‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 1 sur 343 · LIBRAIRIE DE GUILLAUMIN ET C · texte numérisé non relu

LIBRAIRIE DE GUILLAUMIN ET C

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Depuis bientôt vingt-quatre ans que ce livre a paru pour la première fois, de grands événements financiers et industriels se sont accomplis. L'amélioration des moyens de transport et la difïusion plus grande des connaissances économiques, résultat forcé de relations plus faciles, ont multiplié les transactions commerciales et augmenté la richesse dans tous les pays civilisés. I/épargne s'est développée en même temps^ à ce point que ses accumulations ont dépassé les rêves les plus optimistes de la génération qui nous a précédés.

Ce remarquable progrès a changé le point de vue industriel auquel se trouvait placé l'auteur lorsqu'il a écrit ce livre. Le monde commercial n'a plus le même aspect qu'autrefois, et les chiffres qui étaient considérables il y a trente ans, semblent aujourd'hui bien médiocres. L'accroissement de la richesse générale, l'abaissement de la valeur de l'or et de l'argent, le développement de l'industrie anonyme, sont les causes principales de ce changement.

Toutefois, les événements n'ont démenti aucun des prîn-

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cipes énoncés dans ce traité. Les banques sont devenues pins nombreuses, plus riches, plus connues et plus fréquentées qu'il y a trente ans. Les affaires de placement, le commerce des titres, celui des matières d'or et d'argent, ont pris une immense extension. Mais, s'il est vrai que les opérations de banque se sont multipliées et ont porté sur de plus gros chiffres, il est incontestable que les procédés n'ont pas varié; les banques emploient encore les mêmes moyens, sont assujetties aux mêmes règles et régies par les mêmes principes qu'autrefois.

On peut même dire que cette branche de commerce n'a qu'à peine suivi, surtout en France, les progrès généraux. Le fond de la constitution banquîère de l'Europe et de l'Amérique a changé fort peu, et plutôt en mal qu'en bien. Les banques de circulation, qui auraient pu rendre de grands services, ont été presque partout contenues par des lois restrictives ou dénaturées par le cours forcé. En ce moment, les États-Unis, la France, l'Italie, TAutriche et la Russie sont au régime du papier-monnaie. Les banques américaines ont cessé de nous présenter un sujet d'étude intéressant; et si la Banque de France a réglé ses émissions avec sagesse, elle a consolidé son monopole, qui oppose aux progrès du crédit agricole un obstacle insurmontable. On peut étudier encore avec intérêt la Grande-Bretagne, les États Scandinaves, la Belgique, la Hollande et la Suisse. Mais, dans ces États mêmes, les banques sont dominées par des idées et des lois de méfiance qui ne leur permettent pas de se développer librement. On peut dire que, depuis vingt-cinq ans, l'esprit de monopole ou de réglementation a gagné du terrain, et s'est étendu sur le monde comme une épidémie.

Mais partout ces sentiments méfiants ont été inspirés, soit par la peur de l'inconnu, soit par la prédominance d'intérêts

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privés puissants et contraires à llntérêt public. Nulle part on n'a pu constater, par une expérience positive quelconque, les prétendus abus de la liberté.

Deux expériences dignes d'étude sont en train de se développer sous nos yeux : Tune dans le Eoyaume-Uni, l'autre en Suède. Leà banques écossaises, auxquelles un long ré* gime de liberté avait permis de jeter de profondes racines dans le sol, voient s'accumuler chez elles une somme de dépôts énorme, inquiétante peut-être, porter leurs opérations en Angleterre et y susciter une alarme étrange. Au contraire, la Banque d'Angleterre, emprisonnée dans l'acte de 1844, reste immobile pendant que tout change et grandit autour d'elle, et n'a plus sur les immenses transactions delà place de Londres qu'une influence morale en quelque sorte. En Ecosse, comme à Londres, Ténormité des dépôts, l'habitude des virements, rendent les émissions de billets insignifiantes, tandis qu'elles conservent en France toute leur ancienne importance. Les émissions ont rendu à l'Ecosse un service incomparable : la mise en culture du sol, la transformation agricole; mais leur temps est passé en ce pays, il n'eSt pas encore venu en France ni ailleurs.

On a bien compris en Suède l'avantage que pouvait procurer à l'agriculture la banque de circulation. Autour de la banque de TÉtat, la plus ancienne des banques de circulation qui existent aujourd'hui, se sont élevées, depuis 1846, avec l'autorisation du gouvernement, des banques dont le nombre s'élevait à vingt-sept au 31 janvier dernier, et qui comptaient cent cinquante succursales répandues sur toute la surface du pays. Ces banques, dont nous regrettons de ne pas connaître suffisamment la constitution, possèdent un capital de plus de 64 millions de krones, et avaient en circulation à fin janvier 58 millions de billets, garantis par un

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vui PREFACE.

encaisse de plus de 7 1/2 millions et par 50 millions environ de valeurs déposées en garantie. Elles avaient 134 millions de dépôts à terme, représentés dans leur portefeuille par une ^Bomme égale de papier à longue échéance.

Ces chiffres suffisent pour montrer, en même temps que l'importance de ces banques, leur caractère agricole et hypothécaire. Elles sont populaires, et considérées à bon droit, ce nous semble, comme une excellente institution nationale, parce qu'elles rendent des services réels et sentis à toute la population, sans susciter aucune plainte. Nous croyons qu'elles sont assujetties à une réglementation intelligente, mais minutieuse et à peu près inutile.

Il suffit, d'ailleurs, de comparer ces chiffres à ceux que nous offrent les bilans de la Banque de France et la population des deux pays pour voir la supériorité de la Suède, qui a trois fois moins de billets en circulation par tête d'habitant que la France, avec un capital de banque trois fois plus élevé et un encaisse vingt fois moindre.

Espérons qu'en cette matière, comme en toute autre, la vérité finira par être connue, qu'on apprendra à mieux apprécier la valeur et l'emploi de la banque de circulation. •

En publiant cette sixième édition, je me suis efforcé, nonseulement de tenir ce livre au courant des événements, et à jour en quelque sorte, mais encore de l'améliorer, afin de le rendre plus digne de l'accueil bienveillant qu'il a reçu des *. théoriciens et des praticiens.

Pans, 81 mars 1876;

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