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La Mode Pratique 3:(42) 329-336

P armi tous les objets qui composent la toilette féminine, les chapeaux sont peut-être ce que la mode nous offre de mieux : tous les modèles nouveaux sont jolis, et c’est ainsi depuis plusieurs saisons; il est vrai que nous puisons nos renseignements aux meilleures sources, mais n’est-il pas surprenant que les créations des bonnes modistes soient d’un mérite aussi égal, d’un goût aussi sûr, aussi impeccable, tandis que leur métier, ou plus justement leur art, exige avant tout une imagination inventive et capricieuse, de la fantaisie, de l’imprévu, de l’audace?

Rien de plus seyant que les toques et les capotes très larges que l’on nous a montrées, elles encadrent et accompagnent le visage de la plus jolie façon et ne sont nullement lourdes, malgré leurs proportions, tant le dessin en est bien combiné : les garnitures seules, en somme, sont volumineuses, mais légères, enlevées, tout à fait détachées du fond toujours bas et prenant bien la tête. Nous avons admiré entre autres une ravissante toque de jeune fille, en velours miroir bleu japon, garnie de têtes de plumes noires, dont nous donnerons le modèle dans notre prochain numéro ; ce même chapeau convient à une jeune femme, on peut, si on le désire, y adapter des brides de velours noir et le copier dans toutes les nuances nouvelles : mandarine , ibis , glycine, pervenche, rouge-tison , capucine ; mais le velours classique, fût-il de la plus belle qualité, ne doit pas être substitué au velours miroir, car il ne peut avoir la souplesse, la légèreté et les reflets de ce dernier. Aussi le velours miroir sera-t-il plus employé que jamais, non seulement drapé, comme fond de toque ou de capote, mais encore comme garniture, en vastes nœuds pareils à des ailes déployées, en choux, en liens, en torsades. Les nuances que nous avons indiquées seront les plus en faveur pour ces divers usages.

Les rubans pékinés, de nuances voisines ou opposées, partageront le succès du velours miroir, nous en avons vu un surtout, d’un ophélia vif, glacé de pervenche, à rayures lilas rosé, dont les reflets doux et chatoyants étaient du plus séduisant effet.

Comme toujours à l’entrée de l’hiver, ç>n emploie beaucoup de plumes : plumes de fantaisie ou classiques, plumes d’autruche ; on trouvera fig. 14 et 16, numéro 41, le dessin de plusieurs jolis nœuds de plumes et d’aigrettes, commodes pour celles de nos lectrices qui confectionnent elles-mêmes leurs chapeaux; les aigrettes forme crosse ou forme colonel se font très fournies, souvent mélangées de plumes d’oiseau de paradis; ce mélange et une sorte de plume nouvelle, très souple, dite aigrette-cheveu, parce que ses brins retombent à peu près à la façon de ceux d’une mèche de cheveux, sont les nouveautés les plus appréciées dans ce genre. A notre avis les aigrettes-cheveu sont surtout jolies disposées autour d’une aigrette colonel formant milieu ; em-

toutes séparées les unes des autres; cela renouvelle complètement l’aspect de cet ornement, devenu presque classique, et lui donne une légèreté qu’il n’avait jamais eue; nous avons vu un chapeau rond en feutre ibis doublé de noir, très joliment garni d’ailes noires de cette forme.

Grand succès aussi pour les oiseaux de nuance foncée avec ailes doublées de duvet clair ; on en voit de noirs avec le dessous des ailes vert-perruche ou roseflamant ; d’autres sont doublés de mordoré clair; d’autres enfin, avec les mêmes nuances de duvet sous les ailes, sont bruns.

La fourrure, déjà très à la mode l’année dernière comme garniture de chapeau rond ou de capote, est encore très employée; on s’en sert comme bord autour des toques ou des chapeaux de visite ; les queues de zibeline ou de vizon sont utilisées comme aigrettes et, mélangées aux drapés de velours miroir, ornent aussi bien la coiffure des jeunes femmes que celle des jeunes filles.

