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La Mode Pratique 3:(41) 321-328

Avec une planche en couleurs et une planche de patrons Soixante-quinze centimes.

Le numéro de grand luxe Un franc.

PARIS. - LIBRAIRIE HACHETTE ET CR 79, BOULEVARD SAINT-GERMAIN. - PARIS.

La Mode

LAINAGES NOUVEAUX (Suite)

N ous pensions d’abord ne consacrer qu’une seule causerie aux «lainages nouveaux », mais la mode de porter la soie en dessous s’accentue tellement, et les lettres de mes correspondantes dénotent parfois tant de perplexité pour le choix des tissus, que cela nous a déterminée à revenir sur ce sujet.

Nous continuerons donc la description des étoffes qui — entre toutes celles que l’on nous a montrées — nous ont semblé les plus intéressantes et les plus pratiques. Les chapeaux feront l’objet de notre prochaine causerie.

Nous avons vu dans le précédent numéro, que la « nouveauté » serait d’employer, pour les robes simples, des tissus lisses ou d’aspect un peu grenu, abn de contraster avec les étoffes rugueuses et d’apparence grossière que l’on portait l’hiver dernier.

Les personnes qui n’aiment pas les changements aussi brusques trouveront cependant des tissus de transition, sortes de serges ou de bures, à tissage régulier et « soigné », faites avec des laines souples , c’est-à-dire cardées et peignées de manière à ne présenter aucune rugosité.

D’abord la bure O’Connell (4 fr. yS le mètre en 1 m. i 5 ou 1 m. 20 de large), tissu un peu lâche, mais fait avec des fils bien tordus et ne risquant point, par conséquent, de se distendre ou de se déformer.

Puis la Walkyrie (à 8 fr. 5 o en 1 m. 40 de large), autre bure nouvelle de fabrication garantie, plus épaisse et plus serrée que la précédente, mais également souple et d’un aspect à la fois moelleux et mat. Ces deux étoiles se font en teintes moyennes très jolies comme ton; si l’on double la jupede soie, on pourra les garnir de fourrure ou de velours; au cas contraire, il sera préférable de s’en tenir aux simples piqûres.

La diagonale soyeuse (à 8 fr. 5 o en 1 m. 40 de large) rappelle beaucoup les serges à grosses côtes, mais la trame,

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Fig. 1 : Veste boutonnée en caracul; jupe de lainage vcrUmy de velours anglais acajou, ornée de bandes de labrador

rtc aine broderie dans le bas formant quilles sur les côtés. — Fig. 2 : Robe ; large broderie de soie au collet. (Modèles de Mme Moslard.gô, rue Saint-Lazare.)

faite en laine soyeuse, est plus serrée, plus en relief, et forme de petites côtes diagonales régulièrement arrondies. Cette étoffe, assez épaisse, reste cependant suffisamment souple grâce à la qualité de la laine employée. On l’utilisera beaucoup pour jaquettes et grands manteaux; on l’ornera de piqûres ou de baguettes de velours. — Elle se fait surtout dans les différents tons de brun et de bleu.

Le lama f « tissu inusable », à 6 fr. 5 o le mètre en 1 m. 3 o de large, nous a moins plu. Il est fait avec une laine mélangée, sèche, un peu rêche, provenant de l’animal dont ce tissu porte le nom; à notre avis, cette étoffe conviendrait plutôt pour une robe de voyage ou de demisaison. Elle présente l’aspect d’une diagonale brillante dont chaque côte un peu large formerait de petits chevrons enchevêtrés les uns dans les autres. Elle se fait en nuances moyennes, plutôt claires.

Ainsi que nous l’avons dit, les lainages « habillés » convenant pour robes de visite offrent plus de choix et plus de dispositions vraiment nouvelles que les lainages simples.

Parmi les tissus unis, la cheviote cardée et surtout la gibeline pèlerin nous ont semblé particulièrement jolies.

La première, de fabrication tout à fait perfectionnée, olfre l’aspect lisse et <» profond » du drap amazone, mais la trame est plus serrée, plus foulée, et n’aura pas, comme celle du drap, l’inconvénient de se délustrer à l’usage ou sous l’action de !a brosse. La cheviote cardée coûte (S fr. yb le mètre en 2 m. 40 de large.

La 7 i bel i ne pèlerin , à 7 fr. 2 5 en 1 m. 20, ne rappelle l’ancien drap zibeline que par le nom ; elle imiterait plutôt les vigognes unies. La particularité de ce tissu vient de ce qu’on emploie pour le fabriquer, une nouvelle laine duvetée, très sèche, qui le rend

Mz Miode Mralù/ur

Fig. 3 .

j\/TANTELET genre visite , en moire mouillée noire orné d'une fine broderie de jais et d’une bande de renard noir entourant l’encolure et descendant jusqu’au bas des pans de l’étole.

