LEG. XXX
CHORTIVM. PRAETORIARVM.
CHORTIS. SPECVLATORVM.
Il y a eu une inégalité extraordinaire dans Tabondance de la fabrication de ces diverses monnaies. Certaines légions sont extrômement communes, d'autres de toute rareté, comme la XXIV, la XXV et la XXX*". On ne connaît jusqu'à présent aucun denier authentique au nom des légions l^, XXVP, XXVIP, XXVIU* et XX1X« de l'armée d'Antoine.
On connaît en outre jusqu'ici quatre aurei appartenant à la série des monnaies légionnaires d'Antoine; ils portent les noms de la IV«, de la XIV* et de la XIX'' légion, ainsi que des Cohortes prétoriennes (celui de la XIV* légion gravé dans la Zeitsekr, f. Num. t. Y, pi. I, n^" 10). n. 23.
D'Octave on ne connaît qu'une seule monnaie d'argent légionnaire; c'est celle que Morell a rangée à tort à Antoine et qui mentionne la LEGto XVI, avec pour type un lion courant (1), au lieu des enseignes militaires des deniers des légions d'Antoine. La fabrique en semble africaine (2).
Quant à ceux des lieutenants d'Octave jusqu'en 27 avant Jésus-Christ, qui ont signé des monnaies avec la tête ou le nom de leur chef, ce sont les suivants :
Q. SALVIVS. mPerator. COnSuL DESIGna^u^, denier (3). Ce personnage paraît être celui que les historiens appellent Q. Salvidienus Eufus; en ce cas, sa monnaie militaire serait de il, où il combattait contre L. Antonius, dans la guerre de Pérouse. Il fut mis à mort Tannée suivante, lors de la paix de Brindes.
BALBYS. PRO. PRaetore, denier (4). L. Cornélius Balbus paraît avoir été propréteur, vers 41 ou 40, dans l'Espagne ultérieure, sa patrie.
M. AGRIPPA. COnSul. DESIGna(î^5,aureus et deniers (5). La date de l'émission de ces pièces est indiquée sur l'aureus où Ton voit une tête si remarquable de Jules César divinisé et rajeuni par l'apothéose (6), avec rinscriptîon
(i) Eckhel, D iV, t. VI, p. 51; Friediaender, Zeitschr. f, Num. t. IV, p. 117 et s.
(2) A ]*avénement de Tibère, la XVI« légion, Galliea, était cantonnée dans la Germanie supéripure. Le lion courant devait ôtre remblème de ses boucliers.
(3) Cohen, pi. XXXVI, Salvia.
(4) Cohen, pi. XV, Comelia, n*> 27.
(5) Cohen, pi. XLII, Vipsania, n" 1-3.
(6) Von Sallet, Zeitschr. f, Num, t. IV, p. 140. — Une tète semblable se voit sur les deniers de M, Sanquinius (Cohen, pi. XXXVI, Sanquima)^
mPerator. DIVI. IVLI. Filius. ITERwm (1). IIIVIR. Rei. Publicae. Conslituendae. Cette légende présente, du reste, une singulière difficulté chronologique. Le renouvellement du triumvirat eut lieu en janvier 37 (717 de Rome), en même temps qu'Agrippa entrait en fonctions comme consul. Si donc on rapporte Uerum à triumvir j il faut supposer que le renouvellement fut mentionné proleptiquement sur la monnaie dans les derniers mois de 38, quand Agrippa n'était encore que consul designatus ; c'est l'opinion de M. Von Sallet (2). M. Mommscn (3), au contraire, rapporte ilerum à imperator, quoique l'on ne trouve aucun autre exemple où l'itération de ce titre soit mentionnée dans la numismatique d'Octave. En tout cas, ces monnaies se rapportent à la campagne d' Agrippa sur le Bhin, à la fin de 38 (4),
Dans les petits bronzes imités des deniers de César au type de l'éléphant, qui se rencontrent habituellement dans le pays de Trêves et ont dû y être frappés, bronzes dont la majeure partie, comme nous l'avons vu, appartiennent à César lui-même et à Hirtius, il en est aussi qui offrent la légende CARIN rétrograde (5). C'est bien évidemment le
triumvir monétaire en 17 av. J.-C. (Eckhel, DNy t. VI, p. 102; Borghesi, Oss, num. déc. IV, 8, Œuvres complètes, t. I, p. 243).
