‹ La monadologie, avec introduction, anȧlyse développéeChapitre 21 sur 28 · Du grec (jiovdc (unité · texte numérisé non relu

Du grec (jiovdc (unité

3. L'atome d'Épicure n'était pas une substance simple, inètendue, puisqu'on lui attribuait une forme ; il était seulement insécable; ses parties étaient physiquement indivisibles, mais sèparables par la pensée. H est certain qu'il peut exister de tels atomes ; mais ce ne sont pas les derniers éléments des corps ; ils sont encore composés de parties ; et puisque toute composition est une addition, et que toute addition est une addition d'unités, les éléments dont la réunion forme l'atome sont réellement des forces simples, des monades*

4. Naturellement, c'est-à-dire d'après les lois physiques et chimiques. En effet, tous les phénomènes naturels ne sont que des mouvements, tous explicables par attraction ou par répulsion. Toute formation naturelle, résultat d'attractions, sera

5. Par la même raison, il n'y en a aucune par laquelle une sul)sttnc6 simple puisse cammendor naturellement, puisqu'elle ne saurait être formée par composition.

6. Ainsi, on peut dire que les monades ne sauraient commencer ni flair que tout d'un coup, «c'est-à-dire, elles ne sauraient commencer que par création, et finir que par annihilation; au lieu que ce qui est composé commence ou finit par parties.

7. Il n'y a pas moyen aussi d'expliquer conmient une monade puisse être altérée ou changée dans son intérieur * par quelque autre créature, puisqu'on n'y saurait rien transposer, ni concevoir en eue aucun mouvement interne, qui {>uis3e être excité, dirigé, augmenté ou diminué là dedans, comme cela se peut dans les composés, où il y a du changement entre les parties. Les monades n'<mt point de fenêtres, par lesquelles quelque chose y poisse entrer ou sortir. Les accidents ne sauraient se détacher^ ni sa promener hors des substances^, comme faisaient autrafi>jâ

donc une ailiilAe Tèunion, uiie adjonction de parties ptèèxifttanées. Toute destruction, rè&aitant de ^sertsÂnes rèputoionts ne sera qu'une séparation, ^ne dèoompositioa. Jl n'y a donc ^e les QompoBéa qui se forment et qui se détruisent. Le simple n'a pu naître que subitement (donc par création), et ne pourrait périr que par un miracle dont on ne comprendrait pas le but ni la raison.

1. Une monade n'a pas àHntérieurf puisqu'elle n'a pas de parties. Mais Leibniz yeut précisément dire que les monades, n'ayant ni intérieur ni extérieur, sont impénétrables les unes aux autres, incapables de déformation ou de oompression, et par conséquent incapables d'être altérées ou modifiées à la ma^ nière des composés, lesquels n'agissent les uns sur les autres que par une sorte de déformation»

2. Les accidents sont les m^odifications des substances. Ainsi, l'eau gèle, la glace fond, l'eau s'évapore ; la dureté, la fluidité, Tètat gazeux, sont les accidents; l'eau est la ^ti^^tance permanente. Il est clair que les accidents (ou manières d'être) ne peuvent être séparés de la substance qui est le sujet de ces manières d'être : car il n'y a pas de modifications en dehors du sujet modifié ; la vapeur n'est pas d'un côté, et l'eau vaporisée de l'autre. Toutefois, il se peut qu'une substance, sans perdre ses qualités^ 'communique, non aa propre majaiére

LA. JiONAdDOLOOlE. 3

les «spèc66 sensibles des «Ksboiasliqnes. Aizisi, ni substance ni a^id^Qit peut * entrer de dehors dans une znooadâ '.

8. Cepe&danit il fant qne ies dBa^OAdes aient quelques qualités, autremenit m ne seraient pas mêosae des éé*es. Et si les substances simples ne di^QEî^aieût peânt par leurs qualités, il n'y aurait point de moyien de s'apercevoir d'aucun changement dans les choses, puisque ce qui est dans le cosnposé ne peut venir que des ingrédients simples, et les monades étant sans qualités seraient indistJA'goables Tune de l'autre 3, puisqu'aossi i)ien elles ne difë- T&^t poûxt en quantité); .^t par oQnséquevit, k j^ein étant supposé, ch>aque Jieu ne recevrait tou^oocs dans le mouvement que l'équivalent de ce qu'il avaiit bu, '€<t un état des ch^Qses serait indistijagttable de l'autre K

d'être, mais une manière d'être semblable, à une autre substance : ainsi l'encre, dont la qualité est d'être noire, noircit le papier. Les scholastiques n'ont yraisemblablement pas voulu dire autre chose guand ils parlaient des espèces sensibles (ou qualités sensibles) passant d'une substance à une autre : la critique de Leibniz est donc peu fondée.

i. La suppression incorrecte de la négation ne est un latinisme très logique; on trouTie beaucoup de iatiiiisvico dajis le français de Leibniz.

