LIVRE l, CHAPITRE XIH
mot. Ce sont encore les habitudes sociales et les lois d* distribution qui règlent la répartition des pertes éprouvées ; ce sont elles qui choisissent Tespèce de service et de capitaux sur lesquels doit porter de préférence la consommation qui excède, et quelle classe de consommations il faut réduire pour se rapprocher de l'équilibre : car les deux décisions marchent presque toujours parallèlement et de front. En pareil cas, un particulier voue à la consommation qui excède ceux de ses capitaux qu'il peut réaliser promptement et avec facilité ; puis il réduit ses dépenses en commençant par celles qui correspondent à ses désirs les moins pressants. Une nation procède exactement de la même manière.
Mais un particulier est un, tandis qu'une nation, bien qu'à beaucoup d'égards elles forme un corps, est cependant composée de plusieurs membres qui soufirent très-inégalement de la réduction du capital et du retranchement, presque toujours forcé, de certains débouchés. Bien que les capitaux faciles à réaliser aient d'abord été consommés, la réduction ayant porté sur la somme entière des capitaux, cette somme entière en est affectée, et la puissance productive de la nation se trouve réduite. L'offre de capitaux étant moindre, leur valeur comparée à celle du travail, l'intérêt, en d'autres termes, augmente. Les capitaux lès plus réalisables, qui ont subi presque seuls l'excès <Je consommation, sont ceux dont le prix s'élève le plus haut, soit relativement au travail, soit relativement aux capitaux moins faciles à réaliser. Aussi le phénomène de l'appauvrissement se manifeste toujours à la longue par la dépréciation des immeubles, rentes, actions, fonds de commerce et autres valeurs d'une aptitude spéciale, et qui ne sont pas propres à être consommées en nature. En même temps, les entrepreneurs d'industrie, dont la puissance et les débouchés sont réduits à la fois, éprouvent des pertes et se ruinent, entraînant le crédit dans leur chute : ceux des travailleurs sur lesquels porte directement le poids de la dépréciation du travail, et devant lesquels les débouchés se ferment, souffrent, et souvent disparaissent par la mort ou par l'émigration, lorsque le mouvement rétrograde de la richesse vient à se prolonger.
Digiti
C'est ainsi que, par la fiscalité de son administration, par son faste, par son grand état militaire, par le brigandage, par son mépris pour le travail , l'empire romain est tombé d'inanition en quelque sorte. Il avait consommé d'abord les capitaux faciles àVéaliser, ensuite les outils, puis les bestiaux, puis les maisons, et enfin les fonds de terre, réduisant incessamment ses instruments de travail et le nombre de ses travailleurs, mangeant, on peut le dire, les villes et les provinces, fonds et habitants.
Il n'est pas nécessaire d'aller prendre dans l'histoire d'illustres exemples, de parler de peuples et de nations. Ce qui est vrai d'une grande agglomération d'hommes est vrai aussi d'une moyenne et d'une petite, d'une profession, d'une classe, d'une contrée, d'un canton. Les mêmes lois économiques régissent les empires et les villages, et il ne manque pas, hélas ! de localités en France où l'on a pu observer les symptômes si remarquables de l'appauvrissement..
Lorsque nous avons parlé du marché idéal du crédit où les capitaux viennent s'offrir, comme des ouvriers en grève, quand ils n'ont pas d'emploi, et duquel ils se retirent après en avoir trouvé ; lorsque nous avons, parlé des marchés spéciaux à chaque marchandise, des crises commerciales, etc., nous avons indiqué des phénomènes que l'on peut observer dans les plus petites localités comme dans les plus grandes, et qui, pour y être parfois moins sensibles, n'y sont pas moins réels. Bien que les circonscriptions commerciales qui constituent un marché n'aient pas des limites matérielles, comme les circonscriptions administratives ou politiques; bien qu'un marché, si petit qu*il soit, ait toujours ses quartiers et se trouve toujours englobé dans un marché plus grand, il n'en a pas moins ses mouvements particuliers régis par les lois que l'économie politique à constatées.
S'il est une de ces lois qui mérite la qualification de générale, c'est celle qui proportionne directement le prix des fonds de terre, rentes, actions, fonds de commerce, etc., à la somme de capitaux mobiliers qui se trouvent sur le marché. Les marchandises destinées à |être consommées en nature ne subissent pas les mêmes variations : 1° parce qu'on n'est pas libre
Digiti