(1) Les lettres IT sont groupées en un assez singulier monogramme.
(2) ZeUschr. f. Num. t. IV, p. 141.
(3) Staatsreeht, t. II, p. 667.
(4) On remarquera que dès lors on commence à voir quelques exemples de remploi du titre d'imperaior en prénom par Octave (Mommsen, Slaatsruhte, t. H, p. 727), lequel ne devint constant qu'à partir de 29 (Eckhel, D iV, t. VI, p. 83).
(5) Senckler, Munzen des alien Trierer, dans le t. XI des Jahrb. d. Ve-
nom de C. Cannas, gouverneur de la Graule Belgique en 31-29 av, J.-C., lequel soumit les Morins révoltés et repoussa au delà du Bhin une invasion des Suèves (1).
1 1. Postérieurement à la constitution définitive de TEmpire en 27 av. J,-C. (727 de Rome), à l'adoption du nom d'Auguste par Octave et au partage de T administration des provinces entre TEmpereur et le Sénat, nous rencontrons encore, mais seulement sous Auguste, quelques monnaies proconsulaires de cuivre dans certaines des provinces sénatoriales. Je marque d'un astérisque Tindication de celles de ces pièces qui ont l'effigie impériale.
Cypre.
*CAESAR. DIVI. Filius — A. PLAVTIVS. PROCOn-
Sul (2).
*LIVIA. mPeratoris. CAESam — A. PLAVTIVS. PRO- COnSul (3), Cypre, d'abord province impériale, ne revint au Sénat qu'en £2 av. J.-C. (4). On ignore la date du proconsulat de Plautius, mais il ne doit pas être de
reins d, Freunde d. Alterth, f, d. Rheinlande; La Saussaye, Rev. num. 1848, p. 238.
(i) Dio Cass. U» 21 et 22.
(2) Eckhel, D N, t. m, p. G4; Mionnçt, t. m, p. 671, n^ 2 ; Su^L t. VII. p. 304, n» 2.
(3) Mionnet, Suppl. t. VU, p. 304, n» 3. — Comme Tindique la légende du droit, l*effigie est celle de Livie.
(4) Dio Cass. LIU, 12; LIV. 4.
beaucoup postérieur au chaugement de condition de la province.
Cyrénaïque.
L. FABRICtîi^ — PATELLIV5(1). Ce personnage paraît avoir été le premier proconsul de la Cyrénaïque après 27.
SCATO (2).
*CAESAR. TRibunilia. POTcs/a^e. AGRIPPA— SCATO. PROCOnSti/ (3). Les premières pièces de Magulnius Scato (4) peuvent avoir été frappées avant 23, date où Auguste reçut la puissance tribunicienne ; mais celles dont nous donnons ici la légende j sont nécessairement postérieures.
\fAPerator. kWOustus. TRibunilia. POTestate — PALI- Kanus. PRoconsul (5).
HAPerator. Ayf&usius. 7 Ribunitia. POTestate — CAPITO. duaestor (6). On ignore la date précise de Palicanus et de
(i) Borgbesi, dans Cavedoni, Ouervazioni sopra le monete antiche délia Cirenaica, p. 72; L. MQller, Numism. de Pane. Afrique, 1. 1, p. 165.
(2) L. Muller, t. I, p. 166, n*- 430 et 431.
(3) L. Millier, 1. 1, p. 166, n*» 433. — Il y a môme une pièce (L. MUl- 1er, n° 432), où on lit» par une singulière anomalie dans Tabréviation du titre, SCATO. PR.
(4) Sur la famille à laquelle appartenait ce Scato, voy. Borgbesi, dans Cavedoni, O^^en;. p. 71. — Borgbesi suppose qu'il était simplement questeur lors de l'émission de ses premières monnaies, qui ne portent pas le titre de proconsul.
