LIVRE IV, CHAPITRE I
dans une saison 40,000/., et mille bateaux y sont employés habituellement. Le pêcheur vend chaque matin à des marchands le poisson qu'il a pris, et repart pour en chercher d'autre. La valeur du poisson ainsi vendu s'élève rarement à 5 livres, et il faudrait dans cette seule station de quoi payer en or le produit de mille bateaux environ. Et lorsqu'il s'agirait d'envoyer des fonds. . . »
Walter Scott, qui n'était pas seulement un grand romancier et un grand poëte, prit, lui aussi, dans une revue, la défense des banques d'Ecosse : « Si les Anglais se sentent malades, écrivait-il, qu'ils prennent médecine et ne viennent pas nous la faire prendre à nous qui nous portons bien... » Ses articles, remplis de sens et de raison, eurent un plein succès : le pays entier s'émut, et le parlement, comprenant qu'après tout les théories les plus spécieuses, môme lorsqu'elles sont soutenues par les hommes les plus honorables, devaient fléchir devant les faits, respecta les billets de petite coupure.
Mais jes banques écossaises ne pouvaient longtemps échapper aux utopies de ce qu'on pourrait appeler l'école métallique anglaise.. Par le bill étrange qu'il obtint du parlement en 1845, sir Robert Peel atteignit ces banques, et leur imposa des restrictions nouvelles, la médecine dont avait parlé W. Scott. D'après cette loi, le droit d'émettre des billets à vue et au porteur est limité aux banques existant au 1" mai 1845, et le montant de la circulation de chacune d'elles ne doit pas dépasser la circulation moyenne de Tannée expirée le 1" mai 1845. Chaque banque ne peut excéder ce maximum qu'à la condition d'avoir ea caisse une somme de monnaie métallique égale à l'excédant de sa circulation de papier. A dater du 6 décembre 1845, toute banque doit déclarer chaque semaine à Tadministration du timbre le montant de ses billets en circulation et de son encaisse métallique.
Les résultats de cette loi n'ont pas tardé à se faire sentir; ils sont matériellement établis dans le tableau suivant de la somme de l'encaisse des banques et de la somme de leurs billets au second samedi de février, avant le bill de 1845 et depuis la mise en vigueur de bill :
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Ainsi, avant la loi de 1845, l'encaisse des banques était à la circulation dans le rapport de 1 à 7 ; il n'y avait ni abus, ni réclamation. A dater delà mise à exécution de la loi, rencaisse a augmenté dans le rapport de 3 à 4 d'abord, puis il est devenu à peu près égal et enfin supérieur à la circulation. Dans quel intérêt ? au profit de qui ? dans quel but? à quelle fin ? Il serait difficile de le dire. Les banques ne valent pas mieux qu'auparavant, puisqu'elles n'avaient donné lieu a aucune plaints et qu'elles n'avaient jamais cessé de remplir leurs engagements. Le seul efiet de cette loi a donc été de limiter leur puissance productive, en les condamnant à garder en caisse une somme considérable, sans aucune nécessité. Les opinions dogmatiques ont partout le même caractère : obstinées et aveugles, elles refiisent de céder, même à l'évidence des faits.
Heureusement d'ailleurs l'accroissement imprévu des dépôts a rendu nécessaire l'élévation d'encaisse exigée par l'acte de 1845, et diminué d'abord, puis fait disparaître ses mauvais effets sous ce rapport. Mais il rend impossible aux déposants ou à qui que ce soit la fondation d'une banque de circulation et introduit le monopole là où régnait autrefois la liberté
Les banques écossaises n'avaient pas attendu la loi de 1845 pour prendre les moyens de limiter l'excès des émissions, ou, pour parler plus exactement, de retrancher le papier circulant sans nécessité. Afin d'assurer le crédit du billet-monnaie et d'habituer le public à s'en servir, elles reçoivent toutes depuis fort longtemps les billets les unes des. autres. La Banque royale, par exemple, accepte sans difficulté en payement d'un effet de son portefeuille ou dans un versement à sa caisse un billet de la Banque d'Aberdeen. Mais elle ne veut ni l'émettre en concurrence aux siens propres, ni le gar-
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der en caisse^ ce qui équivaudrait à une ouverture de crédit à découvert à la Banque d'Aberdeeif . C'est pour éviter cet inconvénient^ et pour faciliter cependant la circulation du papier, que les banques d'Ecosse prirent ensemble un arrangement d'après lequel elles échangeaient entre elles deux fois par semaine ceux de leurs billets respectifs que le mouve* ment des affaires avait mêlés et dispersés.
Le jeudi et le samedi, les délégués de toutes les banques de circulation se réunissaient alternativement dans les bureaux de la Banque d'Ecosse et de la Banque royale, à Édiml)ourg. Là, chacun échangeait les billets des autres banques amenés dans ses mains par le mouvement des affaires contre ceux de sa banque, dispersés par le même mouvement dans les caisses des autres. Quelques instants suffisaient à établir le compte de compensation, et les différences étaient payées comptant en bons de l'échiquier, en or ou en billets de la Banque d'Angleterre.
Cetusage excellent remonte à l'année 1770; mais autrefois les différences étaient soldées par une traite sur Londres à dix jours de vue. La pratique a fait ressortir l'inconvénient de cette espèce de règlement, et l'on est convenu que chaque banque déposerait au bureau d'échange commun un certain nombre de bons de Téchiquier, de 1,000 1. chacun, qui serviraient à l'acquit des différences que chacune d'elles pourrait devoir. Ces bons sont pris au pair, quel que soit le cours au dehors, et mis hors du commerce par l'apposition d'un timbre particulier. Chaque banque doit maintenir entière la somme des bons de Téchiquier qui lui sert de cautionnement envers les autres, c'est-à-dire solder en espèces les différences dont elle est redevable. — Une compensation pareille des billets des diverses banques se fait en même temps à Glasgow, et les différences sont réglées le lendemain matin, de la même manière, à Edimbourg.
Aucune banque ne pourrait se soustraire à cet usage, sans voir aussitôt ses billets refusés par toutes les autres, discrédités et mis hors de la circulation.
Tels sont les traits principaux du système écossais, système régulier, complet, dans lequel tous les détails sont liés en-
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semble par un long usage de la liberté^ par des habitudes que les banques ont créées^^par des aptitudes qu'elles ont développées, et sur lesquelles elles ont fondé leurs bénéfices. Les résultats obtenus par ce système sont admirables ; mais il est juste d'observer que ces banques ne subissent aucune nécessité politique, et n'ont point dans leur ressort commercial un de ces grands centres d'affaires et de catastrophes financières, tels que Londres, Paris, New- York.
Notons en terminant que le monopole établi par Tacte de 1845, au profit des banques existantes, leur a permis de réduire à un taux très-bas l'intérêt bonifié aux déposants, en même temps qu'elles élevaient très-haut le taux de leurs escomptes. De là des troubles autrefois inconnus sur les marchés écossais, la fondation de Crédits mobiliers qui ont péri, et la faillite de deux banques, dont une seule, la Western bank, avait attiré une somme de 162 millions de francs de dépôts.
Le monopole produit partout le même effet, et il tend à corrompre l'excellent système écossais. Mais la population résiste. Un député de l'association des chambres de commerce du Royaume-Uni disait, en décembre 1874, au chancelier de l'échiquift*, que « l'opinion universelle en Ecosse pensait que l'acte de 1845 causait au pays un dommage sérieux. »