CHAPITRE PREMIER
Dispositions dans lesquelles se trouvait la France au moment de la révolution de juillet.
En J,8i4> îi" moment de la chute de l'empire, après trente années d'essais malheureux, beaucoup de choses se trouvèrent convenues. On reconnaissait qu'il fallait à la France une
monarchie, ayec„cettfi-ioooar.çliic la-lihertéj avec la monarcliie et la liberté , de pacifiques
et honûMbies..rappPJ'ts avec l'Europe. Tous
les esprits sensés étaient d'accord sur ces trois points. L'ancien régime, la république, la gloire des conquêtes, n'avaient créance auprès de personne.
On pouvait, jusqu'à un certain point, croire à la possibilité d'un bon avenir.
La Charte octroyée ^était.,xm Jnconvénient sans dout^ non à cause de son origine , car une bonne constitution est bonne de quelque main qu'elle vienne, mais parce que la prétention de l'octroyer, spontanément j sansJe concours du pays , donnait ouverture plus tard JU^préteiUlgn de la,. niodifier de môme. Cependant, sauf ce danger lointain, aggravé par l'article quatorze , sauf quelques dispositions fâcheuses , celle notamment qui fixait l'âge delà députatiou à quarante ans, et faisait de la vie politique, non une < carrière, mais une sorte de retraite placée à la fin de toutes les carrières ; sauf l'immobilisation du cens électoral, fixé à 5oo francs, sauf ces dispositions et quelques autres, la
Charte renfermait les principales conditions de la poHirchie J^eËr^en^tivÊ-- — ~—
I Un roi héréditaire et inviolable ,
I Des ministres responsables,
j Deux chambres ,
\ Le vote annuel de l'impôt, vLa liberté de la presse.
De nouvelles générations s élevant tous les jours pour développer cette Charte , la féconder par leur activité, leur ambition et leurs talens, promettaient à la France les beaux jours de la monarchie représentative.
Le joug étranger qu'il avait fallu subir était une circonstance déplorable. Mais si les tr^ tes de 181 5 étaient un malheur, ils n'étaient p^ une honte pour le paj^s. Ce ne sont pas , en effet , les derniers traités qu'a signés un gouvernement, dans des jours de revers, qui décident de sa dignité, mais l'attitude qu'il prend à mesure qu'il sent renaître j^s forcc^Sj par la paix , le temps et le repos.
"TTes Bourbons de la branche aînée auraient pu nous donner la liberté, nous rendre notre dignité extérieure; ils l'auraient pu incontes-
^ fy^f-r^' ( 4 )
tablement. Mais il s'agissait de savoir si la légitimité qui leur prêtait une force réelle, ne leur inspirerait pas des préjugés insurmontables; si l'étranger ne serait pas toujours pour eux un appui, un recours secret dans des jours d'alarmes.
Telle était la question. L'événement l'a résolue contre eux, après quinze années d'hésitations malheureuses.
A peine, en effet, la Çhaxte a-t-elle été mise en action, qu'ils ont été effrayés du bruit et du jeu de la machine. 11 est vrai que amis et epjaemis ^e .soni ^«cipkës pe«r-la faire agir violemment dans leur sens. Roja;:: listes exagérés, d'une part, bonapartistes .et révolutionnaires ressuscites, de l'autre, sont, entrés dans les chambres , ou se sontemparfig de la presse. Tous , pendant les premières années de la restauration , ont alternatirement entraîné la balance de leur côté. Le 5 septembre a repoussé les uns ; différentes combinaisons électorales ont repoussé les autres ; le gouvernement^ paru .se raijferniir.
Le ministère Yillèle ,a été. tbriué. .
Dans cet instant l'actioii du gouvernement
(5) représentatif était devenue beaucoup moins effrayante que de 181 3 à 1820. Unemajoritéjiévouée aurait dû rassurer les Bourbons et les concilier quelque peu avec nos institutions nouvelles. C'était le moment d'accepter la monarcbie représentative, de donner les lois organiques, complément promis de la Charte. C'était le moment , car le |DOuvoir, en faisant sa part fort large, eut cependant enchanté les amis de la liberté par les concessions même les plus r^streintes.„Mais il n'en fit rien. Tout ce temps siprécieuXj de i82i à 1827, fut consacré à donner des satisfactions à l'émigration, au clergé, à la Sainte-Alliance. On accordait à l'émigration l'indemnité, au clergé la loi du saciilége, à la Sainte-Alliance la guerre d'Espagne.