Chapeau de feutre noir garni de velours. (Avec patron découpé.)

excessivement léger.

Son aspect brillant permettra de l’utiliser pour les robes de jour habillées, les jaquettes, les manteaux de voiture, etc. On lui prédit un grand succès, surtout dans les nuances claires : biscuit, alezan, liège, et gris-mercure qui sont en effet très réussies.

Les nuances moyennes : brun pèlerin, prune Monsieur, bleu Bragance,vert moujik, etc., nous ont paru également très jolies.

Les divers tissus fantaisie à trame façonnée sont loin d’atteindre — selon nous — à la beauté des crépons que nous avons indiqués dans le précédent article ; nous voulons cependant si- - gnaler les plus avantageux au point de vue du prix ou de la fabrication.

La cheviote sibérienne , en laine brillante, dont la trame forme une sorte de double torsade diagonale en relief, fera une toilette pratique, car elle peut se passer de toute garniture; nous conseillerons pourtant d’atténuer, par un col en velours ou un dépassant de fourrure, l’effet toujours peu avantageux que produit la laine près du visage. Ce tissu se fait dans toutes les nuances un peu sombres. Son prix, 7 fr. 5 o le mètre, semblera peu élevé si l’on considère la qualité de la laine et la largeur de l’étoffe : 1 m. 3 o.

Le broché chardon , à 7 fr. 75 en 1 m. 20 de large, est presque aussi avantageux comme prix et nous plaît davantage comme aspect.

C’est une sorte de tissu ton sur ton, genre camaïeu, présentant, par exemple, des marbrures « bois » sur un fond beige doré, ou des marbrures vert-myrte sur un fond vert-pré, etc. Le coloris le plus en faveur sera un fond bleu marine avec marbrures vert-bleu, mais ceux que nous avons mentionnés en premier sont tout aussi jolis. — Ce lainage gagnera encore beaucoup à être mélangé avec un velours assorti à l’une des nuances de l’étoffe, ou avec un velours franchement

different, comme vert-mousse clair pour le broché bois et beige doré, noir pour le broché vert deux tons, etc.

Aucun de ces deux derniers lainages ne « datera» ; il n’en sera pas de même de Y Acadien Sans-Gêne , joli tissu fantaisie montrant,sur un fond en laine mate — noire ou •de nuance sombre — des sortes de petites •croix de Malte irrégulières , tissées en laine très brillante, mélangée, c’est-à-dire composée d'un fil noir et d’un fil de couleur claire tordus ensemble. — Il serait évidemment peu pratique de choisir ce tissu si l’on ne se fait qu’une robe par saison, mais les personnes qui Fig. 4. ont plusieurs toi-

A UTRE aspect du mantelet genre lcttes pourront

** visite en moire mouillée figure 3 . ie prendre sans

hésiter. Il ne nécessite pas une coupe irréprochable comme les lainages unis, et il se prêtera en outre aux façons simples, corsages bouffants, ou froncés en gerbe

Fig. 5 .

f^HAPEA U pour dame âgée. (Voir les autres aspects figures 9 et 12 et la ^ descr. p. 324, col. 1. —Modèle de Mme Meunier, 20, rue du 4 Septembre.)

à la taille; il sera donc facile d’exécuter la toilette à la maison. L'Acadien Sans-Gêne conviendrait aussi pour une robe d’intérieur à ceinture, dans le genre de celles dont il est parlé dans le numéro 37. — Ce tissu coûte

Fig. b.

ODE d'intérieur en moire mouillée noire ouverte sur un devant de fin crépon noir plissé accordéon; épaulettes et sabots aux manches en dentelle noire à bord de guipure; col drapé, nœuds et pans en ruban de satin noir.

(Modèle de la maison Montaillé, 27 èt 29, faubourg St-Honoré.)

6 fr. 75 le mètre en i m. 3 o de large ; il se fait dans les coloris les plus variés : rouge-tison, vert-émeraude, améthyste ou jaune or, sur fond noir; rose ancien et vert émeraude sur fond mélangé noir et vert, etc.

Ce sont là les principales nouveautés en lainages; les soieries nouvelles sont en nombre beaucoup plus

restreint — sans doute à cause de l’abandon des étoffes de soie pour le jour. Le seul tissu marquant est la moire mouillée dont nous avons déjà eu l’occasion de parler; cette soie présente bien, effectivement, l’aspect d’une moire que l’on aurait plongée dans l’eau.

Cette innovation peut être originale, mais nous n’en apprécions guère le mérite et nous avouons regretter — devant son aspect de tissu détérioré — la netteté et les jolis reflets de la moire antique ou de la moire française.

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