LIVRE I, CHAI*1TUE IX
vail offert. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici du taux de rintérôt ainsi défini. Nous ne parlerons du taux de Tintéret que pour les capitaux prêtés.
Il y a prêt toutes les fois que le capital d'un particulier a été confié à un autre particulier. On peut tirer de cette proposition si élémentaire une conséquence qui ne Test pas moins: « Un capital n'est offert au prct qu'à la condition que son propriétaire ne veuille ou ne puisse pas, pendantle temps du prêt, l'employer lui-même à des conditions aussi avantageuses que celles que lui offre un emprunteur. » En d'autres termes, pour qu'une relation de crédit s'établisse, il faut, de toute nécessité, qu'au moment du prêt, le capital qui en fait l'objet soit disponible.
Observez que la disponibilité ne résulte point de la nature de l'objet qui forme le capital, mais de la volonté du propriétaire. IJn fonds de terre, une maison, une machine que le propriétaire veut louer, est un capital disponible aussi bien qu'une somme de numéraire que le propriétaire veut prêter.
C'est donc à tort, quant à l'intérêt, qu'on a distingué les capitaux en disponibles et engagés^ attribuant la qualification de disponibles aux capitaux circulants les plus rapprochés de la consommation, et la qualification d'engagés aux immeubles, outils, etc. Le capital représenté par un tonneau de sucre est aussi engagé qu'un capital-terre ; le premier est attaché jusqu'à consommation au corps du sucre, comme le dernier est attaché au fonds de terre jusqu'à consommation.
Par leur nature même, tous les capitaux sont nécessaireluent engagés, puisqu'ils sont matériels : par la volonté du propriétaire, au contraire, tous deviennent ou peuvent devenir disponibles pour lui: un fonds de terir, une machine, un outil, un lot de fer, de soie, de laintî ou de coton, aussi bien qu une somme d'espèces en numéraire.
En général, les capitaux disponibles sont des capitaux plus ou moins oisifs ou sur le j)oint do devenir tels. Une somme d'argent en caisse, lorsijucî son propriétaire n'a ni achat au comptant, ni payement à faire, est un capital oi'^if; une marchandise en magasin, sans emploi, est également un capital oisif; il en est de môme d'un fonds de
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terre^ d'une maison, d'un outil à louer. Les capitaux, comme les hommes, ne sont jamais oisifs par nature et nécessairement ; ils peuvent tous, sans distinction de classe ni d'origine, devenirs oisifs par occasion.
Les capitaux disponibles étant les seuls offerts sur ce que nous apellerons le marché du crédit, il en résulte que le taux de l'intérêt n'a aucun rapport direct avec la somme des capitaux existants, ni avec celle des capitaux épargnés ou accumulés. On peut supposer sans effort un état social où tous les capitaux soient employés comme instruments de travail ou de jouissance par leurs propriétaires respectifs, et, en ce cas, quelque abondants qu'ils fussent, il n'y aurait ni disponibilité, ni offre. De môme, les épargnes et accumulations pourraient être employées par ceux mêmes qui les font, et ne point paraître, par conséquent, sur le marché du crédit.
A plus forte raison, le taux de Tintéret ne peut-il dépendre de Tabondance d une marchandise quelconque, puisque cette abondance n'a aucun rapport nécessaire, ni avec la somme totale des capitaux, ni surtout avec la somme des capitaux disponibles. L'abondance d'une marchandise n'a d'effet que sur son prix, sur la comparaison de sa valeur avec celle des autres, et non sur le taux général de l'intérêt. Si les existences en indigo ou en coton venaient à doubler eu France, cette circonstance pourrait modifier le prix des cotons ou des indigos, mais elle n'aurait qu^une influence médiocre et médiate sur le taux général de l'intérêt.
Ceci est vrai de la monnaie, comme de l'indigo ou de toute autre marchandise, parce que les capitaux existant sous forme de monnaie ne sont pas plus nécessairement disponibles que les autres. Leur prix, au contraire, est plus affecté par l'abondance de l'offre que celui des autres marchandises, parce qu'ils ne sont pas destinés à la consommation. Si Ton évalue à 10 la quantité de monnaie indispensable aux échanges, dans un pays et h un moment donnés, et que cette quantité soit portée à 12 par un mouvement de commerce, le prix de la monnaie baissera, puisque, la demande restant la même, l'offre aura augmenté ; en d'autres
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termes, il faudra, pour se procurer un objet déterminé, plus de monnaie qu'auparavant. Mais cette augmentation de la quantité de monnaie ayant eu lieu par l'elFet des échanges, on aurait donné pour Tobtenir une somme de marchandises équivalente, et Ton n'aurait augmenté, par conséquent, ni la somme totale des capitaux, ni celle des capitaux disponibles.