^, S^M d»xà^ aucune substance n'entre dans use autre; aucun accident, aucune qualité ne quitte la monade A pour entrer dans la monade B ; mais la monade A, sans perdre ses qualités, ne peut-elle en communiquer de semblables à la monade B ? Moo esprit perd-il ses connaissances parce qu'il les cornmwiiqvte .à im autne esprit ? Il ne faut donc pas conclure ayec Leibniz qu'une monade ne reçoit de l'extérieur aucune qualité.

3. C'est un des principes de 1a philosophie de Leibniz qu'il n'ejûste pas deu2 êtres absolument semblables, indistinguables, indiscernables. ^Voyez § 9.)

4. Supposons, en effet, que les monades A,B, C, D soient absolument semblables : lorsque l'une vient prendre la place de l'autre (par exemple A prend la place de B), le point de l'espace qui conteo&it la, m^iade B^ et qui contient maintenant la monade A, gagne absolument ce qu'il perd ; ce qui s'y trouve après le mouvement est semblable à «e qui s'y trouvait aupa^ravant ; donc il est impossible que l'on s'aperçoive du changement. Toutefois, pour que cette conséquence soit rigoureuse, il

9. Il fout même que chaque monade soit diflferente de chaque autre : car il n*y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement Tun comme l'autre, et où il ne soit possihle de trouver une différence interne ou fondée sur une dénomination intrinsèque *.

^10. Je prends aussi pour accordé que tout être créé est siget au changement, et par conséquent la monade créée aussi, et même que ce changement est continuel dans chacune.

11. Il s'ensuit de ce que nous venons dédire, que les changements naturels des monades viennent d'xm principe interne, puisqu'une cause externe ne saurait influer dans son intérieur.

12. Mais il fiiut aussi qu'outre le principe du changement il y ait un détail de ce qui change 3, qui fesse pour ainsi dire la spécification et la variété des substances simples.

13. Ce détail doit envelopper une multitude dans l'unité ou dans le simple ^^ Car tout changement naturel se feisant par degrés, quelque chose change, et quelque chose reste; et par conséquent il feut que. dans la substance simple il y ait une pluralité d'affections et de rapports, quoiqu'il n'y ait point.de parties.

14. L'état passager qui enveloppe et représente xme multitude dans l'unité ou dans la substance simple, n'est

faut supposer â tort, avec Leibniz, que tout est plein dans l'espace : car, s'il y a du vide, s'il y a un intervalle entre A et B, la monade A traversera ce vide pour aller prendre jla place de B ; ce qui était vide se trouvera plein pendant le trajet : il y aura donc changement dans l'état des points de l'espace.

1. Une dénoini¥tation intrinsèque, c'est-à-dire une différence de nature, tenant aux qualités propres de ces deux monades, et non pas seulement â la diversité de leurs rapports avec les substances extérieures.

2. Un détail de ce qui change, Leibniz entend par là que les qualités des monades ne changent pas toutes ni tout d'un coup, mais par degrés, en détail, et non en bloo.

3. Pour que les qualités changent en détail, une à une, il faut qu'il y en ait une multitude, bien que le sujet des qualités multiples soit un et indivisible

autre chose que ce qu'on appelle la perception S qu'on doit distinguer de Taperception ou de la conscience, comme il paraîtra dans la suite. Et c'est en quoi les Cartésiens ont fort manqué, ayant compté pour rien les perceptions dont on ne s'aperçoit pas 2. C'est aussi ce qui les a fSsdt croire que les seuls esprits étaient des monades, et qu'il n'y avait point d'âmes des bétes ou d'autres entéléchies », et qu'ils ont confondu avec le vulgaire un long étourdissement avec une mort à la rigueur, ce qui les a fait en-

1. Le sens de cette phrase est celui-ci : chaque monade changeant sans cesse, tous ses états sont passagers; or, dans chacun de ces états, la monade est en rapport avec une multitude de substances extérieures; c'est ce qu'exprime Leibniz en disant qu'elle enveloppe une multitude dans son unité ; c'est ainsi qu'un point (par exemple le centre d'un cercle), tout simple qu'il est, comprend « une infinité d'angles formés par les a lignes qui y concourent. » (Leibniz, Principes de la nature et de la grâce, § 2.)

