‹ La monnaie bimétalliqueChapitre 29 sur 343 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

somme de marchandises ou de travail égale à celle qu'il aurait pu se procurer avec le même argent au moment du prêt.

Second cas : la demande augmente. Ce phénomène peut avoir lieu, soit par Touverture de nouveaux débouchés, de nouveaux emplois productifs, soit par l'effet d'un déplacement de capitaux, d'un changement d'emploi. Ainsi, les emprunts d'Etat, la formation des grandes compagnies, une disette, une guerre, une panique politique ou commerciale affectent d'une manière sensible le marché des capitaux disponibles, et l'on remarque d'autant plus leurs effets que la perturbation occasionnée dans les affaires est presque toujours soudaine et violente. Alors les contrats sont mal exécutés, les renouvellements de crédit deviennent difficiles et onéreux, les transactions pénibles et lentes : le niveau du marché des capitaux disponibles, si Ton peut s'exprimer ainsi, s'abaisse, et les capitaux placés dans toutes les branches du commerce et de l'industrie sont sollicités à combler le vide. Les capitaux monnayés dont l'aptitude est générale et qui peuvent rapidement se porter aux emplois quelconques, nouveaux ou anciens, qu'on leur destine, sont plus recherchés que les autres; leur prix s'élève, ou, ce qui est la même chose, le prix de tous les capitaux sous forme spéciale s'abaisse en général et indépendamment des causes particulières qui peuvent influer sur le cours de chaque marché. Celui qui s'acquitte à ce moment d'une dette contractée en temps ordinaire paye plus qu'il n'a reçu, puisque, avec la somme qu'il donne, il pourrait se procurer plus de travail ou une plus grande quantité de marchandises qu'à l'époque de l'emprunt.

Mais les variations générales de prix qui ont pour origine labondance ou la rareté des capitaux disponibles avec aptitude générale, affectent d'une manière fort inégale les différentes espèces de marchandises, suivant qu'il est plus ou moins facile de réaliser ces marchandises, c'est-à-dire de les vendre, de les convertir en monnaie pour leur donner l'aptitude générale. Voici les faits sur lesquels s'établit cette loi.

liy ades marchandises destinées à une consommation trèsprochaine et nécessaire, comme les comestibles préparés, les épiceries, etc. Il y en a d'autres dont la consommation est 6« ÉDiTiors. 4

moins prochaine, plus lente, plus facultative : ce sont les habits confectionnés, les tissus, et parmi les marchandises de ce genre, tout ce qu'on appelle objets de luxe; enfin il y a des capitaux destinés à une consommation très-lente, ou même à ne pas être consommés du tout, comme les fonds de terre, les maisons, les machines, etc.

Qu'un événement soudain vienne à réduire la somme totale ou seulement une classe importante de capitaux, on se prend aux disponibles pour combler le vide et, le prix de ceux-ci s'élevant, tous les capitaux dont l'aptitude est spéciale cherchent à devenir disponibles, à se réaliser. Les comestibles, et en général les marchandises d'une consommation courante et nécessaire, n'éprouvent pas ordinairement de dépréciation sensible, parce que, l'acheteur n'étant pas libre d'attendre, il suffit que les approvisionnements se ralentissent un seul instant pour que leur prix se maintienne en équilibre avec celui des capitaux disponibles. Celui qui, dans le commerce des marchandises de cette espèce, a des réalisations à faire les opère facilement, sans altération du prix courant, sans dérogation aux habitudes; il lui suffit ensuite de ne pas racheter ou d'achetermoins.

Les marchandises d'une consommation plus lente et plus facultative, comme les vêtements et les tissus, sont plus afiiectées par le prix des disponibles, parce que leur réalisation est ordinairement moins rapide, et que leur consommation peut, sans inconvénient grave, sans suspension de la vie sociale, rester quelque temps interrompue. Toutefois, Tinlerruption ne pouvant être ni longue, ni complète, et la production de ces marchandises étant facultative, leur réalisation, plus difficile que celle des comestibles, n'est cependant ni très-lente, ni très-onéreuse, dans les temps où le prix des disponibles est élevé.

Il en est autrement des immeubles, et en général des capitaux sous une forme telle qu'ils ne sont pas destinés à la consommation proprement dite, mais seulement à l'usage. Ceux-ci offrent un placement purement facultatif, avec une aptitude spéciale, et leur réalisation n'est pas amenée par le cours nécessaire et naturel de. la vie sociale. Il n'y a jamais

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