ROBES D'ETE
J e ne sais si mes lectrices partagent cet avis, mais il me semble beaucoup plus amusant de combiner des robes d’été que des robes d’hiver.
Celles-là permettent, bien plus que celles-ci, des inventions ingénieuses, des arrangements d’une jolie fantaisie; elles peuvent être faites de presque rien, toute leur valeur est dans le choix des couleurs, dans la grâce, la fraîcheur de l’aspect ; enfin, avec le prix d’une seule toilette d’hiver, on peut (nous l’avons prouvé chiffres en mains l’année dernière La Mode,’ n° 25), avoir tout un assortiment varié de robes d’été, et cela seul justifierait notre préférence, non seulement aux yeux des jeunes femmes coquettes, qui profitent de l’équivalence de prix que nous signalons, mais encore devant les personnes avant tout économes, qui se contentent volontiers d’une ou deux robes, mais désirent les payer le moins cher possible. Quoi qu’il en soit, que l’on y prenne plaisir ou non, il est temps de s’occuper des toilettes qu’on doit emporter à la campagne ou aux bains de mer. Elles ne seront pas tout à fait du même genre dans ces deux cas : pour la campagne, les étoffes légères, la mousseline de laine, le crépon ou le tissu de coton, suffisent; il sera bon d’y joindre; si l’on va au bord de la mer, au moins un costume genre tailleur en lainage chaud et moelleux; même conseil si l’on passe l’été dans le voisinage des montagnes. Pour mettre un peu d’ordre dans nos renseignements, nous parlerons successivement des robes dont on peut avoir besoin aux différentes heures de la journée, que l’on choisisse la campagne, la plage ou la montagne, une station fréquentée ou un petit coin écarté, en dehors de tout mouvement mondain.
Chacune de nos lectrices prendra de nos conseils ce qui s’applique à son cas particulier, ce qui cadre avec ses goûts, ses habitudes et aussi son budget.
Et d’abord quel costume choisir pour le voyage? Si vous écoutez nos avis, madame, vous trouverez ce costume dans votre garde-robe, car vous aurez fait faire au printemps, pour la fin de février ou le commencement de mars, pour la saison des courses à pied sous l’indiscret soleil du printemps, une toilette toute neuve, toute fraîche, d’un genre très simple, en tissu mélangé, peu salissant, quelque chose de net et de correct, sans garniture ni fanfreluches. Cette robe doit être encore très
fraîche, si on ne l’a point maltraitée, elle vous servira comme tenue de voyage ; vous la porterez tout l’été,
. -. le matin pour aller
, prendre votre bain,
par les jours gris, par les temps frais, a la promenade; et cet automne, quand le jour sera moins brillant, elle ne paraîtra pas encore trop défraîchie et vous rendra de très bons services pour faire vos courses de
Fig. 1.
DOBE de reps de soie beige clair garnie de velours antique vieux bleu , cache-point de fantaisie beige et bleu au corsage. Manches à bouffants de velours . Petite basque taillée en rond formant pointes sur les hanches.
(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.)
maîtresse de maison, en rentrant à Paris. Mais peutêtre quelque raison bonne ou mauvaise vous a-t-elle empêchée de suivre nos conseils et de préparer cette robe au moment opportun? Réparons bien vite cette omission.
Le choix de la forme ne comportera pas de bien longues hésitations : la jupe ne peut être que droite, plate devant et sur les hanches, montée derrière en deux gros plis creux, triples ou quadruples, s’évasant en triangle par le bas. Elle sera ronde, ornée cinq, sept ou neuf rangs de piqûres ou, si on le préfère, tout unie ; l’étoffe et la doublure seront taillées de façon que les lisières soient placées verticalement et non en haut et en bas du patron, comme on le faisait l’année dernière; car l’expérience a permis de constater que les jupes coupées dans le travers de l’étoffe se déforment rapidement, raccourcissent devant, s’allongent sur les côtés.
On peut diviser le patron de façon que le lé du devant forme une sorte de tablier étroit, bien marqué par une piqûre simple ou double; mais il faut alors que le corsage ; veste Eton, jaquette courte ou demi-longue, soit couturé de la même façon par des piqûres. La jupe sera doublée d’alpaca léger, de polonaise ou de faille ; une bande de mousseline dite caoutchouc , taillée en biais sur 20 à 3o centimètres de haut, posée entre l’étoffe et la doublure, donnera de la fermeté au bas de la robe, qui sera renforcé d’une tresse de laine cousue à plat contre cette même doublure.
Pour la forme du corsage, nous aurons un peu plus de liberté de choix, quoique la simplicité absolue, l’absence de garnitures fragiles, restent une condition nécessaire. On fait beaucoup de jaquettes courtes, à basque plate devant et sur les hanches, ondulée derrière; tantôt ces jaquettes sont tout à fait ajustées; tantôt elles tombent tout droit devant et ne dessinent la taille que dans le dos et sur les hanches. Ce qui est très nouveau, ce sont les jaquettes genre vareuses, à peine cambrées à la couture du dessous de bras, droites devant et serrées à la taille derrière par une martingale. Les revers de ces-jaquettes sont petits, de forme classique, enfin tout à fait genre tailleur; on réserve les grands revers d’une coupe fantaisiste pour les boléros qui conservent une belle majorité de fidèles, malgré l’ancienneté de leur succès. Ces revers sont rarement d’une étoffe pareille à la robe ; on les recouvre soit de moire ou de bengaline à grosses côtes, soit de drap blanc, soit enfin de revers mobiles en piqué, coupés exactement sur le patron du revers de lainage, et montés, comme les cols marins des petits garçons, sur une brisure que l’on fixe à la doublure de la veste. Les devants croisés et boutonnés, ou bien ouverts sur une chemisette, ont un égal succès ; mais les premiers sont beaucoup plus difficiles à réussir; ils donnent à la taille, s’ils n’ont pas une coupe
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Fig. 2 .
