IV
En réalité^ si nous consultons le témoignage des monuments numismatiques eux-mêmes, voici ce que nous y constatons. Le roi de Perse se réservait exclusivement, et avec une grande jalousie, le droit d'émettre la monnaie d'or (1) ; il ne permettait d'en frapper à aucune ville ni à aucun dynaste local. Les rares exceptions à cette règle que l'on pourrait citer, et qui seront discutées dans la suite de notre ouvrage, quand nous traiterons de la numismatique de Tempire des Achéménides de Darius à Alexandre, constituent des faits d'usurpation sur Tautorité souveraine, qui ne se sont produits que dans des moments de trouble. Dans toutes les provinces intérieures de ses États 9 qu*un lien particulièrement étroit rattachait probablement à la couronne et où, d'ailleurs, Tusage delà monnaie ne s'était qu'imparfaitement naturalisé (voy. plus haut, livre I, chap, m, § 3, 1), le roi de Perse paraît n'avoir pas toléré la fabrication d'autre numéraire que de ses propres espèces, portant son type personnel et officiel, soit monnaies communes d'empire , soit monnaies provinciales frappées spécialement, et d'après un système particulier, pour la circulation intérieure de certaines satrapies (2).
Mais il en était autrement dans les provinces occidentales de l'empire, principalement là où la population était grecque ou phénicienne. Quatre des anciennes satrapies de Darius fils d'Hystaspe, la I**, comprenant l'Éolie, rionie, la Carie, la Lycie et la Pamphylie (divisée plus tard en trois : Ëolie et Mysie , avec la côte de Mysie,
(1) Mommsen, M R, 1. 1, p. i3| Brandis, p. 255.
(2) Sur ces monnaies provinciales du roi de Perse, voy. Brandis p. 232 et s.
d'une part, Carie d'une autre, enfin Lycie et Paraphylie, à dater du moment où les Perses reprirent Toffensive contre les Grecs après la chute de la puissance athénienne), la II* ou satrapie de Dascylion, embrassant THellespont, la Phrygie, la Bithynie, la Paphlagonie et la Cappadoce , là 1V% de Cilicîe, et la V% de Phénicie, Syrie et Cypre, jouissaient d'un régime monétaire spécial. Ici, — les belles recherches de M. Waddington et de J. Brandis, dont il faut seulement restreindre les conclusions à ces contrées, l'ont définitivement prouvé, — le droit de monnayage des métaux autres que l'or était un droit essentiellement municipal, un droit propre à chaque cité, quelque petite qu'elle fût, et, par conséquent, les monnaies frappées dans chaque ville étaient marquées de types particuliers et signées du nom du peuple, accompagné souvent de celui d'un magistrat responsable. Si la ville ou la province étaient soumises au pouvoir d'un seul homme, alors les monnaies devaient porter son nom, puisqu'elles étaient émises sous sa responsabilité. Les monuments sont d'accord avec ces principes; il est facile de nommer bon nombre de villes importantes qui ont fait frapper des monnaies autonomes pendant une longue suite d'années, sans s'être jamais soustraites au joug persan (1). Il suflira de citer Sidé, Aspendos, Mallos, Soli, Nagidos et les villes lycîennes, dont la numismatique continue sans interruption depuis le commencement du v* siècle avant J.-C. jusqu'à la chute de la monarchie persane (2).
(1) Voy. les descriptions de médailles qui terminent Touvrage de Brandiâ.
(2) Sur ces dernières monnaies, voy. Fellows, Coins of ancient Lycia, Londres, 18^5.