Dans cet intervalle il se passait une révolution importante due au temps et ù la pratique de laChart . On rencontrait moins dans les Chambres des hommes de l'ancien régime opposés à des hommes de la révolution ou de l'empire ; on y voyait déjà ces générations nouvelles, étrangères aux passions, aux préjugés, aux vœux absolus des générations qui les avaient précédées , formées par la paix
(G) i étude et la pratique des affaires. Une expérience de quelques années commençait à concilier lûul le monde au système représentatif, même ses ennemis les plus déclarés. Tant que les hommes qu'on appelait libéraux avaient seuls réclamé la liberté de. la__ tribune ou de la presse , elle était demeurée suspecte et contestée ; mais bientôt les ennemis de cette liberté en avaient eu besoin eux-mêmes, et ils l'avaient invoquée à leur tour. M. de Chateaubriand l'avait réclamée d'abord sous M. de Richelieu , puis sous M. de Villèle, pour attaquer les ministères dont il était l'ennemi. MM. de Villèle et Corbière l'avaient demandée contre MM. Decazes et Siméon ; M. de Labourdonnaye l'avait exercée contre tout le monde. La liberté paraissait ainsi bonne à tous, utile à tous ; elle se fondait par la main de ses ennemis , autant que par celle de ses amis. Le j^a^s assistait à ce spectacle , et il se sentait troublé, mais éclairé aussi par celte liberté qui fajsait tant de bruina la tribune et dans les Jourjnaiix. Il commençait à comprendre la beauté de:ç,c système qui , transportant
la royauté dans une région supérieure , au 'dessus de toutes les attaques, laissait au dessous une région agitée où des ministres attaehés à des partis divers se succédaient de l'opposition au pouvoir, du pouvoir ■-) l'opposition, et représentaient sans bouleversementja succession et la lutte Jfes intérêts sociaux. Chaque jour qiiplqnp nn]iy^]|A ^Tj^^ppn'^nVft luj f^-
vêlait le secret d'une partie du système. Il apprenait, sous M. de Villèlc , l'utilité d'une double tribune, l'une défendant les intérêts négligés par l'autre, lorsqu'il voyait la pairie arrêter les lois qu'une majorité complaisante donnait si facilement au ministère; il croyait même à l'utilité de l'hérédité^ lorsqu'il voyait sur soixante-seize pairs , cinquante profiter de leur indépendance pour se rattacher aux intérêts nationaux. Il appréciait l'utilité de cette presse placée au delà de tous les pouvoirs , les inquiétant, les calomniant quelquefois , mais les tenant toujours en éveil, lorsqu'il voyait, en 1827, la presse arracher le corps électoral à l'asservissement dans lequel M. de Villèle l'avait retenu si long-temps. Aussi, en 1827, son éducation était-elle achevée. Il sa-
( 8) Tait, il désirait j a monarcliie représentative; il était canvaincu qu'avec cette monarchie il aurait une liberté sans orage ; il la voulait , et lie voulait rien au delà.
Lorsqu'en effet le pays eut donné , en 1 827, cette majorité si nouvelle qui renversa M/ïïe^ Villèle et fit arriver M. de Martignac , il manifesta deux intentions bien fermes, l'un^ d'obtenir ce qu'on appelait alors l'exécution entière et sincère de la CharlCj, l'autre de rassurer complètement la dynastie.
Pour obtenir la première de ces choses , on ^réfilsjïîait une loi contre Jes fraudes électorales, une modification à la légisjatjpn de la presse, des lois départementales et communales ; on souhaitait, sans oser trop le dire, par ménagement pour une faute du roi envers la ville de Paris, une loj sur les^ardes nationales ; on demandajt hautement certaines réformes financières; on attaquai* Jcs étatsmajors , la dépense excessive de la garde rojale et des Siiisses; on réclan^ai^ divers es réductions encore, mais on s'arrêtait là, et ces choses obtenues , on savait qu'avec des libertés locales , avec des élections sincères, une ma-
( 9 ) jorifé vraie , et l'obligation pour le gouvernement de déférer aux vœux de cette majorité , la France jouirait d'une liberté suffisante.
Tandis qu'on invoquait ces choses , on mettaitje j2l'-' ^ grand soin à rassurer la dvnastic. On lui faisait faire des voyages dans la plus libérale des provinces, l'Alsace; et on cherchait àluimontrerles Français,réputés les plus mal disposés pour elle, prêts à se jeter dans ses bras , si elle accordait la somme de liberté désirable.