JAQUETTE fantaisie en arap J léger beige roux doublée de surah et garnie d'entre-deux de guipure ocre. Col marin formant revers devant en moire ou en piqué assorti à la guipure.
Cravate de tulle point d'esprit.
parfaite, un aspect lourd et carré ; les devants ouverts, plus abordables pour le talent d’un petit tailleur ou
d’une couturière modeste, doivent aussi d’ailleurs être coupés judicieusement : s’ils vont s’écartant vers la taille, ils la font paraître grosse et courte ; pour éviter cet effet, il faut, au contraire, qu’ils se rapprochent en arrivant à la ceinture, de façon à ne laisser entre eux qu’un espace de 5 à 8 centimètres; cet espace paraît d’ailleurs toujours plus grand, la veste n’étant jamais tout à fait adhérente au buste.
Enfin, en dehors des jaquettes et des vestes de diverses formes, on a encore la ressource du collet-tailleur tout simple, assorti à la jupe, orné seulement de piqûres, et porté sur une chemisette de soie.
J’ai vu, dans ce genre, une bien jolie combinaison : la jupe et le collet en toile de laine changeante bleu marin et vert; le corsage en surah également changeant, tout plissé accordéon, des mêmes tons que le lainage, et serré à la taille par une petite ceinture drapée en velours bleu. Le collet était à trois pèlerines piquées, tombant juste à la taille devant et dans le dos, relevant un peu sur les côtés; un col rabattu, avec petit revers à cran, ornait l’encolure. Cette forme, l’assemblage de ces couleur?, étaient du plus heureux effet; cependant rien ne peut être plus facile à copier; c’est même la combinaison que nous conseillerons, de préférence à toute autre,
aux personnes qui veulent entreprendre elles-mêmes ce travail, toujours difficile parce qu’il ne souffre point de défauts : un costume tailleur.
Comme étoffe, on fabrique, pour ce genre de robe, quantité de bures, de serges, de toiles de laine, des nuances les plus variées, unies, mélangées ou à reflets glacés; nous avons décrit, il y a quelques semaines, (Lainage de printemps numéros 7 et 8 ), les patrons les plus nouveaux.Mais, quoique la mode soit absolument éclectique, ces étoffes n’ont pas toutes un égal succès :
il y a deux ans, la majorité des préférences allait aux tissus mélangés, beige ou gris; Fig. 3. l’été dernier
DOBE de soie à côtes beige gris garnie de ^ aser ^ e ^^ eu /v guipure gansée noire et d'applications de J 1 ] 311 ] 1 °. Ui moire lisérées d'un fil de perles. Corsage de blonde avait mousseline de soie , épaulettes de guipure . tous les suc- Ceinture en moire noire. Cravate-jabot en tulle, cès ; cette
année on voit surtout des robes tailleur à petits cai reaux noirs et blancs ou en alpaca à gros grain, noir ou beige.
Une toilette très commode, parce qu’elle peut être plus ou moins habillée selon les circonstances, se compose d’une jupe en alpaca noir et d’une veste
Fig. 4.
DOBE de lainage mélangé gris-bleuté et mais; col marin formant revers, en étoffe semblable à la robe et en bengaline gris-bleuté, petite basque à godets tenant au corsage dans le dos mais rapportée devant. (Voir 14 description p. 157, col. 1.)
(Modèle de Mme Moslard, 96, rue Saint-Lazare.)
pareille s’ouvrant sur un gilet croisé en piqué blanc, à boutons de nacre. Les reyers en moire noire de la veste sont cachés par des revers mobiles en piqué blanc ; une grosse cravate en tulle de soie blanc entoure le cou, s’étale en coques légères sous le menton, et vient se
Fig. 5.
perdre dans le gilet croisé : voilà pour les grands jours, et j’ajouterai que dans l’après-midi, en cette saison, on peut faire bonne figure partout ainsi habillée ; si l’on veut au contraire une robe qui puisse passer tout à fait inaperçue, même au milieu d’autres toilettes très simples, il suffit de supprimer le tulle, le gilet et les
revers de piqué, enfin tout le blanc, que l’on remplacera par une blouse ou un devant de foulard, de mous-
seline de soie noire, ou de batiste imprimée fond vieux bleu, rose, maïs, mauve, etc.
Une petite chemisette genre chemise d’homme à plastron empesé, avec cravate régate ou i83o fait aussi très bien. L’afpaca est solide, ne prend pas la poussière, ne se tache pas à l’eau; la faveur toute nouvelle dont il jouit nous paraît donc très méritée ; c’est seulement au cas où l’on passerait l’été dans un endroit où les soirs et les matins sont frais — sur certaines plages très éventées par exemple, ou bien dans les montagnes — que nous conseille-
Fig. 6.
DOBE de crépon broché nuance ^ tourterelle, petite veste de moire noire doublée de moire blanche, revers de moire blanche. Plastron et col drapé en guipure blanche. Capeline de paille de ri% noire, garnie de têtes de plumes d’autruche noires.
rions un tissu moins léger et plus moelleux, bure ou serge souple, par exemple.
Dans les mêmes circonstances et pour les ‘excursions à pied, les blouses de flanelle blanche, semblables aux chemises d’homme, seront commodes et très agréables au porter.
Voilà des idées pour les robes de voyage, qui doivent être, nous le répétons, peu fragiles et faciles à endosser promptement sans le secours d’une femme de chambre.