AVANT-PROPOS
cendre les livres prophétiques à une époque où ils s'expliquent tout naturellement, tan* dis qu'ils demeurent inexplicables dans la haute antiquité où on les avait placés.
Le mot de modernité n'est pas dans le Dictionnaire de l'Académie; j'ai cru en avoir besoin, et d'autres déjà l'avaient employé.
Les Juifs, à l'époque où le christianisme a commencé de se répandre, se faisaient^ sur la date de leurs livres saints, d'élranges illusions, et leur attribuaient une antiquité absolument invraisemblable, comme on le voit également par saint Paul ou par Josèphe.
Ils croyaient le Pentateuque écrit par Moïse 1600 ans avant noire ère. Ils attribuaient les Psaumes à leur roi David, \e% Proverbes elles autres livres gnomiquesàSalomon, etc.
Les chréliens, en acceptant les livres des Juifs, ont accepté aussi ces idées, et elles se sont perpétuées dans TÉglise catholique, qui n'admettait guère la critique. C'est ainsi
que Pascal et Bossuet appellent hardiment le Pentateuque le plus ancien livre du monde. Et c'est ainsi que dans le Dictionnaire de TAcadémie, édition de 1835, au mot original, on lisait encore celle phrase : « Le texte original de la Bible, le texte hébreu qui représente le manuscrit de Moïse *. »
Enfin, tout récemment encore (1888), M. Wallon écrivait dans le Journal des Savants^ en parlant des Juifs : « Leurs livres, à eux, dépassaient de beaucoup en antiquité ceux des Grecs. »
Dans les pays protestants, la critique avait pu s'introduire. Spinosa avait ouvert la voie ; d'autres y ont marché plus ou moins librement, et ont étudié la Bible comme on doit étudier tous les livres. La tradition en a été infirmée, et en grande partie abandonnée. Pour reconnaître à quel point