(5) L. MttUer, t.I, p. 167 et s., n» 434-437. — Les monnaies de Scato, rappelées tout à Tbeure, prouvent que dans la numismatique cyrénéenne, contrairement aux babitudes ordinaires , l'abréviation PR doit se lire proconsul,
(6) L. MUller, 1. 1, p. 168, n» 438.
Capito, et Ton ne saurait décider lequel des deux a précédé l'autre; mais, en tout cas, ils ne s* éloignent pas de beaucoup d'années du proconsulat de Scato.
Afrique.
AFRicanus. FAbius, MAXimm. COnSul. PROCOnSul. VMVIR. EPVLOnum — O LlWMeius . O ALL^ S. Quaeslor. PRO. PRaetore (1). Africanus Fabius Maximus fut proconsul d'Afrique en 5 av. J.-C.
*CAESAR. AVGVSTVS - C[N]. P[IS]ONE. [PROCOn- Sti/c (î2). Le proconsulat de Cn. Calpurnius Piso commença en 1 av. J.-C.
*\fAPerator. CA[ES]ar. DIV|. Filius. Pater. Patriae — L. PASS[IENVS.] RVFVS. IMPerator (3). L. PassienusRufus devint proconsul en 3 de l'ère chrétienne .
On voit qu* aucune de ces pièces ne dépasse les premières années de notre ère et le moment où Tibère, devenu Tunique héritier de l'Empire après la mort des fils d' Agrippa, prit une influence considérable sur l'esprit d'Auguste. Il y a donc une relation entre la fin des monnayages proconsulaires, dans les principales provinces sénatoriales où ils avaient lieu, et la suppression du droit d'effigie monétaire, d'abord laissé aux proconsuls d'Asie et d'Afrique.
Naturellement, je ne parle ici que des monnaies directe-
(1) Avec l'effigie du proconsul : L. MUiler, t. H, p. 61, n"" 37.
(2) Avec les effigies d'Auguste, d'un côté, de Caïas et de Lucius Césars, de l'autre : L. MUller, t. II, p. 62, n"" 39; Suppl. p. 44; voy. Cavedooi, Bullet. areh. Ital. 1. 1 (1862), p. 174.
(3) Avec la double effigie de l'empereur et probablement du proconsul : L. MûUer, Suppl. p. 43, n<> 39 a.
ment émises par les proconsuls pour la circulation de leur province. Je laisse de côté les mentions du proconsul ou du légat, en charge au moment de rémission monétaire, qui, dans les provinces impériales aussi bien que sénatoriales, se lisent fréquemment sur les monnaies provinciales de Tempereur ou de la Communauté de la province, ou bien sur les monnaies municipales des villes. Ces mentions sont là pour dater la pièce et n'ont pas un autre caractère ; nous nous en occuperons dans le chapitre ii du livre IV. Toujours sur les monnaies provinciales, comme les tétradrachmes impériaux de Tatelier d'Antioche, les bronzes impériaux de la Bithynie et les monnaies de la Communauté des Cretois, le plus souvent aussi sur les espèces de cuivre des villes grecques, le nom du proconsul ou du légat est au génitif, précédé de la préposition èm^ laquelle ne permet pas de garder un doute sur ce qu'il s'agit d*uiie simple date, et exclut toute idée que la mention ait trait à une intervention dans le monnayage. 11 en est de même quand le nom est au génitif absolu, sans préposition, dans les légendes grecques des monnaies de villes, à l'ablatif dans les légendes latines. On peut avoir, au contraire, quelque hésitation sur le sens à attribuer à Tinscription du proconsul ou du légat quand il est au nominatif, soit en grec, soit en latin, sur une pièce de ville jouissant d'une certaine autonomie ou de colonie de droit latin ou romain ; on pourrait en effet, dans ce cas, y. voir, comme Ta proposé Cavedoni (1), une indication relative à l'origine de la permission de monnayage. Mais, même dans cette hypothèse, la monnaie ne cesserait pas pour cela d'être municipale; cette mention n'en ferait pas une monnaie émise
(i) BulUt. arch. Ualiano, 186â, p. 176.
par le proconsul en son propre nom , chose qui ne se vit plus après la date que nous avons indiquée dans le règne d'Auguste. A plus forte raison nous laissons aussi de côté (renvoyant le lecteur au livre IV, chap. n) les rares exemples de légendes de monnaies de villes grecques qui ofirent un nom de proconsul au datif, par une formule de dédicace honorifique.
