‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 155 sur 343 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

1 cmiâsioû d'un titre donne des bénéfices assurés à la maison qui se charge de cette opération.

!• Il faut que cette maison jouisse d'un grand crédit sur la place ; qu'on la juge en état de garder la plus grande partie de I opération à son compte^ sans être embarrassée pour faire tiice aux engagements qui en résultent. Si le crédit de cette maison est appuyé sur îlssue heureuse de plusieurs affaires antérieures, il est encore plus certain : ces antécédents valent mieux même que la possession reconnue d'un grand capital.

a^ Il est bon que, dans ses opérations antérieures, la maison ne se soit chargée que de l'émission de titres qui eussent une valeur intrinsèque. Bien que, une fois le titre négocié, le banquier qui Ta émis soit dégagé de toute responsabilité, la ruine des actionnaires ou des souscripteurs des opérations antérieures ferait peser sur lui une responsabilité morale trèslégitimei Mais l'opinion, il faut le reconnaître, n'est pas fort exigeante sur ce poijit. Dans une affaire industrielle, par exemple, tant que le produit s'élève à 5 et même à 3 p. % du capital nominal, on se tient pour satisfait, et l'on se résigne au fait accompli, lors même qu'on aurait acheté le titre à un prix double ou triple de ce capital. L'attention que quelques grandes maisons ont apportée à assurer à leurs titres une valeur intrinsèque a été une cause très-légitime de l'étendue et de la solidité de leur crédit, de leur puissance financière.

3* Enfin, et cette condition que nous énonçons au troisième rang aurait dû venir la première, il faut qu'il y ait eu sur le marché, ou à proximité du marché, une somme de capitaux disponibles suffisante peur couvrir les titres et solder les bénéfices. C'est un fait dont on ne peut constater et reconnaître l'existence que par conjecture et en tâtonnant, et un revirement d'opinion, une panique peut, on le sait, à chaque instant et tout d'un coup, bouleverser le marché des capitaux disponibles.

Ces trws conditions remplies largement, il suffirait peutêtre d'annoncer l'émission des titres à un prix convenable pour que les capitalistes vinssent les demander. Mais l'opération ne donnerait que des bénéfices moyens : elle durerait longtemps peut-être, et pourrait être critiquée de manière à

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faire hésiter Topinion, ce qui laisserait le banquier exposé aux éventualités. On emploie donc fréquemment, pour éviter ces dangers et accélérer les négociations, des moyens que nous allons tenter de décrire.

Le maïché où se vendent les inscriptions de rente, actions et autres titres semblables, ne ressemble guère aux marchés libres sur lesquels se vendent les marchandises. Le marché des titres est limité et réglementé : tous les efforts de la concurrence y sont concentrés dans l'espace étroit du parquet, dans un temps très-court, et toutes les opérations qui s'y font, ayant lieu par Tintermédiaire des agents de change, sont en quelque sorte anonymes. En cet état de choses, il suffit d'y créer un mouvement réel ou même apparent d'affaires pour y faire le cours d'un titre. Une supposition fera comprendre comment, par l'emploi de grands capitaux, on peut y parvenir avec profit.

La maison X fonde une compagnie anonyme pour l'établis sèment et l'exploitation d'un chemin de fer, au capital de 50 millions représentés par 100,000 actions de 500 fr. payables de suite. La maison étant accréditée, les demandes de titres au pair affluent chez elle de tous les côtés. Supposons qu'elle en distribue pour trois millions. Sur cette somme, un million est remis à des personnes dont l'approbation et la parole sont utiles au succès de l'affaire, mais qui n'ont pas assez de capitaux pour garder leurs actions, même peu de temps; un million à des personnes placées dans les mêmes conditions, mais assez riches pour conserver leurs titres, et un million a des spéculateurs de bourse. Chacune de ces personnes, à quelque catégorie qu'elle appartienne, attend, prévoit et surtout prédit de la manière la plus bruyante une hausse sur les actions : toute la puissance de son intérêt l'y porte. Le marché s'ouvre dans ces conditions, de manière à tenter les capitalistes* Hésitent ils à accourir et le million des actionnaires de la première catégorie vient-il s'offrir sur le marché, la maison X l'achète sans hésiter à 10, 20, 30 p. 7o ou plus de prime. Les vendeurs sont enchantés d'avoir réalisé un bénéfice et le disent bien haut, sauf à regretter quelques jours plus tard de n'avoir pas attendu pour vendre à un cours plus élevé. Soit qu'ils

