‹ La moelle épinière et l'encéphale [electronic resource]Chapitre 1 sur 57 · IMPRIMERIE LE BIGOT FRÈRES · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE LE BIGOT FRÈRES

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AVANT-PROPOS

Depuis quelques années j'ai entrepris de patientes recherches, soit seul, soit avec le concours de quelques-uns de mes élèves, sur divers points d'anatoraie et d'embryologie du système nerveux central.

Dans les années 1891 et 1893 j'ai longuement et minutieusement développé l'histoire anatomique de la moelle épinière et de l'encéphale dans mes leçons à la Faculté.

Dans ces leçons je me suis efforcé de mettre de l'ordre dans la description ; j'ai laissé scrupuleusement à l'ancienne anatomie ce qui lui appartient, mais je n'ai pas omis les faits nouveaux, — et combien nombreux, — que nous devons aux anatomistes modernes. Le livre que je présente au public médical est en quelque sorte le reflet de ces leçons, que j'ai modifiées et adaptées au nouveau but auquel je les destinais.

Pour l'écrire, je n'ai pas seulement eu recours à l'anatomie pure, à l'anatomie macroscopique. Je me suis souvenu que l'histologie éclaire la physiologie, et que l'embryologie explique la morphologie. L'étude de la moelle épinière et des diverses parties de l'encéphale de l'adulte a donc été parachevée par l'étude des mêmes parties chez l'embryon et le fœtus humain. Mais aujourd'hui où l'esprit cultivé et l'élève chercheur ne se contentent plus de l'exposition pure et simple des faits, — quelqu'importanls que ceux-ci soient d'ailleurs, — mais demandent à la nature le comment sinon le pourquoi des choses, il fallait faire encore davantage. Dans le but de satisfaire l'avidité

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de connaître et de comprendre des élèves qui m'écoutaient : dans le but plus grand de dévoiler à leur jeune intelligence quelques-uns des secrets de l'organisation de l'iiomme, j'ai fait, — quand cela était nécessaire à mon sujet, — quelques excursions dans le domaine de l'anatomie comparée. Sans celle-ci, en effet, la signification de beaucoup de faits morphologiques nous échappent; tandis que guidés par elle, nous redescendons pour ainsi dire les étapes parcourues par l'homme pendant son évolution et nous comprenons mieux sa nature.

J'ai aussi fait appel à l'embryologie, car en nous faisant assister aux métamorphoses successives que l'organisme subit durant sa période de développement, l'embryologie rattache chacune des étapes embryonnaires parcourues par l'homme à la série zoologique à laquelle il appartient et dont il occupe le sommet. C'est ce qui a fait dire à Serres en 1842, que « l'organogénie humaine est une anatomie comparée transitoire,comme à son tour l'anatomie comparée est l'état fixe et permanent de l'organogénie de l'homme. »

J'ajoute que je n'ai pas borné là mes descriptions. Sans doute, il était bon de rcmetirc à point toute l'histoire descriptive et évolutive des centres nerveux; sans doute il était bon de montrer que l'anatomie de la moelle épinière et du cerveau, y compris celle de leurs enveloppes, avait été renouvelée dans ces dernières années ; sans doute il était indispensable de montrer qu'on peut rattacher le système nerveux central de l'Homme, — quelque développé qu'il soit, — au système nerveux beaucoup moins achevé du reste des animaux, — mais j'estime qu'il fallait faire davantage encore.

Pour intéresser l'esprit, pour captiver l'attention des auditeurs, il faut parler à leurs besoins et à leurs désirs. Si vous ne parlez point leur langage intérieur, vous ne serez point compris. C'est pour cette raison qu'après avoir décrit les rouages du système nerveux, j'ai entrepris d'esquisser brièvement leur fonctionnement régulier ou physiologique, et leur fonctionnement dévoyé ou patliologiciue; d'un côté l'inténM scientifique, de l'autre l'intérêt prati(|ue. A la suite de chacune des parties du système nerveux, j'ai donc adjoint des indi-

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VU

calions brèves, mais cependant suflisanles, pliysiologiques d'une part, patliologiques de l'autre (1). Ainsi se trouvent rattaciiées à l'étude anatomique de l'organe ses propriétés pliysiologiques et sa pathologie. Il faut, de toute nécessité,' que l'élève se pénétre de cette vérité, éclatante surtout en pathologie nerveuse, qu'il est impossible de porter un diagnostic précis, un diagnostic sérieusement discuté, sans connaître à fond l'anatomie et la physiologie.

La diagnose des maladies de l'encéphale, des maladies de la moelle, exige plus que tout autre cette connaissance approfondie de l'anatomie..

Enfin, je n'ai pas cru que la psycholoijie, — qui n'est pour moi que la physiologie du système nerveux y compris les organes des sens, doive être écartée d'un cours d'anatomie fait aux élèves en médecine. Autant que les philosophes purs, le futur médecin doit être au courant de l'histoire des facultés mentales; il doit savoir comment elles naissent, comment elles se développent, comment elles s'acquièrent, comment elles se troublent , comment elles se perdent ; il doit connaître leur valeur philosophique et savoir que partout où elles se manifestent elles sont le parallèle obligé de modifications physiques qui se passent dans le sein du système nerveux central. En connaissant mieux sa nature, on perd peut-être un peu de vanité, mais on devient meilleur.

Lille, 15 Octobre 1893.

Ch. DEBIERRE.

(1) Le le.\le de ce livre coriipieiid deux soilcs de caraclères : le grand caractère est employé pour laualouiie elle-mônie, le petit caractère est réservé aux applications physiologiques et pathologiques.

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