Les mesures particulières dont Tadministration de la Cilicie fut l'objet, après la révolte du jeune Cyrus, pour mieux garantir le maintien de l'autorité souveraine dans cette province, qui assurait les communications de Suse avec l'Asie Mineure, mesures qui en firent un « Pays d'Empire », comme disent nos voisins d'outre-Rhin (1), n'interrompi* rent pas le monnayage des villes purement grecques du littoral, comme Mallos, Solî, Nagidos, Il y a plus, dans la capitale même de la satrapie, à Tarse, on continua l'émission d'une monnaie urbaine portant le nom de la ville, à coté de la fabrication des espèces que battaient les satrapes ou les commandants de la flotte du Grand Roi, et qu'ils signaient de leurs noms ; seulement, pour éviter la confusion entre les deux sortes de pièces sortant du même atelier et dont le cours légal devait avoir une étendue différente, on substitua, sur les monnaies municipales, la légende grecque TEPIIKON (2) à la légende araméenne Tin , usitée antérieurement (3), l'araméen étant la langue affectée aux inscriptions des pièces des satrapes ou des commandants militaires. A la même époque, ce qui est plus remarquable, on frappa, dans le même atelier, une monnaie provinciale à la double légende Kl AIKION en grec et "^hn en araméen (4) , mionnaie dont les types n'ont rien qui indique l'autorité du roi de Perse. Mais il faut noter,
(1) Voy. Droysen, ZeiUchr, f. Num. t. Il, p. 311.
(2) D. de Luynes, Num, des satrap. pi. XI.
(3) D. de Luynes, Num. des satrap. pi. YUI» n"** 1 ei 2; Waddington, Mél. de num. t. I, pi. Y, n'* 5 et 6.
Uae des pièces de cette période a la légende bilingue TEP2I et Tin : Waddington, 1. 1, pi. V, n^ 7.
(4) Waddington, Mél. de num. pi, V, n" 3 et 4; voy. Brandis, p. 350.
dans ces deux cas, la forme constante de la légende, qui o£fre un adjectif neutre au nominatif, EiX/xiov et Tepaixov, sous-entendu vo(jLt(7(iux, et non, comme dans l'immense majorité des monnaies autonomes , un nom de peuple au génitif pluriel ; la légende devient ainsi une simple indication du lieu de fabrication et du territoire où la monnaie doit circuler, au lieu d'être celle du peuple autonome qui remet en son nom; il y a là une « monnaie tarsienne d ou « cilicienne j> d'origine, non a la monnaie des gens de Tarse » ou ce des Ciliciens i> (1). La nuance a sa valeur (2). Sur les pièces des villes grecques de Soli et de Nagidos (3), nous avons alternativement la forme de l'ethnique au pluriel et au génitif d'appartenance, NAriAEnN, ZOAEHN, et celle de l'adjectif neutre au nominatif, NAriAIKON, ZOAIKON; dans ces changements, nous avons probablement l'indice de vicissitudes dans les conditions légales d'après lesquelles les villes en question fabriquèrent leurs monnaies.
Les despotes locaux de certaines villes d'Asie Mineure avaient déjà commencé à inscrire quelquefois leur nom sur la monnaie avant la conquête de l'Ionie par Cyrus (voy. livre VI, chap. m, § 1); le plus ancien statère d'électrum d'Éphèse que l'on possède présente un nom de
(1) Voy. Waddingtoo, Mél. de num. t. I, p. J4.
(2) Pourtant des formes présentant Tadjectif neutre au nominatif singulier, telles que 'ApxaSixov. 6e<nrtx6v, 80U8-entendu v6(jLia|jLa, se . rencontrent quelquefois sur des pièces du caractère le plus absolument autonome; mais là encore, nous le verrons dans le § suivant, la substitution de ces formes au nom du peuple mis an génitif pluriel implique peut-être que le monnayage a eu lieu dans des conditions particulières.
(3) Brandis, p. 498 et s.
ce genre , celui d'un certain Phaënnos (1) . Pour la période postérieure à Darius I*', nous avons les monnaies de Tymnès, despote de Tennéra en Carie dans la première moitié du y* siècle (2). On possède même les espèces frappées au nom du grand Thémistocle dans la ville de Magnésie (3), dont le domaine utile lui avait été concédé par Artaxerxe, lorsque, proscrit par les Athéniens, il s'était réfugié à sa cour (A) , et cet exemple est particulièrement important, parce qu'il prouve que l'installation de Thémistocle par le Grand Boi comnie despote d'une ville grecque avait entraîné pour lui la possession du droit de monnayage, Artoapara et Ddênnêbêlê, personnages inconnus à rhistoire, dont nous possédons des monnaies frappées dans des villes indéterminées de la Lycie (5), me paraissent devoir être rapportés à cette classe des petits despotes de cités, bien plus qu'à celle des satrapes, où on les a rangés . Nous avons aussi les monnaies de Deny s et de Timothée, qui exercèrent ensemble le pouvoir de tyrans dans la ville d'Héraclée du Font (6), comme vassaux des Âchéménides, dans les derniers temps de l'existence de l'empire.