Pourquoi Leibniz donne-t-il le nom de perceptions à ces modifications successives des monades ? C'est parce que toutes les monades étant incapables de modifications mécaniques (voyez § 7), toutes leurs modifications doivent être analogues à celles des esprits, par i:onséquent aux perceptions. D'ailleurs, c'est précisément le caractère des perceptions, d'envelopper la multitude dans l'unité: car, en percevant un corps, mon âme, qui est simple, se représente la multiplicité des parties de ce corps. Toutefois, cette analogie avec nos perceptions permet-elle de donner ce nom de perception à des modifications inconscientes ? Oui, s'il y a en l'homme des perceptions sans conscience ; mais nous ne saurions admettre qu'il y en ait.

2. Les Cartésiens ont-ils tort? Qu'est-ce qu'une perception inaperçue, inconsciente? Comment constater la réalité de ces prétendues perceptions inconscientes, puisque, par hypothèse, on ne peut les apercevoir ? C'est donc tout au moins une hypothèse invérifiable.

3. Entéléchies. Ce mot, emprunté à Aristote, signifie substance complète, douée de force, n'ayant pas besoin de recevoir son mouvement d'une force étrangère, et même capable de mouvoir, d'animer par sa vertu une substance étrangère (ainsi l'âme est le principe moteur, le principe vital, ou, comme dit Aristote, l'entélèchie du corps) ; l'animal a aussi un principe vital, une entéléchie spirituelle; et c'est à tort que les Cartésiens le regardaient comme pure matièce.

6 LA' BfONAOOLpGlE.

o(!)fe donner 4aois le préjugé 9eolaBtiqiae des âmes entiè^ rement s^oi^ée^, et a même conâivftè' les esprit» m^ louches dans Topinion de la mortalité des âmes.

15. L'action du principe interne, qui feit le ckangement ou le passage d'une perception à? une autre, peut être appelée appétition; il est vrai que l'appétit ne saurait toujours parvenir entièrement à toute la perception oiî^iltend, mais il en obtient totyours^ielque chose, et parvient à des perceptions nouvelles.

16. Nous expérimentons en nous-mêmes une multitude dans la substance simple, lorsque nous trouvons que la moindre pensée dont nous nous apercevons, enveloppe une variété dans l'objet*. Ainsi, tous ceux qui reconnaissent que l'âme est une substance simple doivent reconnaître cette multitude 3 dans la monade^ et M. Bayle ^ ne devait poinl} j 1a*4>uver de diffioiilté, comme û a Eût d»D& son dictionnaire, afttcle 2Zi>ram«*.

17. On est obligé d'ailleurs de confesser qtte la percepp^ tion et ce qui en dépend est inexplicable par des raisons méeaniqjoes, c'est-àrdire par les âgores et par les mouvements. Et, feignant qo'il y sdt une maciflne dont la structure fesse pens^, sentir, avoir perc^tioiL,.on pourra la concevrôï* agrandie en conservant les mêmes propeptions, en sorte qu^on y puisse entrer comme dans tm

I.Eii e£fet> chacuzke de nos pensée» e«t simple, ei cependant embrasse toujours plusieurs objets, ou tout au moins plusieuns parties de l'objet.

9, G'est-à-dire oette multitude de pereepUans,

3. Ba^», né en 1647, exilé de France après la rêTOcation de redit' de Nan4«s, mort à Rotterdam en 170& C'est un des plus redoutMes' sc^tiques. Son DioHùnnaire, lamaifquable par une érudition étonnante, renferme sous une forme ironique unefoukhd'objeotioaB) non seulement contre les yérités de la foi, mais aussi contre les divers systèmes philoso^ques. C'est pour répondre à ses objections oontve la Providexice que Ld.b* niz composa la Théodicée.

4. JRorarÛMr^ou Jérôme Rorario^. auteur du seizième siècle, a composé un livre pour prouver qjà» la bâte est phis raisonnaWe qtie^rkeaune. B»yle' lui devait bieft un artiele dans son jnctionnaire.

moulin. Et, cela posé, on ne trouveWL en ïa visitant au dedans que des pièces qui se poussent les. unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception*'. Ains^ c*est dans la substance simple, et non dans le composé, ou dans la machine *, qu'il la faut chercher. Aussi n'y a-t-il que cela qu'on puisse trouver dans la substance simple, c'est-à-dire les perceptions et leurs changements. C*est en cela seul aussi que peuvent consister toutes l'es actions internes des substances simples.

