MA A 7 TE AUX D’HIVER
A près avoir consacré une bonne partie de cette dernière semaine à voir les nouveaux modèles de manteaux, nous avons eu un instant de consternation devant la pauvreté de nos découvertes: certes il y a des formes nouvelles et parmi ces essais des créations heureuses, on nous a montré aussi des manteaux de genre classique, mais faits d’étoffes inédites, qui en renouvelaient l’aspect ; d’autres sont un emploi tout neuf d’étoffes ou de garnitures connues; et pourtant tout cela dans l’ensemble produit l’impression de choses déjà vues, cela manque d’inspiration, si l’on peut employer un si grand mot à propos de ce sujet frivole : on sent très bien que ces modèles ne sont pas tout simplement l’exécution d’une idée, mais une sorte de démarquage péniblement élaboré pour obéir à l’obligation que s’imposent les couturiers, de nous présenter des nouveautés au début de chaque saison. A examiner les choses de plus près, il n’y a peut-être pas lieu de trop déplorer ce manque d’imagination, puisqu’il permettra aux femmes économes de porter au besoin leurs manteaux de l’année dernière, tels qu’ils sont, ou légèrement transformés d’après nos renseignements.
D’autre part les personnes qui désirent utiliser les ressources d’un budget considérable, y réussiront sans peine avec les éléments que leur offre la mode, et nous en indiquerons avec plaisir les moyens, car il est toujours agréable de décrire les très belles choses.
Signalons avant tout les tendances bien marquées et précises : d’abord la faveur des jaquettes courtes, à basque de 3 o centimètres environ, ondulée presque tout autour de la taille excepté devant, point fendues derrière et assemblées le plus souvent, quand elles sont en drap, par des baguettes à piqûres doubles. Ceci est le genre le plus simple, on l’agrémente souvent en disposant sur la jaquette des applications de drap découpé cernées de piqûres ; tantôt ces ornements forment bordure, tantôt ils suivent et dissimulent les coutures que l’on fait de la façon ordinaire dans ce cas, et non pas plates à double piqûre. Quelquefois ces motifs découpés sont taillés dans du velours d’une couleur différente de la jaquette et généralement plus foncée; j’ai vu chez F... un vêtement ainsi composé, très élégant et très pratique à la fois : la jaquette était en drap de livrée mastic clair, toute garnie d’applications de velours mordoré découpées d’après un très joli dessin, et descendant en lignes depuis les épaules jusqu’au bas de la jaquette en se rapprochant un peu à la taille. La doublure était une soie brochée de petits motifs jzuine or pâle, sur un fond vieux rose tendre glacé de beige.
Tel quel, ce vêtement valait certainement de 3 oo à 400 francs, mais on pourrait le ramener à un prix beaucoup plus abordable en faisant tracer sur le drap la forme des différentes pièces de la jaquette, ou bien en la faisant tailler et préparer pour
blure plus simple, polonaise ou surah de belle qualité, petit broché ou satin à rayures.
• Comme vêtement très habillé, on fait en outre des jaquettes courtes à basque ondulée, en velours ou même en soie à côtes, ornées de broderies au cordonnet mélangées de perles ; quelques couturiers, dans leur ferveur pour les applications de drap, vont jusqu’à orner de cette garniture les jaquettes de velours, je ne puis m’empêcher de trouver qu’il est dommage de cacher du velours — la plus belle de toutes les étoffes en somme, et la plus seyante — sous un simple drap mat, et je préfère beaucoup, à défaut de broderies de soie et de perles faites à même l’étoffe, de jolies passementeries de jais ajourées ou d’étroites bandes de fourrure, ou encore un mélange judicieux de ces deux genres de garnitures, employées sans profusion pour éviter la lourdeur. De toute façon le bas des jaquettes ne se garnit pas, si ce n’est parfois d’applications disposées en bordure, quand il s’agit de jaquettes de drap. Le jais se place en bretelles terminées par des pampilles, en empiècements de diverses formes, ronds, pointus, ou carrés, également pampillés; souvent ces belles passementeries ont la forme de cols Louis XIII, d’épaulettes, de berthes, quelquefois elles simulent une sorte de petit boléro. Les fourrures, quand on les associe aux passementeries, ne se posent guère qu’autour du cou et au bas des manches; employées seules, elles servent à border les berthes, les épaulettes ou les petits collets de même étoffe que la jaquette qui ornent parfois celle-ci ; on les utilise aussi pour faire de grands revers croisés accompagnés d’un col rond ou carré, plus ou moins large.