Au reste , le droit de monnayage de tous les dynastes héréditaires qui régissaient des villes ou des territoires
(1) Newton, Num. ehron. n. s. t, X,p. 237; Barclay Head, iVum. chron. n. s. t. XV, p. 264, pi. VU, n» 4.
(2) Waddington, Mil. de num. 1. 1, p. 7-14, pi. I, n» 1.
(3) Ibid. p. 1-6, pi. I, n"* 2; Brandis, p. 459.
(4) Thucyd. l, 138; Plat. Thmist. 29; Athen. I, p. 29.
(5) Fellows, Coins of Lycia, pi. VII, n- 3 et 5-7; Brandis, p. 248.
(6) Eckhel. D N. t. Il, p. 420.
plus OU moins étendus dans les provinces occidentales de la monarchie perse, sous la surveillance des satrapes, lieutenants directs du Grand Eoi, est un fait incontestable (1). C'est ainsi que les rois phéniciens de Cition de Cypre (2), ceux des autres petits royaumes entre lesquels se partageait cette île, rois aux noms grecs gravés sur les monnaies dans récriture propre aux Cypriens (3), les Teucrides de Salamis (4-), les rois de Byblos en Phénicie (5) et ceux de plusieurs autres localités encore douteuses des pays phéniciens et araméens, nous ont laissé de riches séries numismatiques. On peut s'étonner de n'avoir aucune monnaie des rois de Sidon à côté de celles des rois de Byblos ; mais cette circonstance tient probablement à la condition particulière faite dans l'empire perse au melek de la principale des cités phéniciennes. Il était héréditairement un des grands officiers de la couronne, ayant de
(1) Brandis, p. 238.
(2) Brandis, p. 505-508; Vogué, Monnaies des rois phéniciens de Cilium, dans la Rev. num. de 1867.
(3) La grande majorité de ces monnaies a été publiée par le duc de Luynes, mais avant que le déchiffrement de l'écriture cypriote eût encore été consommé : Numismatique et inscriptions cypriotes ^ Paris, 1852. — Un bon nombre de légendes monétaires sont expliquées dans le mémoire de J. Brandis, Versuch xur Entzifferung der kyprischen Schrift, inséré aux Monatsberichte de l'Académie de Berlin, 1873. — Le premier travail d'ensemble sur la numismatique de Cypre, depuis les déchiffrements, est celui de M. Blau, Zur kypHotischen Munzkunde^ dans la Numis^ matische Zeitschrift de Vienne. 1875.
(4) Borrell, Notice sur. quelques médailles grecques des rois de Chypre, Paris, 1836; Brandis, p. 508-511 ; VonSallet, Zeischr. f. Num. t. H, p. 130-137.
(5) D. de Luynes, Num, des satrap. p. 91 et s., pi. XV et XVI, n** 42-48; Brandis, p. 511 et s.
droit le commandement supérieur de la flotte que la Phénicie fournissait à son suzerain (1), et par suite une cer^ taine autorité sur les rois des autres villes ; il est probable que les avantages de cette situation étaient en partie compensés pour lui par une restriction du droit monétaire. Tout indique que c'est à Sidon même qu'étaient frappées les monnaies provinciales du roi de Perse pour la Phénicie (2), monnaies dont le melek de Sidon devait être chargé de diriger la fabrication, en ayant une part dans les bénéfices ; mais, ceci étant, il devait en découler naturellement, comme conséquence, que le suzerain interdisait à ce vassal de frapper parallèlement une autre monnaie à son propre nom.
