moire noire drapée, soutenue par une de ces longues boucles de jais si à la mode; sur les côtés, au-dessus des oreilles, le ruban s’épanouissait en cocarde, de façon à figurer à peu près la silhouette du chapeau arlequin ; au milieu, et dissimulant presque la forme, s’épanouissait une touffe de petites têtes de plumes d’autruche noires, givrées. Souvent ces chapeaux tout noirs ou presque tout noirs sont ornés de rubans bien nouveaux, en moire, sillonnés de cordons en minuscules paillettes qui suivent quelquesunes des ondulations produites* par le moirage. On utilise aussi ces jolis rubans dans la confection des collets élégants, en les alternant avec des entre-deux ou des pointes en guipure rousse, crème ou noire.

Le plus souvent ces vêtements légers ne sont pas doublés, quelquefois cependant on les pose sur une doublure de couleur claire qui forme un joli transparent pour la guipure.

Dans l’un ou l’autre cas ces collets, composés de dentelle ,et de rubans, sont d’une extrême élégance et ne sauraient convenir aux jeunes filles; on fait pour elles de petits mantelets très séduisants, mais sans aucune garniture, en forme de fichu Marie-Antoinette, taillés dans une soie légère, de préférence à reflets glacés afin qu’ils puissent aller à peu près avec tout.

Ces vêtements se composent d’un simple lé d’étoffe souple, légèrement ëchancré dans le haut de façon à suivre la forme du cou et des épaules, arrondi du bas et terminé par deux longs pans carrés qui vont s’attacher dans le dos comme une ceinture-bébé ; un volant froncé fait de la même étoffe que le fichu et surmonté d’un bouillonné à petite tête garnit tout le tour du mantelet; on ne saurait rien imaginer de plus simple, de plus gracieux et en même temps de plus facile à copier : les nouveautés du même genre qui feront leur apparition aux vernissages nous

crit en parlant des tissus de printemps — La Mode n° 8, — échappe complètement à ces défauts; il est souple et d’un joli brillant, mais comme son prix est un peu élevé, on le contrefait, c’est ce qui nous vaut tant de.robes médiocres, quoique leur nuance et leur façon soient charmantes.

Le satin russe beige, la serge, le petit drap, les tissus mélangés, toujours beiges et de tous les tons de beige, se garnissent de drap ou de bengaline vieux bleu tendre; la réunion de ces deux couleurs est tout à fait en faveur, surtout pour les costumes se rapprochant un peu du genre tailleur, pour les complets à petite veste Eton, par exemple, ou pour ceux à jaquette overcoat ou à veste prolongée en petite basque ondulée. Le beige très clair se garnit aussi de moire noire, avec applications de grosse guipure exactement assortie au ton général

DOBE de joulard glacé bleu marin et blanc a puis vert-algue , manches et col drapé en v velours miroir bleu marin , jabot de dentelle blanche, chapeau paillasson garni de dentelle blanche et d'aigrettes noires. (Document photographique de la maison Reutlinger, 21, boul. Montmartre.)

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