A côté des fourrures de prix, telles que la martre et le vizon, on voit beaucoup de renard teint; le pelage long, soyeux, souple et léger de cet animal est très apprécié des modistes, la nuance fauve clair est surtout demandée; nous avons beaucoup admiré un chapeau rond, en velours miroir mordoré, garni de ce renard fauve et de dentelle rousse; tout cela composait un ensemble en camaïeu, à la fois très discret et très élégant. Quelques-unes de nos lectrices s’étonneront peut-être de ce voisinage de la dentelle avec la fourrure : on avait cependant fait l’hiver dernier quelques tentatives dans ce sens; aujourd’hui la réunion de ces deux garnitures est d’un emploi courant, et les modistes n’en tirent pas seules parti, mais aussi les couturiers et même les fourreurs qui, comme chacun sait, sont les plus classiques de nos fournisseurs.

N’oublions pas le jais, si commode qu’on n’y renonce jamais, faute de pouvoir le remplacer ; on en brodera comme toujours quelques fonds en velours ou les pans de certains nœuds drapés; mais ce qui dominera, ce sont les larges plaques de jais rivé, ou jais-bijouterie, en forme de rosaces ou de fleurs, ou bien carrées, et toujours rehaussées de cabochons très en relief, taillés à facettes ; une rosace clouant le centre d’un petit fond de velours drapé est d’un joli effet; souvent aussi on les dispose de chaque côté du chapeau à l’endroit d’où partent les brides, ou bien on en fait le pied d’un ornement quelconque. Les fonds tout en jais ne sont pas abandonnés, mais ils sembleraient anciens s'ils n’étaient rehaussés de ces énormes cabochons taillés dont le relief dépasse parfois 2 centimètres. Inutile de dire que le nombre de ces ornements est assez restreint pour que le chapeau reste léger, non seulement comme aspect, mais aussi en fait. Les paillettes se mélangent au jais pour la broderie des fonds de capotes et l’on obtient de ce mélange des

ployées seules, elles manquent un peu de soutien. Très souvent le pied des aigrettes est caché par un pompon de petites plumes velours ou de courtes plumes fermes, ^ W A

rognées, ou encore par

brins de plume d’au- { m truche retombant. On V?'

fait de charmantes

ailes dont les plumes Tllag r '

un peu courbées sont lüJM L

Fig. r,

J^OBE de soie à grosses côtes blanche, ceinture drapée, bretelles et choux de velours mandarine. Bande de guipure posée à plat au bas de la jupe; même bande voilant le corsage. Manches courtes.

(Document photographique de la maison Reutlingcr, 21, boulevard Montmartre.)

Jïi- SMode Uralique-

Fig. 2 .

DOBE de lainage prune bouclé de noir;

empiècement en velours prune garni de skungSy ceinture en velours prune.

(Voir sur la couverture la notice concernant cette robe offerte en prime à nos Abonnées.)

effets encore plus jolis, des noirs plus profonds, des scintillements plus lumineux que n’en pourrait donner le jais seul.

Aux formes de capotes et de toques en velours drapé ou brodé, aux fonds de jais et de paillettes, il faut ajouter les formes en velours tendu, en feutre lisse ou à long poil et en paille de laine, une nouveauté qui imite les pailles de fantaisie et se fait en toutes teintes. Pour les chapeaux ronds on s’en tient aux differents genres de feutre, aux grandes capelines de velours tendu, et à la paille de laine; les calottes plus ou moins grandes, de forme ordinaire ou arrondie comme celles des chapeaux de cardinaux, se font plutôt basses; la passe est relativement petite.

Les seules fleurs que l’on voie pour le

moment sont les chrysanthèmes et les roses de velours; dans quelques semaines apparaîtront les violettes.

Quant à la façon dont se disposent toutes ces garnitures, nos dessins l’indiqueront mieux que des explications détaillées; disons seulement que l’on accentue par cette disposition même la largeur des formes: c'est ainsi que les grands nœuds enlevés en ruban fantaisie posés de chaque côté du chapeau, au-dessus des oreilles, les gros choux de velours, les oiseaux placés de la même façon, en un mot toutes les garnitures en largeur , sont préférées à un ornement unique occupant le milieu du chapeau. Souvent la garniture est absolument symétrique, mais quelquefois aussi une aigrette de plume ou de ruban, un panache de plumes d’autruche

piqué hardiment sur le côté, vient rompre cette symétrie.

Dans ce cas le chapeau est presque toujours orné d’une garniture basse, symétrique, de deux

gros choux de velours ou de deux touffes de fleurs, par exemple, qui d’un côté servent de pied à l’aigrette ou au pouf de plumes. La toque dont nous avons déjà parlé qui, sera reproduite dans le prochain numéro, montrera un joli modèle de cette disposition.

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