‹ La Mode Pratique 3:(21) 161-168Chapitre 1 sur 7 · ROBES LÉGÈRES POUR L’ÉTÉ · texte numérisé non relu

ROBES LÉGÈRES POUR L’ÉTÉ

N ous avons décrit la semaine dernière les modèles les plus nouveaux de costumes-tailleur, et nous avons vu qu’il est très utile, presque indispensable, d’avoir un de ces costumes. On pourrait meme, à

la rigueur, s’en contenter si l’on n’a pas l’occasion de sortir le soir; mais cette manière de s’habiller, commode et correcte, n’est pas aussi économique qu’on pourrait le croire; de plus elle a le défaut d’être un peu monotone, ennuyeuse pour une jeune femme ; nous ne conseillerons donc pas à nos lectrices de réduire leur garde-robe à une si simple expression.

Il est bon d’avoir à côté du classique costume tailleur, dont nous apprécions du reste tout le mérite, quelques robes légères, d’un genre plus fantaisie, d’une façon très simplifiée, faites d’étoffes sans valeur, mais d’un ton frais et seyant; de ces robes qu’on ne craint pas de confectionner à la maison, parce qu’on est à peu près sûre de les bien réussir, si inexpérimentée que l’on soit.

L’économie et l’élégance trouveront leur compte à cet arrangement, car ces petites robes, d’un prix insignifiant, permettront de ménager les toilettes de lainage, faites par un tailleur ou une bonne couturière; et d’autre part elles seront plus dans la note, plus en harmonie avec la saison et le cadre qui les entoure, plage ou campagne, qu’une sévère robe tailleur.

Nous avons longuement expliqué l’année dernière, avec chiffres à l’appui, les avantages de cette combinaison ; nous ne reviendrons pas aujourd’hui sur ces calculs, puisqu’il suffit de relire la causerie sur la Mode des numéros 25 et 26 pour s’assurer que l’on peut avec i 5 o fr., prix approximatif d’une robe de lainage faite par une couturière modeste, composer tout un petit trousseau de robes légères pour l’été.

A ce point de Fig. 2. vue, le problème

est toujours le même; ce qui a changé, c’est la façon dont on le résout; et encore a-t-elle vraiment changé? Si l’on examine les six dessins qui accompagnaient notre causerie de l’année dernière (figures 3 , 4, 5 , 6 ,11, 12, i 3 du numéro 26, année 1893), il faut bien reconnaître que pas une de ces robes n’est démodée : à côté de ces modèles on en a créé d’autres, voilà tout. Nous allons décrire ceux qui nous ont paru les plus jolis.

Disons d’abord que toutes ces toilettes, sauf celle que représente la figure 4, peuvent se faire en forme de longue blouse, jupe et corsage d’une seule pièce, avec ceinture de ruban

Fig.

Fig. 3 .

DOI3E de soie à côtes changeantes, bleu libellule et ophélia, grande berthe de v dentelle de Bruges. Ceinture de velours noir, boucle en cailloux du Rhin.

(Document photographique de la maison Reutlinger, 21, boulevard Montmartre.)

très ajustée et montée sur baleines, serrant la taille; quand la ceinture est bien faite, quand on s’habille avec soin et qu’on est mince, cette forme n’a que des avantages : simplicité excessive de la façon, facilité de lavage et de repassage.

Elle présente au contraire quelques inconvénients quand on s’habille maladroitement, ou pour les personnes qui ont la taille très cambrée, le buste développé, les hanches saillantes ; il arrive souvent alors que la jupe ne paraît pas bien ronde, soit parce que l’ampleur de l’étoffe est mal répartie sous la ceinture, soit parce que les courbes de la taille la font relever devant et sur les hanches ; il est facile d’éviter ce défaut en coupant l’étoffe à la hauteur de la ceinture.

La jupe et le corsage sont alors montés sur une bande d’étoffe pareille à la robe, et prise en double. Il faudra une ou deux heures à peine pour faire ce petit travail; le blanchissage ne sera guère

plus compliqué, et l’on sera délivrée du souci de disposer les fronces autour de la taille chaque fois qu’on s’habille.

En tout cas, ni la jupe ni le corsage ne sont doublés, à moins qu’il ne s’agisse d'un modèle comportant un empiècement, comme les figures 1 ou 4, par exemple. Ces empiècements mêmes ne doivent être soutenus que par une petite batiste blanche, si on ne veut pas retirer à la robe un de ses mérites : la facilité de se laver avec de l’eau claire et du savon, sans rien défaire.

Pour que cette opération soit aussi simple que possible, les garnitures qui ornent ces toilettes sont généralement mobiles, et cela permet encore de modifier complètement à très peu de frais l’aspect d’une même robe; je suppose que l’on ait, par exemple, une blouse de ' crépon de coton à petites rayures maïs et blanches, pareille à la figure 2, on en pourra faire quatre robes très différentes selon qu’on la portera avec des épaulettes de grosse guipure de Venise semblables à celles que montre cette même figure, col et ceinture drapés en velours maïs; ou bien, avec une

Fig. 5 .