Nous avons aussi des monnaies des dynastes de la Cappadoce, ancêtres de la maison qui prit dans ce pays le titre royal après Alexandre. Ces monnaies, frappées à Sinope et à Graziura, portent le nom de Datame (3) en grec (4), et en araméen ceux d'un prince que je n'hésite pas à considérer comme son fils, appelé par Diodore de Sicile Ariam-
(1) Yoy. Schlottmann, Die Inschrift Eschmundzars Kunigs der Sidonier^ Halle, i868.
(2) Ce sont les pièces classées par Brandis, p. 424 et s., sous la rubrique : IX* satrapie, ii* classe, l'* série.
(3) De môme que M. Friedlaender {Zeitschr. f. Numitm. i.Ul, p. 268 ets.), j'accepte la donnée de Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) qui rattache Datame à la famille d'origine perse d'où sortirent les rois de Cappadoce, plutôt que celle de Cornélius Népos (Datam, 1) qui en fait le fils d*un certain Camissarès, originaire de Carie. Les faits de son histoire s'accordent bien mieux avec ce renseignement, et il me semble que l'analogie étroite qui relie les monnaies sinopéennes de Datame à celles qui appartiennent certainement à Ariarathe I*' est encore un argument puissant en faveur du dire de Diodore.
(4) Waddington, Mil. de mm. 1. 1, p. 82, pi. VI, n» 1.
nés (1), puis d'Ariarathe P' (2), dont une partie du règne fut contemporaine d* Alexandre le Grand (3). De même, les souverains de la Carie, depuis Hécatomnos jusqu'à Othontopatës, ont tous battu monnaie à leur nom (4). En eflTet^ quand les petits princes vassaux du Grand Roi, dont le pouvoir s'étendait à peine au delà du territoire d'une seule ville, possédaient le droit de monnayage et en usaient largement, à plus forte raison il en était ainsi de dynastes dont les Etats formaient de vrais royaumes, comme ceux de la Cappadoce et de la Carie. Les princes de ces deux contrées étaient officiellement revêtus du titre de satrapes (5), c'est-à-dire qu'ils dépendaient directement du roi de Perse, n'avaient pas au-dessus d'eux, comme les petits, rois de Cypre ou de la Phénicie, un lieutenant du suzerain, envoyé par lui de Suse. Mais c'était
(1) Ibid, pi. VI, D'' 5. — La légende de ces pièces se lit IJDIIV; dans ^yc\ je reconnais Télément final du nom à^Ariorramnès, porté par un roi de Cappadoce fort peu postérieur à Alexandre et dont nous possédons une monnaie en légende grecque [Zeitschr. f. Num. t. IQ, p. 268). Diodore de Sicile (XXXI, ecl. 3) écrit aussi Ariamnès le nom de cet Ariaramnès. Dans la réalité, avant l'élément ramna, l'appellation du successeur de Datame devait offrir un autre élément que arya, transcrit en araméen V1K dans mi^lK = Ariaraihe*
(2) Waddingtou, Mél, de num. 1. 1, p. 83 et s., pi. VI, n*' 3 et 4; Merzbacher, Num, Zeitschr. de Vienne, t. m, p. 427.
(3) Diod. XVm, 16; XXXI, ecl. 3; Lucian. Macrob. 13.
(4) Brandis, p. 475 et s.
(5) Datame est toujours qualifié par les historiens de satrape de la Cappadoce, tandis que Diodore (XVIII, 16) qualifie Ariarathe de 8uvdiaTT)c. Les princes de Carie Hécatomnos, Mausole et Idrieus sont qualifiés de ^trapes dans les inscriptions (Corp. inscr. gr. n** 2691 c, d, e et 2G19) et chez Harpocration (v. èirCoroOpioc) ; voy. Droysen, Zeilschr. f. Num. t. U,
à titre de d jnastes et en vertu du pouvoir particulier que cette qualité leur donnait dans leurs États héréditaires^ ce n'était pas à titre de satrapes du Grand Roi, qu'ils frappsdent leurs monnaies. Aussi aucune des provinces dont les satrapes n'étaient pas en même temps dynastes héréditaires, mais seulement nommés à la volonté du Grand Roi, ne nous offre une pareille suite monétaire, embrassant tous ceux qui y exercèrent le pouvoir pendant un assez long intervalle de temps.