18. On pourrait donner le nom d^entéléchies à toutes les substances simples ou monades créées, car elles ont en elles une certaine perfection (l^outn t6 IvTeXéc); il y a une suffisance (aùTàpxeia) qui les rend sources de leurs actions internes, et pour ainsi dire des automates ^ incorporels.

19. Si nous voulons^ appeler âme tout ce qui a perceptions et appétits dans le sens général que je viens d'expliquer, toutes^ les substances simples ou monades créées pourraient être appelées âmes; mais, cenmie le sentiment est quelque chose de plus qu'une simple perception, je consens que le nom général de monades et d'entêléchies suffise aux substances simples, qui n'auront que cela, et qu*bn appelle âmes seulement celles dont la perception est pins distincte et accompagnée de nutooire.

1. Cette compatraison peut sembler étrange ; cependant' le raisonnement est rigoureux. H s'iagit de prouve» que nulle perception (ni celles de nos âteder, ni même ceUeffètAintmades^ ne saurait s'expliquer par une action mécanique, par des mouvements. Or des mouvemeûtte* ne peuvent produira ou- communiquer que des mouvements, e^ jamais cette rep^semtation, du multipre' dunS' limité- ({m ceus-titueila perceplàoitv TouA mott- Tement s'ac<K>mpUt dites- l%Bpace; pnncevFt una eertigâae étendue. Or une perception qui affecte ufi'dujei^ simple- ni^ peni occuper aucune étendue : done eUe n'est p«9 «t» m<M#oem#nt.

2. C'est-à-dire dans le jeu raïa^-e^ deS' papties qui con^posent le corps, la masse.

3. Il faut entendre par là qu'îles tienn>eiit leup action de h;ur propre- nature, et non d« l'aeiic» des* «qrips^xténeurs: eiïes se suffisent donc àoUes-mêmes, chacune est «9 tout' complet, une eméléchie.

8 LA MONADOLOGIX.

20. Car nous expérimentons en nous-mêmes un état, où nous ne nous souvenons de rien et n'avons aucune perception distinguée, conmie lorsque nous tombons en défaillance, ou quand nous sommes accablés d'un profond sonmieil sans aucun songea Dans cet état, Tâme ne diffère point sensiblement d'une simple monade, mais conmie cet état n'est point durable, et qu'elle s'en tire, elle est quelque chose de plus.

21. Et il ne s'ensuit point qu'alors la substance simple soit sans aucune perception. Cela ne se peut pas même, par les raisons susdites : car elle ne saurait périr, elle ne saurait aussi subsister sans quelque affection, qui n'est autre chose que sa perception; mais quand il y a une grande multitude de petites perceptions, où il n'y a rien de distingué, on est étourdi , conmie quand on tourne continuellement d'un même sens plusieurs fois de suite, où il vient un vertige qui nous peut faire évanouir, et qui ne nous laisse rien distinguer. Et la mort peut donner cet état pour un temps aux animaux^.

22. Et comme tout présent état d'une substance simple est naturellement une suite de son état précédent, tellement que le présent y est gros de l'avenir 3,

23. Donc, puisque réveillé de l'étourdissement on s'aperçoit de ses perceptions, il faut bien qu'on en ait eu immédiatement auparavant, quoiqu'on ne s'en soit point aperçu : car une perception ne saurait venir naturellement que d'une autre perception *, comme un mouvement ne peut venir naturellement que d'un mouvement.

1. On peut douter qu'il y ait jamais de sommeil sans aucun songe. Pour ce qui est de la défaillance, il est certain que nous n'avonii en cet état que des perceptions confuses ; mais si nous n'en ayons qu'une faible conscience, en résulte-t-il que cette conscience soit nulle ?

2. Leibniz n'entend pas parler ici de tous les êtres vivants, y compris l'homme, mais seulement des bêtes.

3. Proposition au moins très contestable, et qui, appliquée à notre âme, conduirait à nier le libre arbitre.

4. Une perception suit celle qui l'a précédée, mais ce n'est pas à dire qu'elle soiX produite parla précédente. Précéder n'est pas causer.

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