Lorsqu'on parle de capitaux engagés, l'expression ne peut être juste que relativement ù leur propriétaire : relativement à la société, à la production, à la science en un mot, tous les capitaux sont également engagés, aussi bien ceux qui circulent que les immeubles eux-mêmes. Il n'y a de difiérenceque dans la faculté plus ou moins grande de réalisation.
Or, cette faculté dépend des habitudes. La monnaie, qui est le capital disponible par excellence pour les particuliers, est, relativement à la société, aussi engagée que tout autre. Pom* les particuliers, les capitaux dont la consommation est la plus prochaine et la plus nécessaire sont les plus disponibles, parce que ce sont ceux qui, dans le cours régulier des choses, doivent être le plus prochainement convertis en monnaie par la vente; mais ils sont si peu disponibles pour la société, qu'ils sont détruits aussitôt après l'échange, et cessent de figurer dans l'actif social.
Un accroissement, soit de la somme totale des capitaux, soit d'une espèce particulière de marchandises, n'exerce une influence sur le marché du crédit qu'autant qu'il augmente la somme des capitaux disponibles, qu'autant qu'il a lieu entre les mains d'hommes qui n'emploient, ni ne consom- ^ ment eux-meines leurs fonds. Une réduction dans la somme totale des capitaux existants pourrait même avoir pour conséquence un abaissement du taux de Tintéret, s'il s'était opéré en même temps dans la distribution des richesses un mouvement qui eût transféré la propriété à des hommes qui ne les emploieraient ni ne les consommeraient euxmêmes. La disponibilité dépend toujours beaucoup plus de la distribution des richesses et de la capacité , des entrepreneurs d'industrie que de la somme des capitaux qui existent.
Mais comme un accroissement de richesses a presque tou-
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3S TR.VITK DKS OPKR.VTIOXS I)K BANQL'K.
jours pour origine un travail plus actif et Tapplication de procédés plus savants, de moyens plus énergiques de dompter la matière, de mettre à la disposition des hommes les capitaux dont ils ont besoin, il se trouve presque toujours vrai que Taccroissement de la sonmie des capitaux entraîne la réduction du taux de Tintéret. Si Ton admet donc que les habitudes d'emploi et de consommation et que les lois de distribution ne chanp^ent pas, on peut dire que toutes les économies réalisées, que tous les procédés qui fécondent le travail ou réduisent l'emploi des capitaux dans la production, tendent à augmenter la somme des capitaux disponibles, de ceux dont Tapplication est facultative, en augmentant la somme totale des capitaux.
Quelques-uns de ces procédés vont plus directement, plus exclusivement à ce but. Ainsi les chemins de fer, .en rendant les communications plus rapides, ont permis au négociant de faire les mômes opérations qu'autrefois, sans employer autant de marchandises qu'il en avait sur les routes, sur les canaux, en magasin. Tous les capitaux représentés parles marchandises dont il n'a plus besoin ont pu devenir disponibles, et concourraient k diminuer le taux de l'intérêt, si l'augmentation de l'emploi, créé par les mômes chemins de fer, n'avait tendu en môme temps à l'élever.
De môme les combinaisons de banque dont le résultat a été de mettre en activité de petites sommes, des capitaux empruntés pour peu de temps, ont augmenté la somme des capitaux disponible?, ont amené sur le marché une offre qui n'y était pas auparavant, au plus grand avantage du travailleur et du capitaliste. Ces combinaisons, parmi lesquelles celle qui emprunte la valeur de la monnaie circulante est la plus notable, ont eu pour eifet direct une baisse du taux de l'intérôt, en môme temps qu'une augmentation dans la somme des capitaux prêtés.
Pour qu'un capital soit disponible, pour qu'il vienne s'offrir sur le marché du crédit, il faut que son propriétaire veuille le prêter : c>st la première condition du contrat de crédit. Donc tous les faits (pii peuvent déterminer cette volonté ou en modifier les dispositions exercent, sur le cours de Tintérôt,
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