Une autre tendance non moins incontestable que la faveur des jaquettes courtes, c’est le retour à la forme dite visite , au vêtement sans manches, ajusté derrière; jusqu'à présent on ne fait que des tentatives prudentes, des modèles qui ne s’écartent pas trop de ce qu’on est habitué à voir, qui ressemblent vaguement à des collets; il serait impossible, on le conçoit, de loger les manches toujours très volumineuses de nos robes sous les manches étriquées des anciennes visites avec lesquelles on devait garder les bras serrés au corps, qui enlevaient toute liberté de mouvement. Je ne souhaite pas qu’on nous rende intégralement cette mode, mais parmi les formes intermédiaires qu’on a imaginées entre le genre visite et le genre collet, quelques-unes m’ont paru séduisantes.
Nous faisons dessiner la plus jolie, elle paraîtra très prochainement dans l’un des numéros 40 ou 41 ; le dos était cintré au milieu, fait de deux pièces et bien ajusté depuis les épaules jusqu’à la taille ; un devant plat terminé en longs pans d’étole venait s’y attacher à la couture d’épaule.
Les bras étaient couverts par une sorte de demi-collet fixé au bord extérieur de la couture du dos et tombant droit devant depuis la rencontre de la couture d’épaule avec l'encolure, de façon à laisser voir les pans d’étole. Une sorte de collerette dans le genre de celle que reproduit la fig. 2 du n° 36 , année 93, mais à cinq pointes seulement, tombant l’une au milieu du dos, deux autres en arrière de chaque épaule et les deux dernières en avant, complétait ce vêtement. 11 était en soie noire, en moire mouillée , dite aussi moire Sans-Gêne , une nouveauté sur laquelle nous aurons l’occasion de revenir et dont le succès, à notre avis, dépasse beaucoup le mérite. Une bande de renard noir entourait l'encolure
» Fig. 1
J^OBE pour dame d'âge moyen en satin armure noir. Revers de guipure crème appliquée sur velours noir. Col drapé et jabot coquille en mousseline de soie mauve ou maïs. Ceinture et motifs au bas de la jupe en passementerie de jais ajourée.
(Modèle de Mme Justh, 270, rue Saint-Honoré.)
Jxl ^/Jiode 2/uliguô
h taille un peu épaisse auront avantage à faire ce dos, non d'un seul morceau, mais avec un petit côté rapporté (petit côté du dessous de bras). — Les devants sont tendus et croisés à la taille. Les revers, larges de 1 2 centimètres, forment derrière une sorte de col-châle. Les manches, d’un seul morceau, sont montées en plis couchés. Si l’on craint qu’un corsage ajusté ne dessine trop la taille, on pourra faire les devants non croisés, ouvrant librement sur un gilet bouffant, comme ceux des vestes Figaro.
Nous engageons nos lectrices à toujours conserver la forme des revers.
La bengaline, l'ondine, etc., conviendront pour la robe ; les garnitures de jais pourront être supprimées.
Matériaux: 15 mètres de satin, 14 mètres de doublure de soie, 1 mètre de velours, 1 mètre de guipure, 80 centimètres de mousseline de soie en 80 centimètres environ, 70 centimètres de passementerie do jais, pour la ceinture.
