‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 230 sur 343 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

bien évalués, cotés, emmagasinés dans le bazar de la banque d'échange. Les opérations commencent; mais quoi I les prix sont toujours les mêmes, ou du moins ils ne varient jamais du jour de l'entrée au bazar au jour de la sortie, car s'ils varient un seul instant, la somme de la valeur des marchandises cesse de se trouver exactement égale à celle exprimée par les billets : or, c'est sur cette égalité constante des deux sommes que toute la combinaison de la banque d'échange se trouve fondée. La fixité des prix depuis l'entrée au bazar jusqu'à consommation devrait-elle être décrétée? Que feraiton au moment où un accroissement de l'oflFre d'une marchandise ou la diminution de la demande rendrait nécessaire une baisse de prix ? Décidera-t-on que les marchandises à l'entrée seraient évaluées au nouveau cours, et subiraient seules la baisse de prix? Mais alors personne ne voudrait de marchandises de même sorte, déposées antérieurement au bazar, et, pour les vendre, il faudrait cacher les dernières venues et imposer à la fois à l'acheteur le prix et la marchandise. Ici évidemment on se trouve en face de l'impossible.

On peut, il est vrai, n'évaluer la marchandise déposée dans le bazar de la banque d'échange qu'à une portion de sa valeur, ou retenir, au compte du propriétaire, une somme de billets égale à une fraction, soit un quai*t de la valeur, pour faire face aux variations de prix. En ce cas, le déposant se trouverait dans la situation du marchand qui emprunte chez le banquier sur un certificat de dépôts avec cette différence que le billet-monnaie de la banque n'aurait point, comme ceux des banques de /circulation, une valeur certaine et presque fixe.

Si, au lieu de renfermer dans son bazar toute la société, la banque monétaire d'échange n'est qu'une maison libre opérant en face de la concurrence, voici sa destinée inévitable : ses billets, qui représentent non de la monnaie mais des marchandises, ne peuvent avoir un cours régulier au dehors qu'autant qu'on peut obtenir partout, contre ces billets, une valeur en marchandises ou en services égale à celle qu'on obtiendrait pour une même somme de monnaie, en un mot qu'autant qu'ils sont au pair de la monnaie métallique. S'ils

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416 TRAITÉ DES OPKRATIOiNS DE BANQUE.

tombaient au-dessous du pair, leur dépréciation emporterait celle de toutes les marchandises qu'ils représentent : tous les déposants souffriraient, et dans une égale proportion, des émissions de la banque; ils seraient solidaires de ses o])ér&tions. Or le papier de la banque d'échange tonîberait rapidement au-dessous du pair, par Texcellente raison que la somme des marchandises existantes en tout temps est bien supérieure à celle des monnaies dont on a besoin et dont on se sert. Dès que les émissions atteindraient la somme inconnue, mais certaine, fixée par les besoins des échanges, la dépréciation commencerait à se faire sentir au préjudice des porteurs de billets, qui ne pourraient obtenir hors du bazar (le la banque d'échange l'équivalent de la marchandise par eux déposée contre les billets-monnaie.

Enfin, la banque d'échange encouragerait la spéculation^ c'est-à-dire l'achat ou la production de marchandises qui ne sont pas réclamées actuellement pour les besoins du marché. Le producteur, ou le marchand, dégagé de la responsabilité des réalisations, assuré d'obtenir en tout temps de sa marchandise un prix à peu près fixe, et, en tout cas, moins mobile que les prix courants actuels, ne serait pas averti à • temps qu'il faut s'arrêter, parce que les débouchés manquent; il surchargerait le marché : puis viendraient la crise commerciale et les catastrophes; car je ne pense pas qu'on ait imaginé de prévenir par la banque d'échange les variation . naturelles des prix qui résultent d'une opération libre, de la î comparaison de l'offre et de la demande.

Pour comprendre jusqu'à quel point laspéoialation pomrait | être excitée par un établissement où l'on aurait la faculté de réaliser à Tinstant le prix de la marchandise, il suffit de se rappeler que les fabriques et les manufactures ont un prix de revient variable en raison des quantités qu'elles produisent. Soient leurs frais généraux représentés par 40 : quelle que soit la production, ces frais n'augmentent guère; si donc la production est de 50, les frais généraux absorbent 1/5 du produit; si elle s'élève à 100, ils ne prélèvent plus que l/IO: si elle atteint 200, ils n'y figurent plus que pour 1/20, et ainsi de suite. La fabrication a donc un intérêt direct tKîs-

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