‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 18 sur 343 · LIVRE I^ CHAPITRE VIL -^J · texte numérisé non relu

LIVRE I^ CHAPITRE VIL -^J

Ceux d'entre les modernes qui ont contesté la légitimité du prêt à intérêt ont invoqué d'autres considérations. — « Les richesses créées à la suite d'un prêt, ont-ils dit, sont filles du travail de l'emprunteur : le capital, qui n'est qu'un outil, ne saurait personnellement, si Ton peut ainsi dire, avoir aucun droit, quand le prêteur n'a rien fait ; il n'est donc pas juste qu'il vienne au partage des produits, pas plus sous le nom de rente ou de loyer, que sous celui d'intérêt. »

Il est vrai que les produits obtenus par l'emploi d'un capital prêté sont l'œuvre directe du travail de l'emprunteur ; mais ce travail eût été moins fécond s'il n'eût été aidé par le capitiil. Le capital a eu sa part propre dans la production; il a droit il participer au produit, car il représente un concours vivant, uii travail d'homme. N'est-ce pas un service réel, etun service des plus éminents, d avoir épargné et conservé ce capital qui vient maintenant prêter son concours au travail et le féconder? Le propriétaire de cette valeur pouvait Tenibuir, il pouvait la détruire gratuitement ou la consommer en courtes jouissances : il ne l'a pas fait. C'est ce service, ce travail négatif, si Ton veut, et qui n'exige peut-être le plus souvent aucun effort musculaire ou intellectuel, mais seulement un effort de volonté, un effort moral, qui est rétribué par le payement de l'intérêt.

Que cette vérité ait été méconnue dans l'antiquité, lorsque le travail était esclave et lorsque la propriété était réellement un vol, on le comprend à merveille : le petit cultivateur des environs de Rome, appauvri par la guerre et dépouillé violemment de son champ par le patricien que la guerre avait enrichi, réduit en esclavage par celui qui avait eu le bénéfice de ses fatigues militaires, devait naturellement considérer Tintérêt eomme peu légitime. Le patricien prodigue, qui avait consommé son patrimoine et qui aurait cru se déshonorer en travaillant, devait trouver fort mauvais qu'on lui réclamât des intérêts et même le capital. De notra tem})S où le prêt a le plus souvent pour,objet un emploi productif, l'opinion s'est modifiée : les peuples chez lesquels le travail est le plus libre ^'M aussi ceux qui payent le plus libéralement le loyer des capitaux ; et plus on avancera dans la civilisation et dans la

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liberté, plus l'intérêt, qtii est le salaire d'une privation, d'un travail moral, sera respecté.

Pour que le crédit fût gratuit avec justice, il faudrait que la formation, l'accumulation, la conservation des capitaux ne coûtassent aucun effort, ce qui, malheureusement, n'est pas et ne peut être. Il faut travailler pour former un capital, se priver pour le grossir, se priver encore et en surveiller l'emploi pour le conserver. Si tous ces efforts nécessaires n'étaient plus rétribués, ils cesseraient bientôt de se produire. Supprimer, s'il était possible, la prime accordée, dans l'intérêt de tous, à l'accumulation et à la conservation des capitaux, ce serait briser le grand ressort de la production, le plus puissant moteur des sociétés modernes, le principe même de la propriété, sur lequel repose tout l'édifice social. — Il est vrai que la doctrine du crédit gratuit est tellement inapplicable en pratique, qu'il serait inutile de s'y arrêter plus longtemps.

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