‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 25 sur 343 · LIVRE I, CH.VPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CH.VPITRE IX

des temps. Dans les sociétés modernes, au contraire, où le crédit est communément demandé pour produire, le phénomène est inverse. Smith a trouvé que l'abondance des emplois ouverts aux capitaux anglais par la paix de 1763 éleva le prix de l'intérêt. J.-B. Say a observé les effets opposés produits par des causes contraires, en France, en 1812. « Une guerre longue, destructive, dit-il, et qui fermait presque 1»ute communication extérieure ; des contributions énormes, des privilèges désastreux, des opérations de commerce faites par le gouvernement lui-même; des tarifs de douane arbitrairement changés, des confiscations, des destructions, des vexations, et en général un système d'administration avide, hostile envers les citoyens, avaient rendu toutes les spéculations industrielles pénibles, hasardeuses, ruineuses : quoique la masse des capitaux allât probablement en déclinant, les emplois utiles qu'on en pouvait faire étaient devenus si rares et si dangereux, que jamais l'intérêt netomba, en France, aussi bas qu'à cette époque; et ce qui est ordinairement le signe d'une grande prospérité, devint alors le signe d'une grande détresse. )>

C'est à l'abondance des emplois utiles que trouvent les capitaux aux États-Unis que l'on doit attribuer létaux élevé de l'intérêt dans ce pays. Ce phénomène économique a aussi une autre cause : les entrepreneurs y sont nombreux et pauvres relativement à la grandeur de leurs entreprises. En Angleterre, les emplois utiles et les entrepreneurs sont moins nombreux, et ceux-ci plus riches, ce qui maintient le prix courant de l'intérêt à un taux habituellement assez bas.

On voit, par les considérations qui précèdent, qu'à la demande comme à l'offre, le marché du crédit règle ses mouvements sur l'état de la distribution des richesses au moins autant que sur celui de la production.

On voit aussi que le taux de l'intérêt ne doit pas être considéré comme la mesure et, en quelque sorte, le thermomètre de la prospérité publique, puisqu'il peut être fort élevé dans un pays où le travail est actif et bien rétribué, comme dans un pays oii le travail est nul, qu'il peut être fort bas dans une société qui se ruine conime dans une société qui s'enrichit.

Digiti

C'est que la même cause produit souvent sur le taux de l'intérêt un effet double et opposé. Ainsi les progrès de l'instruction industrielle dans un pays tendent à élever le taux de l'intérêt, en ouvrant, directement et par des débouchés, des emplois qui n'existaient pas pour les capitaux, en créant des entrepreneurs ; ces mêmes progrès tendent, d'un autre, côté, à réduire le taux de l'intérêt, puisqu'ils créent des capitaux et fondent des fortunes, en même temps qu'ils propagent l'usage* des procédés de banque par lesquels on amène sur le marché des capitaux auparavant oisifs.

Il y a quelque chose de plus important pour un pays que le chiffre du taux de l'intérêt, c'est l'uniformité de ce taux dans l'espace et dans le temps. Non pas qu'il soit possible d'arriver à un taux et à des conditions de crédit fixes et uniformes ; maïs plus on s en rapproche, plus on se rapproche de la perfection. Lorsque tout capitaliste sait à qui prêter et tout entrepreneur d'industrie à qui emprunter, lorsqu'il existe en quelque sorte un marché public du crédit, le taux de l'intérêt varie moins que dans un état de choses différent: il y a un prix courant. Au contraire, lorsque l'entrepreneur a de la peine à trouver des fonds, et que le capitaliste a de la peine à trouver un emprunteur convenable, l'inégalité du taux de l'intérêt est extrême, dans le même lieu et à conditions égales.

Le commerce de spéculation, qui, tantôt emploie des sommes considérables de capitaux et tantôt les laisse disponibles, fait bien plus varier le taux de l'intérêt que le commerce régulier, qui emploie toujows à peu près la même somme de capitaux.

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