TOILETTES D’HIVER — LES CORSAGES
habilement que les plus ornés ne sont ni lourds, ni chargés ; quand on compare les journaux de mode vieux de vingt ans, à ceux de l’année dernière, par exemple, on se rend compte des progrès incontestables que nous avons faits à ce point de vue; les assemblages bizarres de bouillonnes informes, de tuyautages gaufrés, genre pâtisserie, de plissés raides, comme empesés, dont se contentait la coquetterie de nos mères, nous semblent d’un mauvais goût dont la naïveté étonne; nous avons peine à comprendre que l’on ait pu accumuler tant de vilaines choses sur un seul corsage avec l’espérance de l’embellir, et plus de peine encore à croire qu’une femme jeune, élégante, ait consenti à le porter. La coquetterie moderne est moins facile à satisfaire : si l’on nous propose des garnitures, il faut que celles-ci contribuent à mettre en valeur les agréments de notre personne et dissimulent au besoin ses défauts; leur forme doit faire valoir notre taille, leur couleur embellir notre teint.
Mais avant de décrire les garnitures « nouvelles») créées pour notre élégance savante et raffinée, prévenons nos lectrices que la forme même du corsage, sa coupe, n’a pas changé : la doublure se taille toujours delà même manière d’après les explications que nous avons données dans le numéro i de la Mode Pratique , année 1892; de même les explications relatives à l’apprêtage, à l’essayage, au baleinage(numéros 2et46,année i892eti8et20,année 1893) sont toujours d’actualité.
On avait beaucoup parlé au commencement de l’automne des corsages-cuirasses, mais cette fois encore nos préférences réduisent à néant les projets des couturiers; en dépit de la faveur prédite à cette forme, nous continuons à vouloir des corsages-blouses, même on les fait souvent quand l’étoffe est souple et se prête à cette disposition, plus bouffants qu’ils n’étaient d’ordinaire, avec des plis qui retombent un peu sur le haut de la ceinture, ainsi que le montrent, par exemple, quelques-unes des figures de la planche de théâtre qui paraît dans ce numéro. Les femmes très bien faites, qui ont à la fois la taille mince, le buste et les hanches développés, sans excès, accepteront peut-être le corsage plat, mais il sera la plupart du temps entièrement couvert de broderie, de jais ou d’applicationc-, à moins qu’il ne s’agisse d’une robe tailleur avec corsage amazone. Ainsi une cuirasse de jais avec manches de velours Magenta est très jolie associée avec une jupe de soie noire. Souvent des pattes de velours ou de ruban partant de la ceinture et venant se terminer à la
Mais ce qui se fera le plus dans ce genre, ce sont les gilets-cui-
pODE de veloutine rose de Bengale, biais de même étoffe à la jupe, guimpe de mousseline de soie ornant le devant du corsage et retenue par des biais de veloutine; revers de soie recouverts de mousseline de soie festonnée.
(Document photographique de la maison Reutlinger, 2i, boulevard Montmartre.)
rasses, en applications de drap découpé sur transparent de velours, portés sous une veste ou une jaquette ouverte. Le transparent de velours est d’une nuance tantôt plus claire, tantôt plus foncée que le drap, quelquefois même — et c’est peut-être ce qui permet les plus jolies combinaisons — d’une couleur tout à fait differente. On nous a montré par exemple une robe de drap bois clair, avec gilet de même drap découpé sur transparent de velours mousse; une autre en drap chamois, avec transparent de velours prune Monsieur. Le drap vert-myrte très foncé est charmant sur un velours mordoré clair, le drap bleu-marin sur le velours mousse.
Les mélanges camaïeu plus monotones, plus ternes, sont cependant parfois d’un joli effet: en dehors du beige et loutre, association bien connue, presquebanale, dont pourtant on ne se lasse point, nous avons remarqué des applications de drap brun-rouge sur velours capucine; de drap aubergine sur velours héliotrope rosé; gris-argent sur gris nickel. On peut imaginer bien d’autres associations de nuances.
Cependant, malgré la nouveauté des gilets-cuirasses et les jolies combinaisons de couleur que permettent les applications de drap repercé, nous préférons encore le gilet-blouse plus seyant dans la plupart des cas : on en fait de charmants en velours Liberty, qui coûtent fort peu de chose ; d’autres, plus chers sans être plus élégants, sont en velours de soie ; d’autres encore en bengaline, en moire, en surah ou en satin royal. C’est surtout par la couleur qu’on obtient des effets nouveaux ; les formes ne varient guère, en voici une cependant peu vue et qui a beaucoup de cachet. Le milieu du devant est un large pli creux, de 8 à 10 centimètres, bordé de chaque côté de petits plissés très fournis, soit en étoffe assortie à la chemisette si celle-ci est en surah par exemple ou en quelque autre tissu souple, soit en mousseline de soie. Ces plissés n’ont pas plus de 3 à 5 centimètres de haut; si l’on veut plus de flou, on modifie un peu cet arrangement ; le devant est orné de trois plis creux et l’on coud de chaque côté du pli du milieu, dans l’intervalle qui le sépare de son voisin, un plissé de mousseline de soie de 10 à i 5 centimètres qui retombe en coquillés souples.
Nous avons signalé depuis longtemps la constante faveur des vestes courtes : on les orne d’une façon nouvelle en disposant sur une veste carrée une garniture de jais ou de guipure contournant l’emmanchure et formant une sorte de boléro arrondi. Une robe de lainage noir à fines côtes, ainsi rehaussée d’un boléro de guipure bise posé sur la veste noire, nous a semblé une jolie application de cette idée; la toilette était complétée par un gilet bouffant en surah mandarine, de la forme que nous avons décrite plus haut. C’est une chose imprévue que ce succès de la guipure blanche ou crème en pleinhiver, onpouvait penser que nous serions lasses d'une chose
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dont on a tant abusé depuis le printemps dernier, il n’en est rien, la guipure est plus en faveur que jamais, et c’est peut-être avec le velours miroir la garniture qui sera le plus employée encore cette saison.
Nos lectrices savent déjà qu’elle sera le plus souvent associée à la fourrure coupée en bandes étroites ou à la passementerie de jais semée de cabochons très en relief.
Les empiècements de toutes formes, les berthes ondulées, les épaulettes, les jabots, les fichus
Marie-Antoinette, les draperies croisées en châle, les plis creux réels ou simulés, enfin tous les arrangements en faveur la saison dernière servent toujours à orner nos corsages. Mais on trouve moyen de les renouveler en variant les tissus et les garnitures, ainsi les fichus Marie- Antoinette, au lieu d’être taillés dans une étoffe légère, se font en velours souple ou en soie de fantaisie ; la fourrure remplace souvent la dentelle qui les borde généralement, et quelquefois ils sont enjolivés de revers; on fera des berthes et des épaulettes en applications de drap repercé sur transparent de velours; d’autres seront ornés de soutache, de broderie au cordonnet, d’applications de
velours
Fig. 2.
DOBE de lamage mélangé rouge v et noir , jaquette à revers et parements de velours noir. Corsage ajusté en lainage formant gilet.
Toque en paille de laine garnie de ruban et de deux têtes de plumes.
rubis, ponceau, ophélia, rose, mandarine, amande, etc. La moire peut être substituée au velours, mais nous préférons de beaucoup ce dernier, plus doux au teint, plus seyant.
Nous donnerons dans de prochaines causeries la description détaillée et le prix des diverses garnitures dont nous avons aujourd’hui indiqué l’usage.