Dans les provinces de César, nous ne rencontrons qu'un seul exemple de monnaies signées par le gouverneur comme émises par son imperium. Il appartient aux premières années de la constitution de l'Empire et a un caractère essentiellement militaire, en rapport avec une guerre déterminée. Je veux parler des nombreuses monnaies d'argent et de bronze, deniers, as et multiples de l'as, de T. CARISIVS- LEGa^w^. PRO- PRaetore ou LEGottii AyOusti (1) , chargé par Auguste de la conduite de la guerre contre les Astures et les Cantabres, ainsi que du gouvernement de la Gallœcie et de la Lusitanie, de 23 à 22 av. J.-C. Ces monnaies ont au droit l'effigie et la légende d'Auguste, au revers la légende du légat, avec des types qui ont trait aux victoires sur les indigènes, ou bien à la fondation de la colonie d'Emerita avec les vétérans des légions employées contre les Cantabres.
12. Les pièces de T. Carisius sont les dernières monnaies militaires sur lesquelles un général, procédant à une émission extraordinaire pour les besoins de son armée en campagne, ait été admis à inscrire son nom. Plus tard, ce droit
(i) Eckhel, D iV, t. V, p. 16i; t. VI, p. 92 et s.; Cohon, M C, pi. X el XI, Carisia, n« 10-19; pi. LI, Cariiiay n»« 1-4.
leur fut absolument retiré par la jalousie de Tautorité iiûrpériale. On ne laissa plus dès lors aux généraux, et cela seulement, semble-t-il, dans le premier siècle de notre ère, que la permission d*appliquer, sur des monnaies déjà frappées, une contremarque à leur nom, destinée à donner temporairement à ces monnaies une valeur de nécessité (1 ), permission qui est aussi quelquefois attribuée aux commandants de légions, contremarquant du chiffre de leur corps (2) (voy. livre IV, chap. v, § 1). Si une guerre donne lieu à une fabrication extraordinaire de monnaies, pour la
(1) Ces contremarques de généraux ne se voient apposées qu'à des pièces de bronze; il y a là, je crois, Tindice d'une limitation du droit déjà restreint laissé aux commandants militaires: ils pouvaient contremarquer la monnaie sénatoriale ou provinciale en cuivre, non la monnaie d'Etat de Tempereur en or et en argent.
La limitation des pouvoirs monétaires des généraux au droit de contremarquer certaines espèces de cuivre, pour leur donner une valeur extraordinaire, s'est même appliquée à certains membres de la famille impériale placés à la tête des armées. Ainsi, du vivant d'Auguste, Tibère, malgré les titres honorifiques dont on l'avait revêtu, n'a jamais eu que cette faculté, dans les guerres où il commandait en chef (Saulcy, Rev. mm. 1869, p. 311 et s.; MU, de num. 1875, p. 421 et s.); et sur plusieurs de ses contremarques militaires il mentionne la permission formelle qu'il avait reçue d'Auguste pour agir ainsi, Jiberius, Caesar. PermUsu, ^ugusti ou JlBerius. Caesar, Mgmti, Permism. Au contraire, dans les pouvoirs extraordinaires que Germanicus avait reçus quand Tibère l'envoya en Orient, était comprise la faculté de battre monnaie. Le denier qu'il frappa alors en Arménie, et dont le type de revers représente GERMANICVS mettant la couronne sur la tête d'ARTAXIAS (D. de Luynes, Rev. num. 1838, p. 338; Cohen, M /, t. I, p. i38, n*" 1), est une vraie monnaie militaire impératoriale, comme celles du temps de la République.
