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La Mode Pratique 3:(19) 145-152

C omme tous les ans, la cohue traditionnelle se pressait dans les salons de peinture le jour du vernissage, cohue un peu mêlée, il faut le reconnaître. Cette petite fête, réservée autrefois aux artistes et à quelques privilégiés, tend de plus en plus, grâce au nombre des cartes délivrées pour la circonstance, à perdre son véritable caractère, et devient en réalité l’ouverture du Salon.

Inélégance n’y gagne pas — quoique nous ayons remarqué quelques jolies toilettes. Comme nous l’avons dit, les grandes lignes de la mode n’ont pas beaucoup changé depuis un an; les jupes restent droites pour la plupart; peut-être un peu plus collantes devant et sur les hanches, l’ampleur s’étalant seulement derrière en larges godets qui partent de la taille, et sont formés soit par de grosses fronces, soit par des plis creux.

Quelques robes drapées en étoffe légère nous ont paru très réussies; les tissus d’été remettront-ils décidément ce genre en faveur? c’est la question que se posent la plupart des couturiers, sans qu’on puisse la résoudre encore.

Il est certain que les femmes un peu fortes ont tout intérêt à renoncer aux jupes cloches, qui ne les avantagent pas; quelle que soit la forme de jupe choisie, les garnitures sont très sobres; peu de volants, des galons disposés en pointes; des rubans ou de la dentelle; celle-ci joue le principal rôle comme ornement des corsages qui ne nous ont jamais paru plus jolis, ni plus variés ; nous avons vu des vestes entières en point à l’aiguille, le dos plat posé sur le corsage, l’emmanchure ornée d’un volant assez large retombant sur la manche, et les devants fixés seulement dans le haut et tombant jusqu’à la taille, comme les pans d’une étole un peu courte; d’autres ne forment le boléro que sur le devant du corsage et s’arrêtent dans le dos comme un empiècement carré; ces garnitures sont d’un prix assez élevé, mais elles suffisent pour orner une robe et ne sont pas plus dispendieuses, tout compte fait, que la quantité de volants, de rubans ou d’entre-deux qu’on employait l’année dernière.

Non seulement la mode autorise les corsages de soie différant des jupes de lainage avec lesquels on les porte, mais encore elle permet de faire la jupe et les manches de même étoffe, tandis que le corsage se recouvre de mousseline de soie, de tulle uni ou pailleté, de dentelle, de surah plissé accordéon d’une toute autre teinte ; nous signalons ces combinaisons parce qu’elles nous paraissent avantageuses au point de vue économique ; mais il faut les employer avec discernement pour qu’elles conservent un caractère de nouveauté et d’élégance.

crème, froncé à l’encolure et à la taille, était serré à la taille par un corselet en guipure à pointes assez longues, dirigées vers le haut du corsage, le tulle s’échappant entre chaque pointe. Une guipure de même dessin, mais sans pointes, était légèrement froncée autour de l’encolure et retombait en collerette sur le tulle. Des manches de taffetas glacé vieux rose et un col drapé en velours miroir vert-laitue un peu foncé complétaient cette toilette très simple en réalité, et d’un aspect charmant.

Si nous la décrivons ainsi en détail, c’est qu’elle se prête à une infinité de modifications; on peut arranger ainsi une robe de soie de l’année précédente, pourvu qu’elle soit fraîche, ce qui est une condition essentielle toutes les fois qu’on emploie comme garniture un tissu léger, tel que la mousseline de soie ou le tulle pailleté; la doublure du corsage sera recouverte de petite soie de même teinte que le tissu léger ; cette soie doit être complètement invisible si l’on veut laisser au corsage son aspect flou et vaporeux; on obtient cet effet non pas en donnant beaucoup d’ampleur au tulle ou à la mousseline de soie qui le recouvre, mais en superposant plusieurs doubles de ces tissus, les premiers étant posés à plat sur la soie, et celui du dessus seulement très froncé.

Nous ne conseillons pas d’assortir la mousseline de soie ou le tulle à la teinte de la robe; il est préférable de le prendre, suivant les cas, crème, ou ficelle ou noir; on obtient une teinte moyenne en recouvrant le corsage de mousseline de soie noire sur laquelle on pose une dentelle ou une broderie légère écrue ou crème ; cette guipure simule une veste ouverte devant et dans le dos sur la mousseline de soie noire, qui sera disposée en cravate et en coquillé devant à l’encolure. Cet arrangement, inspiré évidemment par une des toilettes de Cabotins , peut s’allier avec presque toutes les teintes, il sera surtout joli avec le vert-amande, le beige, le vieux rose. Un corsage de soie noire recouvert de tulle noir, avec ceinture en passementerie de jais à pointes sera très élégant et très pratique; si on emploie du tulle pailleté, il faudra choisir une passementerie ornée de paillettes.