Ml

Mlooe luziuquô

petite veste de moire ou de bengaline héliotrope, garnie d’applications de dentelle, comme l’indique la figure 14 bis, cravate de tulle illusion blanc, ceinture drapée

pareille à la robe; comme troisième combinaison, on pourra avoir un col lingerie en batiste, soit rond, soit carré, soit découpé comme le col de la figure 9 entouré de guipure d’Irlande, avec ceinture et petit col drapé en satin blanc; enfin un fichu Marie-Antoinette (fig. i 5 ) en taffetas glacé bleu-lavande, vieux rose ou maïs, orné d’une haute dentelle légère et terminé par deux rubans faisant ceinture assortis à l’une des nuances du taffetas, permettra de donner à la robe un quatrième aspect. On trouverait, en cherchant un peu, bien d’autres associations de couleurs, d’autres arrangements qui modifieraient cette toilette d’une façon aussi radicale : la mousseline de soie ou la dentelle noire, par exemple, avec ceinture et col drapés en ruban de moire ou de velours également noir, serait d’un très joli effet.

Le choix de l’étoffe dépendra de la destination de la robe : pour une toilette simple, bonne à porter constamment, le zéphir, la satinette, les petites toiles d’Alsace, la toile de Vichy pas trop épaisse, les batistes imprimées unies ou changeantes, seront tout indiquées ; le piqué de couleur, d’une qualité un peu souple, conviendra

aussi; tous ces tissus se lavent et se repassent comme du linge. Le crépon de coton, plus séduisant, plus souple, plus nouveau, a cet inconvé-

Fig. 6.

DODE de foulard changeant vertalgue et bleu marin avec envers glacé de blanc. Jupe garnie d'un entre-deux de guipure. Seconde jupe drapée. Epaulettes et devant de corsage en guipure. Col drapé, choux et ceinture en velours bleu marin.

transparent, comme le tulle grec, le linon ou la mousseline brodée; on peut, à la rigueur, remplacer la faille ou le taffetas par une étoffe mi-soie, polonaise ou satin tramé.

Nous ne le conseillons pas cependant, l’effet obtenu est beaucoup moins joli, tandis que l’économie est minime.

Un seul dessous de soie peut d’ailleurs suffire pour trois ou quatre blouses différentes; le bleu ciel, le maïs, le rose, le mauve, le vert Nil, iront également bien sous une blouse de tulle grec noir, ou de mousseline blanche à pois; la mode des étoffes changeantes à reflets glacés permet même de porter du rose ou du bleu tendre sous une étoffe transparente vert Nil ou mauve ; ou maïs, sous une étoffe rose ou mauve, etc. Si l’on a deux ou trois dessous et deux ou trois blouses, on pourra, à l’aide de quelques parures dans le genre de celles que nous avons indiquées, varier à l’infini l’aspect de sa toilette.

Pour compléter nos renseignements, il nous faut encore parler des costumes de

lawn -

Fig. 10.

DOBE de drap léger beige rosé garnie de ^ velours ophélia. Festons de dentelle crème et choux en ruban de velours au bas de la jupe. Corsage à basque avec empiècement de velours et draperie de dentelle.

tennis.

bicy¬

clette

aussi

cos¬

tumes

de bain;

senes.

ce sera le sujet de nos prochaines cau- C. de Broutelles.

Fig. 8.

fCHAPEAU rond en paille de ri% noire garni d une touffe de plumes d’au- ^ truche noires, retenue par un peigne de jais; ruban de satin noir enroulé autour d’une torsade de paille fantaisie et formant chou derrière.

(Modèle de Mme Meunier, 20, rue du 4-Scptembre.)

Fig. 7.

r> EDINGOTE en satin de laine bois clair s’ouvrant sur un tablier de dentelle ocre, transparent crème, moins jaune que la dentelle. Revers et choux de velours bois clair.

nient qu’il faut le faire nettoyer par le teinturier; il perd beaucoup de son charme si on essaie de le remettre à neuf par un simple savonnage. Les crépons de laine de nuances moyennes ou foncées sont très pratiques, ils ne se chiffonnent pas au porter, ne se défraîchis sent pas vite; le voile, la mousseline de laine, les petits lainages fantaisie, conviennent également pour les robes simples ; pour les toilettes plus habillées on emploie le foulard, la toile de soie, le linon, le tulle grec, la mousseline brodée, l’éolienne, ou toute autre petite soie souple.

Il est bon, dans ce cas, de porter la blouse sur un dessous de soie composé d’un corsage plat et ajusté et d’un jupon rasant terre, à double ou triple petit volant : ce dessous est même tout à fait indispensable sous une blouse en tissu

Fig.

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