LIVRE I, CHAPITRE XVI
l'emploi du teneur de livres caissier qui calcule, compense, règle et balance les comptes particuliers de chacun des associés, vérifie leur fidélité, et fait la part des serviteurs qui ont augmenté ou diminué le talent d'or confié par le maître.
Par les deux premières fonctions, le commerce de banque procure aux capitaux un- intérêt constant, en même temps qu'il éloigne d'eux les chances de perte : il fournit au travail un crédit constant, à des conditions presque régulières en vue desquelles celui-ci établit ses opérations. Ainsi Taction de la banque tend incessamment à augmenter la somme des capitaux placés et rintérôt perçu à leur profit, et à réduire en même temps le taux proportionnel de l'intérêt : elle met les capitaux en concurrence, de manière à les faire tous travailler, moyennant une rémunération régulière mais médiocre : dans la comparaison de la valeur relative du travail et du capital, elle pèse sur la balance du côté du travail.
Tous les établissements, tous les usages de banque reposent sur l'application de quelques maximes fondamentales qui sont l'âme du commerce, et en quelque sorte les principes organiques des sociétés modernes. On peut les résumer dans les termes suivants :
« L'ensemble des lois et coutumes qui régissent la propriété détermine la portion du capital social qu'il appartient à chacun de conserver et d'augmenter. Le soin de conserver et d'augmenter, ce capital est remis à l'intérêt personnel, le mobile le plus commun et le plus énergique, le plus vivant et le plus vigilant des actions humaines.
« Tout commerçant est majeur, et capable de contracter en toute liberté tous engagements relatifs à la disposition de ses biens. Ces engagements, sérieux et précis en leurs termes, doivent recevoir exécution loyalement, sans délai ni exception. Le commerçant qui élude ses. engagements ou qui ne les remplit pas avec exactitude est mauvais, et forfait à Thonneur commercial.
« Tout capital doit travailler et produire constamment, sans suspension ni repos, et comme le capital ne peut produire que par l'emploi, il est nécessaire que le travail de rhomme soit continu. »
Digiti
L'oisiveté du capital est punie par Tabsence d'intérêt, comme Foisiveté de Thomme par le défaut du salaire; et lorsque le travail et le capital ont fait alliance- par le crédit en vue de la production, il s'établit entre eux une concurrence dans laquelle Thomme dont le travail faiblit est dévoré par la nécessité de payer Tintéret du capital.
Un vif sentiment de (îette loi du travail, qui donne tant de prix au temps, caractérise toujours Thomme d'afiaires intelligent qui se sert du crédit, et le banquier plus que les autres. « Le temps est de l'argent ! » Cet aphorisme si vrai est plus vrai, s'il est possible, en banque que partout ailleurs.
Le commerce de banque a pour matière la propriété des métaux précieux, de la monnaie, des capitaux évalués en monnaie : et la propriété de ces capitaux sur lesquels s'effectuent les opérations de banque est constatée par les divers titres fiduciaires que nous avons énumérés. C'est par ces titres qu'on est parvenu à matérialijser des opérations abstraites et délicates, de manière à les rencire sensibles et palpables, a donner un corps en quelque sorte à un fait purement moral, un engagement, une promesse. En banque, on ne connaît que le titre ou valeur: cp titre est bon, ou mauvais, ou médiocre, dit-on, mais sans ignorer que la qualité du titre tient à celle d'un homme et dépend de l'exactitude probable de celui dont il représente l'engagement. Cette expression simple et sommaire de faits complexes suffit dans la pratique, et hous allons l'employer désormais dans l'analyse et la description des diverses opérations de banque et des combinaisons auxquelles elles donnent lieu.