LIVRE II, CHAPITRE VII
Autrefois, lorsque la théorie de la balance du commerce était en vigueur, on attachait au mouvement des changes une importance fort exagérée : on y cherchait le signe de la prospérité ou de la décadence économique des Etats. Le temps et la science ont fait justice de cette erreur, et montré que les changes attestaient seulement la différence des effets à recevoir entre une place et une autre, par suite des affaires effectuées à un moment donné, sans conséquences durables.
Depuis rétablissement des chemins de fer, des bateaux à vapem', des banques à succursales, les différences de valeur qui résultaient du besoin de transporter des monnaies, sont devenues moins sensibles en France et même en Europe. Mais, en même temps, des moyens plus prompts de commuuiquer et les progrès de la civilisation ont mis à la portée du commerce européen New- York, Rio-Janeiro, Valparaiso, San-Francisco, Hong-Kong, Calcutta, Sydney, etc.
Les grandes villes de commerce et les États tout entiers peuvent être considérés, quant au change, comme autant de négociants entre lesquels un mouvement continji d'affaires entretient un mouvement correspondant de dettes et créances. :Vinsi, tandis que Paris doit à Lyon, il est peut-être créancier de Milan, de Turin, etc., et en même temps Lyon se trouve débiteur des mêmes villes ; de telle sorte que le papier sur Paris, déprécié à Lyon, est recherché à Milan, et celui de Lyon, déprécié à Milan, est recherché à Paris.
« L'Angleterre exporte des quantités considérables de marchandises de Manchester en Orient, et reçoit en échange delà monnaie, du thé et de la soie. Mais supposez que la soie et le thé demandés par F Angleterre aient une valeur moindre que les marchandises exportées, comment la balance se réglera-t-elle ? Le voici : les Américains envoient peu de marchandises en Chine. Ils demandent aux Chinois de la soie et du thé pour une valeur plus grande que celle des marchandises qu'ils leur envoient en échange. Les Chinois ont donc une Ijalance à réclamer à New- York. Cette balance, ils la transportent à leurs créanciers anglais, vis-à-vis desquels ils sont endettés pour la plus-value des marchandises importées
^l'Angleterre sur les produits chinois exportés pour le même
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pays ; en d'autres termes, les créanciers anglais reçoivent les effets tirés pour compte américain, et les Américains sont obligés d'en envoyer le montant en or aux Anglais '. »