Pourtant on possède aussi quelques monnaies de personnages connus dans l'histoire comme de purs satrapes, c'est-à-dire comme des membres de l'aristocratie perse choisis par le monarque et délégués par lui pour être, audessus de tous les fonctionnaires civils et militaires ainsi que des djnastes locaux^ son lieutenant immédiat à la tête d'un des grands gouvernements qualifiés de satrapies (1) . Un des plus célèbres parmi ces personnages est Phamabaze, dont nous lisons le nom en grec sur des pièces frappées dans sa satrapie de la Phrygîe hellespontique (2), et en araméen sur d'autres émises à Tarse (3), où étaient les dépôts de son armée lors de la seconde entreprise dont il eut le commandement entre 378 et â73 (4-). Son exemple est fort important, parce que Pharnabaze, pendant tout le
(1) D. de Luynes, Numismatique des satrapies sous les rois Ackéménides, Paris, 1846; Waddington , Etudes de numismatique asiatique dans le tome I*' de ses Mélanges de numismatique ; Droysen, Die MUnzen der persischen Satrapen in Kleinasien^ dans la Zeitschr. f. Num, t. II, p. 309-319.
(2) D. de Laynes, Num. des satrap. pi. I, n® 5.
(3) D. de Luynes, pi. I, n" 1-4; Brandis, p. 429.
(4) Waddiogtou, Mél. de num, t. I, p. 64.
cours de sa longue carrière, garda une fidélité inébranlable envers son souverain et ne fut jamais en révolte ni ouverte ni secrète contre lui. On peut donc être sûr que, s'il ^ battu monnaie, c'est qu'il n'y avait pas là une usurpation, mais un acte légitime, autorisé par le maître. Mais il me semble que Ton a, dans tous les travaux récents, voulu beaucoup trop étendre le cercle des monnaies des satrapes, et que ceux qui ont prétendu que le droit de monnayage était au nombre des prérogatives normales de la qualité de satrape , ont forcé outre mesure les consé quences des faits constatés. Les exemples de satrapes émettant des monnaies à leur nom dans le territoire de leur propre satrapie, en dehors de celui de Pharnabaze, sont très-rares ; ils se réduisent aux pièces de Spithridate, frappées à Lampsaque et à Cymé (1), et à celles d'Orontas, battues à Lampsaque (2) et à Clazomène (3) ; ces deux personnages avaient Tun et Tautre également le gouvernement de la satrapie maritime d'Asie Mineure, qui comprenait à leur époque la Mysie avec l'Ionie (4). Toutes les autres pièces jusqu'ici connues, qui portent des noms de hauts fonctionnaires perses mentionnés dans l'histoire, particulièrement celles qui sont sorties des ateliers de la Cilicie, doivent être rangées dans la classe des monnaies militaires (voy. plus loin, dans ce chapitre, le § 7) ; c'est
(1) Von Sallet, Numism. ZeiUchr. de Vienne, 1871, p. 424 et s.
(2) Waddington, Mél. de num. t. H, pi. HI, n» 5.
(3) Waddington, Mil. de num. t. H, pi. IH, n'' 4; Von Sallet, Numim. ZeieUhr. de Vienne, 1871, p. 419-424.
(4) Spithridate : Arrian. Ànab. 1, 12, 15 et 16. Orontas: Diod. XV, 91; voy. tous les renseignements rassemblés sur ce dernier personnage par M. V^addington, Méi, de num. t. U, p. 20 et s.
comme généraux placés à la tête d'armées en campagne, et non comme satrapes exerçant les pouvoirs réguliers de cette charge, que les personnages en question les ont fabriquées et y ont inscrit leurs noms. Ces monnayages militaires ont eu lieu dans les villes où les armées avaient leur base d'opération. Tiribaze, qui était satrape d'Arménie, a battu monnaie à Issos (1) pour le service des troupes qu'il commandait contre Cypre (2); Pharnabaze, satrape de Dascylion ou de la Phrygie hellespontique, et Datame (3), satrape et dynaste de la Cappadoce, ont fait de même à Tarse, quand ils ont eu successivement la direction des forces dirigées contre l'Egypte, forces dont la base d'approvisionnement et de rassemblement était dans cette ville (II) . Je reviendrai plus loin sur ces faits de monnayage spécialement militaire dans l'empire des Achéménides, et sur le caractère particulier qu'offrent en général les produits de Tatelier de Tarse. Il suffit d'avoir indiqué ici ces exemples pour montrer que les rois de Perse déléguaient quelquefois , par une commission temporaire et spéciale, le pouvoir d'émettre des monnaies aux commandants de leurs armées, qui, dans ce cas, les signaient de leurs propres noms. Les exemples de satrapes monnayant
(1) Monnaies de Tiribaze : D. de Luynes, Numism. des satrap, pi. I; Waddinglon, Mél. denum. 1. 1, pi. V, n*« 1 et 2.