Figure 2. — La façon de ce modèle conviendra pour jeune fille ou jeune femme ; elle avantagera — grâce au plastron drapé et aux coquillés des côtés — les personnes un peu maigres de buste. Il faudra, à cause de ces coquillés, employer un lainage souple pour exécuter la toilette. La jupe se compose d’un tablier droit fil au milieu et biaisé sur les côtés, assemblé aveo quatre lés d'étoffe biaisés d'un seul côté. On la montera derrière en trois ou cinq plis creux. Le dos du corsage est tendu à plat ; les devants, également plats, sont ouverts sur le plastron drapé.
Le morceau d'étoffe employé pour les coquillés sera biaisé sur l’épaule de manière à se trouver droit fil au milieu du devant.
La basque, légèrement ondulée derrière, se prolonge en coquillés, de chaque côté du tablier. Il sera préférable de
Fig. 5 .
D ODE de bengaline prune monsieur ^ Corsage drapé coupé en carré à l'encolure devant et bordé d'un ruban de velours prune, croisé sur un gilet de foulard imprimé maïs .
Les redingotes sont toujours cambrées derrière et sur les côtés, on peut à volonté les ajuster ou les laisser tomber droites devant. La jupe se fait à godets, sans plis derrière et point fendue; enfin tout ce que nous avons dit l’année dernière sur la forme de ces vêtements est encore d’actualité; pour les renouveler un peu, on varie les garnitures, la forme des revers, tantôt immenses, d’autres fois minuscules, arrondis
Fig. 2.
D ODE de lainage fantaisie à petites côtes diagonales nuance capucin. Col et plastron en surah assorti. Chapeau de feutre capucin garni d'un nœud de velours assorti.
et descendait jusqu’au bas des pans d’étole ornés, sur leur bord extérieur, d’une fine broderie de jais qui contournait tout le vêtement.
A côté des jaquettes courtes et des mantelets genre visite , on fait beaucoup de vêtements longs, mantes ou redingotes, assez semblables à ceux que l’on a portés l’année dernière : les mantes sont toujours amplesdubas, très biaisées derrière de façon que les plis rappellent le m o u v e ment du pli Watteau.
On les garnit encore dans le haut d’une petite pèlerine double ou triple, ou bien d’une berthe entourant un empiècement à coutures cintrées montant haut, en forme de col Médicis.
Fig. 4.
DODE de satin broché noir,. Revers de soie ancienne dans les tons vieil or, vieux rose et vert éteint. Col drapé avec choux et plastron en mousseline de soie vieux rose. Ceinture drapée en ruban de satin assorti.
ysïfèf- —
ou très pointus, quelquefois carrés comme ceux qui garnissent la robe de soie noire (fig. i de ce numéro).
Si je n’ai rien dit encore des collets, ce n’est pas qu’on ait renoncé à en faire ni à en porter, à la vérité les couturiers voudraient bien trouver autre chose et nous abandonnerions sans trop de regrets un vêtement que nous connaissons depuis si longtemps, pourvu que l’on nous proposât mieux; mais voilà ! Le collet est si commode sur les grosses manches, si facile à mettre, il comporte tant de variétés de- formes, tant de fantaisie dans les garnitures, qu’on ne parvient pas à le remplacer; on lui connaît cependant un défaut : il n’est pas très chaud, et nous serions bien obligées de le délaisser si l’hiver est très rigoureux ; mais il reprendrait probablement sa vogue au printemps. Pour le moment on en prépare de nombreux modèles, beaucoup sont ornés, nous l’avons déjà dit, d’applications de drap, d’autres d’applications de velours; les beaux collets de velours seront souvent brodés à même l’étoffé, enfin on utilisera comme toujours pour les garnir les passementeries et la fourrure. Une jolie nouveauté, c’est le collet en drap double face, tout simple sans autre garniture que des piqûres, mais d’une forme combinée de façon à montrer tantôt le côté foncé, tantôt le côté clair du drap ; le modèle du collet-prime que nous donnerons dans le prochain numéro est le plus joli que j’aie vu dans ce genre.
G. de Broutelles.