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LIVHE III, CHAPITRE Vllf. 271

aient vendu^ soit qu'ils aient conservé leurs actions, leurs paroles sont utilesau crédit de Taffaire etattirept des capitaux. Les capitalistes hésitent-ils encore à acheter une valeur nouvelle, il existe un moyen ordinairement infaillible de les y amener : c'est de faire passer devant eux un grand mouvement d'affaires. Si le capitaliste voit vendre successivement dans une bourse vingt mille actions de la maison X, plus ou moins, à un prix qui oscille quelquefois, mais qui s'élève en somme, pendant huit, dix, quinze jours ou plus, pourra-t-il ne pas être tenté d'acheter? Un titre de 500 fr. qui se vend couramment aujourd'hui 600 fr. ne vaudra-t-iLpas 650 fr. demain, 7l)0 fr. après-demain? Qui sait? En tous cas, il vaut bien certainement 600 fr., puisqu'il se vend à ce prix, que la demande est égale ou un peu supérieure à l'offre, que des bénéfices considérables ont été déjà réalisés par des personnes qui ont acheté, revendu et touché les différences.

Or que s'est-il passé? Là maison X a acheté et vendu en même temps; elle a créé ce tourbillon d'affaires dans lequel le capitaliste s'est laissé engager. Qui le sait? Personne. Certes les habiles s'en doutent, et peu leur importe ; mais eux-mêmes n'en sont pas. certains : car lorsque les agents de change sont allés chaque matin prendre les ordres de la maison X, elle a donné à un ou deux d'entre eux l'ordre de vendre, et à quarante ou cinquante Tordre d'acheter*. C'est ainsi que se passent les choses. A mesure que les capitalistes prennent ses valeurs, la maison X augmente ses ordres de vente ou diminue ses ordres d'achat, suivant le cours, non pas de jour en jour, mais de quart d'heure en quart d'heure, jusqu'à ce que tous ses titres ou la plus grande partie de ses titres soient écoulés.

Faisons le compte de l'opération, en supposant que la prime ait été de 10 p. 100 ou de 50 fr» pendant les dix premières hourses, et qu'elle se soit élevée ensuite en moyenne à 30 p* 100 ou 150 fr* jusqu'à la fin de l'opération. La maison X aura réalisé une prime de 150 fr. sur 94,000 actions*

'Chaque agent de change ignore quels sont les ordres «donnés à ses coniVéres et surtout par qui ces ordres ont été donnés. La loi, les règlements; Tusage, et plus encoi'e son propre intérêt, lui commandent la discrétion.

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Soit 14,100,000 fr.

Pour obtenir ce résultat, elle aura dépense, savoir :

1" Prime de 10 p. "o payoe sur 1,000,000 aux souscripteurs nécessiteux.. . .... ! 100,000 fr.

2o Courtages d'acliat et de vente sur une somme

égale à huit fois le capital des actions cmi- ) 1 ,800,000

ses à 650 fr. soit 2 p o/^ sur 01,100,000 fr. 1,222,000

30 Frais d'administration, publicité, perte

d'intérêts, etc 478,000

Bénéfice net 12,300,000 fr.

Il n'y a évidemment rien de certain ni de fixe dans ces chiflFres : nous les écrivons seulement comme exemple et pour rendre plus intelligibles la marche et les résultats de l'opération, qui resterait fort belle, lors même qu'on décuplerait les premiers sacrifices d'actions cédées au pair, et que la prime moyenne de réalisation serait un peu moins élevée. Nous croyons toutefois que les bénéfices indiqués ci-dessus ne sont pas sans exemple. Seulement, pour s'assurer le concours ou la neutralité des concurrents, il faut que la maison X leur cède une part de ses profits, en les admettant, comme on dit, dans son syndicat; car il leur suffirait d'acheter et de revendre en sens inverse de cette maison pour écraser les cours et faire échouer l'opération. Mais ce sacrifice est médiocre, et on peut le considérer comme mil; lorsque chacun fait à son tour des affaires semblables.

Si les gains sont proportionnellement un peu moindres dans les émissions des titres de bons emprunts public^ ces émissions sont, par compensation, plus faciles et plus promptes.

On comprend, sans qu'il soit nécessaire de revenir sur ce point, combien le mouvement des marches h terme, qui tend à élever le cours ou que l'on peut toujours facilement ramener à la hausse au moyen des escomptes *, favorise les émissions de titres.

Dans la supposition que nous venons de faire, nous avons pris pour exemple une affaire très-régulière, établie dans des conditions normales en quelque sorte. Mais en temps de spé-

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