‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 237 sur 343 · CARACTÈRE, HABITUDES ET ADMINISTRATION DU BANQUIER · texte numérisé non relu

CARACTÈRE, HABITUDES ET ADMINISTRATION DU BANQUIER

§ 1. — Caractère.

Le banquier doit posséder, à un certain degré, les qualités •qui distinguent tout homme d'affaires, depuis celui qui dirige un gouvernement jusqu'au dernier entrepreneur de commerce ou d'industrie : du jugement, du bon sens, de la fermeté, de la décision, une appréciation froide et calme, une intelligence ouverte et vigilante, peu d'imagination, beaucoup de mémoire et d'application. Celui qui a les nerfs irritables, rimagination active, le cœur trop sensible, la mémoire défectueuse, l'intelligence ardente, inquiète, mobile, doit embrasser une autre profession. L'homme dont l'esprit est paresseux et lent à comprendre ou le caractère indécis, doit aussi éviter la banque, celui de tous les commerces qui supporte le moins la médiocrité.

Sur un sujet si délicat, l'opinion, même raisonnée, du premier venu ne saurait jamais avoir la même autorité que celle d'un praticien. Un homme de beaucoup d'esprit qui s est élevé au premier rang, après avoir passé par les grades inférieurs de la profession, et dont la parole s'autorise d'une pratique de trente-six ans, Gilbart, a énuméré dans les passages suivants les principales qualités nécessaires à un banquier, ou plutôt les faiblesses ou défauts contre lesquels il doit se tenir en garde.

« Un banquier n'a besoin d'être ni poëte, ni philosophe.

ni savant, ni littérateur, ni orateur, ni homme d'État; il n'a besoin de posséder aucun talent brillant qui le distingue du reste des hommes, et même il vaut mieux qu'il n'en possède point de ce genre. H suffit qu'il ait à un haut degré cette qualité pratique appelée sens commun. Le talent du banquier résulte de l'assemblage d'un certain nombre de qualités dont aucune en particulier n'est éclatante, mais qu'il est rare de trouver réunies en la même personne. Ce serait une erreur de supposer que le commerce de banque est une routine, et qu'il ne faut pour l'exercer ni science, ni habileté. Le grand nombre de faillites qui ont eu lieu dans ce commerce depuis cinquante ans prouve que les bons banquiers sont aussi rares que les bons praticiens en tout autre genre. Le commerce de l'argent emploie des facultés intellectuelles d'un ordre élevé et très-utiles à la société, car la manière dont il est pratiqué exerce toujours une grande influence sur le bonheur de l'humanité.

(c S'U est vrai qu'un homme sage, ou, en d'autres termes, doué de beaucoup de raison et de sens commun, ne soitpâs nécessairement un homme de talent, il doit au moins n'avoir aucun défaut saillant.

ce L'indécision est un grand défaut chez un banquier, qni doit savoir en toute question balancer rapidement le pour et le contre, et prendre une prompte résolution. On s'excuse ordinairement de l'irrésolution en invoquant l'utilité d'une mûre réflexion ; mais en réalité les gens indécis réfléchissent moins que les autres. Celui qui craint de se décider se fatigue bientôt d'une réflexion qui tend nécessairement à une conclusion, et il songe à autre chose, ou bien il cherche des motifs d'ajournement. Un esprit indécis conclut toujours à ajourner.

« Le défaut de fermeté n'est guère moins fâcheux. Lorsqu'un banquier, après avoir mûrement réfléchi et pesé le pour et le contre, a pris une résolution, il doit s'y tenir. H doit savoir pourquoi il dit non, et lorsqu'il a dit non, il ne doit jamais revenir sur sa parole.

« La promptitude et l'étourderie sont encore de grand*^ défauts. C'est folie de répondre avant d'avoir entendu. En

Digiti

Page 1