(2) Voy. les intéressantes contremarques de la Legio X Fretensis et de la Le^ X 7 Pnmf^enia, toutes deux de l'armée de Syrie, qui ont été publiées par M. de Saulcy : Rev. arehéol. nouv. sér. t. XX, p. 251 et s.; Sumim. de la Terre-Sainte, p. 83 et s.; Mél. de num. 1875, p. 329 et s.
solde des troupes et les dépenses de Tintendance, cette fabrication a généralement pour siège l'atelier impérial régulier le plus voisin et est faite par le procurateur de TEmpereur placé à la tête de cet hôtel des monnaies. Il y a pourtant des exemples qui paraissent impliquer la création d'un atelier extraordinaire et temporaire, installé, non pas précisément dans les camps, mais dans la place forte où Tarmée a sa base d'approvisionnements et de dépôts. En ce cas, il est probable que l'autorité du général intervenait dans la fabrication, que celui-ci, par ses officiers, en avait la direction et la responsabilité, bien que nous ne sachions pas dans quelle mesure ni de quelle manière avait lieu son intervention. Mais les monnaies militaires du temps de l'Empire, s*il en existe, ne se distinguent pas de la monnaie impériale d'or et d'argent ; et ceci est la conséquence toute naturelle de la transformation que le droit monétaire a subi sous Auguste, par une savante adaptation des anciens principes de la matière au nouveau pouvoir absolu (voy . le § suivant). En or et en argent, il n'y a plus qu*une monnaie, celle de Vimperalor unique qui exerce son autorité sur toutes les armées, sur toutes les provinces, et même intra pomoerium. Les généraux placés à la tête des armées ne sont légalement que les lieutenants de cet imperalor^ qui au-dessus d*eux, même absent, garde le commandement suprême (1). C'est donc en son nom que la
(1) Auguste accorda encore à son gendre Agrippa et à deux de ses beaux-fils, Drusus et Tibère, le titre dHmperator comme titre militaire, n'impliquant pas le partage de la puissance politique suprôme. Après loi, Tibère ne Toctroya qu'à une seule personne, et ce fut la dernière qui le reçut, comme Tacite {Ann. Ul, 74) nous le dit formeUeinent : CimceisU quibusdam et Augustui in voeabulum {imperatoris); ae tune T^rûii Blaeso poilremuin. Depuis lors, le titre dHmpenUor appartient sans partage
monnaie militaire extraordinaire doit être fabriquée, comme la monnaie ordinaire et normale ; et il ne permet pas à SOS lieutenants d'y joindre leur nom au sien ou de les signer par eux-mêmes, à moins que l'admission au titre de César ne leur ait donné une part à la puissance impériale, avec le droit de voir leur effigie et leur nom placés, avec la permission de l'Empereur, jusque sur la monnaie ordinaire.
Les monnaies militaires de TEmpire ne constituent par conséquent pas une classe particulière au point de vue légaK pas plus qu'elles ne se reconnaissent extérieurement à des caractères spéciaux. C'est seulement d'après certains indices des types, des légendes, des marques d'atelier, s'il y en a, que l'on peut déterminer quelques pièces impériales comme ayant été frappées dans des conditions exceptionnelles, au milieu de circonstances de guerre et pour les besoins spéciaux d'une armée. Les types mêmes que l'on peut qualifier de militaires, tels que ceux de FIDES* MILI- TVM, FIDES. EXERCITVS, FIDES. EQVITVM, FIDES. PRAE- TORIANORVM,CONCORDIA. MILITVM,etc., n'impliquent aucunement la notion d'émissions extraordinaires, faites pour des nécessités de guerre ; ce sont des flatteries politiques à l'adresse de l'armée, qui savait si bien faire et défaire les empereurs. Les types destinés à commémorer les victoires et en général tous les événements saillants de la guerre, comme de la paix, sont habituels sur la monnaie ordinaire et tiennent au moins autant de place sur les pièces de cuivre du Sénat que sur les pièces d'or et d'ar-
au chef de l'État, pour lequel il devient Tapanage et le signe distinctif de la souveraineté; les généraux d'armée sont désormais désignés par la qualification de dux.