Singulière fatalité ! on rh^rrhj^it à sanypr
CharksJL, et on le perdait! On avait.jLaulu lui montrer les Français prêts à régitfiapiu.i^£j:jie leur dévouement son retour à des idées saineg , el lui ne vo3-ait dans leuis témoignages qu'une preuve : c'est queJaJFrance était h lui, toutàrfait à lui , qu'il pauvait tout oser, et qu'elle ne l'abandonnerait jamais. 11 osa tout en effet. En désaccord avec la chambre des députés sur la lûL.4cparteuicDtalcj il la. r.etija brusquement, et bientôt il congédia ce ministère qui était son dernier intermédiaire avec une majorité respectueuse, dévouée, mais fermement prononcée dans ses idées d'améliora-
lions, irciéace^lèlite Jiiiûiâtèi'c. .dij,8jmût,
gui a fait les^ojdonnanceSj amené lajcévoluj::
tion de juillet, et produit^, la m.onarchiede i83o.
Ce jour-là fut éclaircie , résumée, et posée solennellement, la grande question du gouy-^^vernement représentatif ; celle dans laquelle il réside tout entier , celle qui fait qu'il est ou n'est pas , celle pour laquelle une dynastie devait périr, une autre dynastie s'élever; celle qui établit entre le gouvernement de CharlesX et celui de Louis-Pliilippe, toute la différence du droit divin au droit national; cette question, la voici : le roi est-il indépendant ou non de la majorité des chambres ? Peut-il choisir ses ministres liors de cette majorité?
Ce fut là la question du 8 août et du 26 juillet; c'était en effet dans cette question que s'étaient renfermées toutes les autres. Quinze ans de possession avaient fait qu'on ne pouvait plus nous refuser les formes duj^ouvernement représentatif, c'est-à-dire, des ministres responsables, deux chambres, le yotii,ji& l'impôtj^ la liberté de ja j:ii:£LSS£, Ces formes étaient entrées dans nos habitudes , dans nos
goûts, dans nos mœurs; elles avaient servi à tout le monde , aux royalistes comme aux libéraux, à M. de Labourdonnaie comme à MM. Foy et Manuel. Tout le monde était engagé à les défendre si elles étaient attaquées. L'appareil du gou^veiTœniÊntj:-epr.éâeiUaiiLne pouvait ^5£P]^ être retiré. Mais tout cela n'était rien sans une dernière condition , c'est que le gouvernement déférât au vœu de • la majorité des chambres.
Sans, cette conditiaji , disions-nous alors , la monairchie n'est iy»& refi2:éseiitalÙ2£-.^,.mMl§ consuUajive. Les chambres émettent un vœu , mais ce vœu n'oblige pas ; elles sont réduites à un simple système de remontrances.
Renvoyer le ministère Poji^nac, prendre un ministère dan s la majorité de i828, c'était résoudre la difficulté contre soi et pour nous. Mais Charle&X s'arrêta sur ce terrain; il voulut y combattre. Pour cette question, il fit un coup d'E^t, et la France fit une révolution. Charles X fut conséquent ; la France le f«t aussi.
Voilà où en étaient arrivés les esprits quand a été consommée la révolution de juillet. Per-
iTn or sonne ne songeait ni à une république, ni à une monarchie républicaine, ni à tout ce qu'on a inventé depuis.
Tout le monde se disait qu'avec des élections franches , une majorité sincère , un ministère pris dans celte majorité, une presse comme appui de tout cela, on était libre, suifîiamment libre. On ne demandait pas plus. Les plus hardis, où allaient-ils? à se dire nettement, que la dynastie n'admettrait jamais ces conditions, qu'elle était inconciliable avec ce système, qu'il fidl-ait résoudreJa difficulté jondumentale, c'est-à-dire, garder la monarçhjej.mais changer la dynastie. Ceux qui osaient dire cela , ou du moins l'indiquer, étaient alors les plus hardis des hommes.
Si , quelque part , on portait ses vœux au delà de la monarchie, ceux qui formaient ces vœux ne le disaient pas , ne le publiaient pas, et ils avaient raison. La France ne l'eût pas souffert. Elle avait besoin d'être rassurée sans cesse contre toute exagération. L'une des choses qu'il fallait le plus souvent lui répéter, c'est qu'on ne voulait ni bouleversement ni révolution , c'est qu'on ne