La jeune femme, dont la jolie toilette nous a suggéré ces diverses combinaisons, avait entre les mains un flacon de sels d’un genre nouveau et si pratique, que l’on nous saura gré de l’indiquer.

Le flacon en lui-même n’a rien que d’ordinaire, ou plutôt tous les flacons peuvent être utilisés; ce qui est nouveau, c’est que les sels qu’il contient sont secs , solidifiés, et se présentent sous la forme d’une sorte de pastel.

Celles de nos lectrices qui sont assez sujettes aux étourdissements, aux défaillances, pour porter habituellement sur

Elles doivent paraître voulues, et non pas nécessitées par un arrangement quelconque. Nous avons vu dans ce genre une bien jolie robe de jeune fille ou de très jeune femme en taffetas glacé à petits carreaux vieux rose et crème, avec des reflets vieux rose de plusieurs tons. La jupe, toute droite, formait dans le dos de larges godets ; le corsage, recouvert de tulle illusion

Fig. i.

APOTE entièrement recouverte de paillettes noires, garnie de deux ailes et d'une aigrette fantaisie givrées. (Modèle de Mme Meunier. 20. rue du 4-Septemhre.) Boléro de velours noir garni de larges revers de moire et d'un gilet de crêpe de Chine ivoire avec col assorti.

Süode 3/utiÿUô

elles un flacon de sels anglais, comprendront immédiatement les avantages de la forme solide : elles ont eu

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le monde de ce liquide violent et acide qui faisait la vertu des j sels anglais, mais qui

-> avait l’inconvénient

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noires, des bluets,

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médiablement endommagés par le voisinage d’un flacon de sels? Aussi cette nouvelle invention paraît-elle tout à fait séduisante.

Mais revenons à notre sujet.

Les petits carreaux noirs et blancs, mordorés et blancs sont toujours fort à la mode; cependant je ne crois pas que leur règne puisse être de longue durée :

TffESTE et jupe de lainage carmélite. Veste arrondie dans le bas, laissant voir une ceinture drapée en velours assorti au lainage. Col drapé de même velours.

r APE AU de paille de ri$ noire garni de tâtes de plumes d'autruche noires et de ruban de satin vieux bleu. Passe doublée de velours noir.

ces robes sont trop voyantes, on en est déjà fatigué, quoique leur faveur ait commencé seulement avec le printemps ; elles ne conviennent qu’aux femmes élégantes qui changent constamment de toilette, et nous ne les conseillons pas à nos lectrices économes ; le noir et blanc est très seyant avec le col drapé et la ceinture de satin cerise. Nous regrettons que l’on ait abusé de cette charmante combinaison au point de la rendre déjà banale.

Les petits collets de soie noire sont si nombreux qu’ils deviendraient presque un uniforme, s’il n’était possible de les varier à l’infini en modifiant leur garniture ; on les fait avec tous les genres de soie, depuis les brochés à petits dessins, pois, grains de café, etc., jusqu’aux moires antiques pailletées; ils sont souvent garnis d’un grand col marin taillé de façon à former des godets dans le dos, qui se termine en pointe sur le devant du collet ; ce col est bordé de dentelle noire légère, froncée, ou plissée accordéon, de tulle uni ou pailleté; l’encolure se termine par une ruche bien fournie assortie à la garniture du col marin; ce qui caractérise les collets de cette année, c’est leur différence de dimension avec ceux de la saison précédente; ils ne cachent pas la taille ; quelques-uns sont même si courts qu’ils se confondent avec la robe et semblent n’être qu’un empiècement très orné.

Si les chapeaux ronds se font plus grands, et les capotes plus courtes, les uns et les autres se ressemblent par la quantité de fleurs dont on les couvre; il serait bien difficile d’indi-

nOBE de lainage changeant vert-amande et héliotrope, jupe cloche. Corsage froncé serré à la taille par une ceinture pareille à la jupe. Empiècement à huit pointes en soie à côtes héliotrope garni de galon vert et or. Manches bouffantes.

(Modèle de Mme Moslard, 96, rue St-Lazare.)

quer les nuances et les fleurs ROBE en bengaline de laine carmélite ■ ceinture J ■

rl a >-° be ’ g™ de torthe carrée faite d’unTolant *

préférées; le lierre, le réséda, les géraniums, les grandes primevères du Cap, les

Empiècement de guipure bise mélangé Vor^Manch^ botlffantes.

(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.)

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