gent de T Empereur. Il importe même de faire attention à la liaison qui existe entre certaines légendes, où Tod pourrait voir au premier abord llndice d'émissions exécutées dans les camps, et les types qu'elles accompagnent et qui y donnent une autre signification. Ainsi on lit au revefs d'un antoninianus de Valérien (1) GALLIENVS. CVM. EXERCitu. SVO: mais ceci ne veut pas dire que la monnaie ait été frappée par Gallien au milieu de son armée. Le type représente une statue de Jupiter dont la base porte l'inscription IOV|. VICTORI; c'est cette statue qui a été dédiée par Gallien et son armée à la suite d'une victoire, et nous en avons la preuve par les antoniniani parallèles et contemporains, à la tête et au nom de Gallien (2), où l'on voit au revers la même statue ; seulement, cette fois la légende principale est lOVh VICTORI, et c'est sur le piédestal de la statue qu'où lit ïfAPerator. Cum. Exercilu. Swo.
Au iir siècle, avec Septime Sévère, Gallien, Victorin et Carausius, nous voyons reparaître des monnaies portant au revers des noms et des insignes de légions, comme celles de Marc-Antoine (3). Toutes ces monnaies de légions ont été manifestement frappées, non par les corps de troupes eux-mêmes, mais pour leur solde et dans les ateliers impériaux réguliers. Leur émission ne se rattache pas à des circonstances de guerre extérieure, mais aux luttes civiles, de même que celle des deniers légionnaires d'Antoine ; on peut rétablir historiquement d'une manière certaine et, par
(1) Eckhel, D iV, t. VU, p. 385. Cohen, Ml, t. IV, p. 319, a*» 53.
(2) Cohen, M /, t. IV, p. 379, n- 236-239.
(3) Sur ces monnaies eu général, voy. surtoat : Eckhel, û iV, t. Vfll, p. 488 et s.; Ch. Robert, les Légions du Rhin el les Inscriptions des carrières, Paris, 1867.
suite, prouver que Tinscription du nom des légions sur la monnaie fut toujours un acte politique, une flatterie des empereurs légitimes ou des prétendants à l'adresse des troupes , sur lesquelles ils comptaient pour les soutenir contre leurs compétiteurs ; ils croyaient par là s'attacher davantage leur fidélité.
Les monnaies légionnaires de Septime Sévère (1), en or ot en argent, sont datées de sa première puissance tribunicienne, de Tannée de son avènement; les corps qu'elles mentionnent appartiennent tous aux armées chargées de garder les lignes du Ehin et du Danube (2), armées qui l'avaient, en effet, proclamé empereur; l'historien est en
(1) Eckhel, D iV, t. VH, p. 168; Cohen, M I, t. UI, p. 252 et s., n- 156-175.
(2) En voici la liste exacte, purgée de quelques fausses indications que Ton trouve dans les anciens ouvrages :
Légiom. Lieax de cantonnement habilnels.
LEGfo. I. ADIVTrrx. Pannonie inférieure.
LEGfo. I. ITALtca. Mésie inférieure.
LEGio. I. MlNervia. Germanie inférieure.
LEGfo. M. ADIVTnx. Pannonie inférieure.
LEGio. II. ITALîca. Norique.
LEGfo. III. ITALtca. RhéUe.
LEGto. Mil. FLavia. Mésie supérieure.
LEGio. V. MACeefonica. Dacie.
LEGio. VU. Claudia, Mésie supérieure.
LEGto. VIII. AVGiM^a. Germanie supérieure.
LEGto. X. GEMtna. Pannonie supérieure.
LEGio. XI. CLaudia. Mésie inférieure.
LEGio. XI 11. GEMifia. Dacie.
LEGto. XI 111. GEMtna. ) „
. . . > Pannonie supurieurc. LEGio. XIUl. GEMifia. Mar/ia. Victrix. ) ^
LEGio. XXII. PRlmt^enia. Germanie supérieure.
LEGio. XXX. VLPia. Germanie inférieure.
droit d'en tirer la liste des troupes à la tcte desquelles Sévère partit pour TOrient afin d'aller y combattre Fescennius Niger. Le type constant de ces pièces est, comme sur les deniers d'Antoine, l'aigle légionnaire entre denx enseignes de cohorte.
Les monnaies analogues de Gallien (1), toutes des nntoniniani de billon , ont les types de leurs revers changeant avec chaque nom de légion , car ce type est Temblème particulier du corps , celui que ses soldats portaient figuré sur leur bouclier. Elles n*ont pas de date de puissance tribunicienne, et, par suite, l'époque précise de leur émission est assez difficile à fixer. La fabrication s'en est continuée pendant quelque temps, peut-être pendant plusieurs années, car les légions y reçoivent successivement les épithètes de V. P. V. F, V|. P. V|. F et VII. p. VII. F. quintum^ sexlum et septimum Pia^ quintum, scxtum et septimum Fidelis. Ce mode de qualification, indiquant le nombre de fois que l'empereur avait décerné à la légion les titres de Pia Fidelis^ a laissé aussi quelques traces dans les inscriptions de la même époque (2); il est évidemment en rapport avec l'habitude qui a fait écrire sur d'autres monnaies de Gallien VICTORIA- AyOusti. Il, III, VI. VII, VIII et Vllll (3), FIDES. EXERC^w. VIII (û;. Numérotait-on les victoires à chaque bataille? et à cette occasion saluait-on de nouveau les légions qui y avaient
( l) Eckhel, D iV, t. VH, p. 402 et s.; Coben, M /. t. IV, p. 381-388, n- 258-324; J. v. Kolb, Numism. Zeitschr. de Vienne, 1873, p. 53-91.
(2) Eckhel, D N, l. VH, p. 403.
0) Eckhel, DiV, t. VII, p. 41j; Cohen, M /, t. IV, p. 42i et s n- 597-606.
(i) Cohen, M /, t. IV, p. 368, n« i4i.
pris part, du surnom de Pia Fidelis? Ou bien le renouvellement du titre des légions ne coïncidait-il pas plutôt chaque année avec la nouvelle salutation impériale du souverain? Cette dernière opinion semble la plus probable, et ferait tomber la fabrication des monnaies légionnaires de la 5' à la 7* puissance tribunicienne de Gallien, 257- 259 après J.-C, c'est-à-dire au moment de sa première guerre contre Postume, de celle où il parut presque l'avoir complètement vaincu, en lui enlevant toutes ses légions. Sans doute, dans cette année, il est singulier qu'il n'existe pas de monnaies parallèles au nom de Valérien, qui n'était pas encore tombé aux mains de Sapor (1). Mais, d'un autre côté, des monnaies où Gallien énumère comme à lui toutes les légions de la Bretagne, du Rhin et du Danube (2) ,
(i) Valérien, quand il s'était associé son fils, lui avait confié le gouvernement de rOccident, se réservant celui de TOrient; mais les deux empereurs continuaient à régner nominalement ensemble sur tout Tempire, de telle façon que leurs actes et leurs titres étaient censés communs. Ainsi Valérien prend Je titre de GERMANICVS en même temps que Gallien, après les victoires de celui-ci sur les Germains; de môme, à la suite des premiers succès de Valérien en Orient, Gallien se pare en même, temps que lui, sur ses monnaies personnelles, de la VICTORIA PART^tca, tout comme s'il l'avait remportée.
(2) Nous plaçons ici le tableau des seules indications réellement authentiques qui se voient sur les monnaies de Gallien. Nous en avons éliminé un grand nombre d'inexactes et d'impossibles, admises trop légèrement, d'après de fausses lectures, dans tous les recueils de descriptions numismatiques.
Légions.
Titre* de Pia Fidelit.
EmblèmM.
Lieax de cantonnement habitoeli.
COHHortes PRAETortee.
VI, VII
Lion à tête radiée.
Rome.
LEQ/o. 1. ADlutrix.
v.vi, vu.
Gapricorae.
Pannonie inférieure
ItQio. 1. ITALica.