Le Heu d'émisbion à Issos est déterminé désormais par la comparaison avec la pièce de cette ville publiée Zviischr. f, Num, t. IV, p. 115.
(2) Waddington/JH^. de num. 1. 1, p. 62.
(3) Sur les monnaies ciliciennes de Datame : D. de Luynes, Num, des satrap. pi. U (attribution à Dernès); Waddinglon, BuÛet. archéol. de PAthénœum français ^ 1836, p. 13 et s.; Mél. de num. t. I, p. 66 et s.; Brandis, p. 429.
(4) Waddinglon, McL de num. 1. 1, p. 64 et 70.
dans leur gouvernement sont assez peu nombreux pour qu'on les attribue à des concessions exceptionnelles du même genre, plutôt qu'à un droit régulier de la charge. Nous exposerons aussi plus loin ( livre IV, chap. i ) les raisons qui nous font repousser encore plus énergiquement la théorie, fort répandue aujourd'hui, suivant laquelle les satrapes auraient eu le droit d'effigie.
3. Alexandre le Grand, devenu maître de l'Asie, suivit en matière monétaire les mêmes principes que les rois de Perse , qu'il venait de détrôner et à la puissance desquels il se substituait. Il créa sa monnaie d'empire, à son nom et à ses types, qu'il fit frapper dans toutes les parties de ses États, dans les provinces où son autorité royale s'exerçait dans toute sa plénitude, mais non dans les cités helléniques qui, tout en reconnaissant son hégémonie et sa suzeraineté, gardaient intacts leurs droits d'autonomie intérieure, par exemple celles de la Grèce, à l'exception de Thèbes, de la Phocide et de FEubée, et celles de l'Asie Mineure, auxquelles le conquérant macédonien s'était présenté comme un libérateur qui venait leur rendre la plénitude de Tindépendance (1) (voy. liv. VI, chap. v, § < ). En même temps, il parait avoir, à côté de sa monnaie d'empire, fait ou laissé, pendant quelque temps, fabriquer, au nom de son gouvernement, des monnaies provinciales qui continuaient les anciens monnayages. Il scellait ses actes destinés aux contrées grecques et aux Macédoniens de son armée d'un sceau portant son portrait par Pyrgotèle, ceux destinés à la Perse de Tancien sceau royal
(1) L. Millier, Numismatique (TAlexaudre, p. 64-72.
des Achéménîdes (1). De même, pour la Perse spécialement, il semble, parallèlement à sa monnaie grecque, avoir émis des dariques d'or pareilles à celles des monarques indigènes, dariques dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu'à nous (2) et où il s'est fait représenter, reconnaîssable à sa tête imberbe, mais avec le costume royal persique ; ainsi s'expliquent les récits qui , chez ses historiens, le représentent faisant des distributions d'or en dariques à ses soldats, dans l'intérieur de l'Asie (3), ou aux habitants de la Perse (4). Il y a, en outre, une pièce d'argent d'apparence tout asiatique, qui porte son nom en caractères araméens et a dû être frappée dans quelque ville de la Syrie voisine de l'Euphrate (5).
Aux villes grecques de TAsie Mineure, Alexandre laissa ou rendit la plus entière autonomie monétaire, qu'elles conservèrent sous ses successeurs (6) (voy. liv. VI, chap. v, § 6). Leur droit d'autonomie alla même jusqu'à la fabrica-
(1) Quint. Curt. VI, 6; cf. Plin. HiV, XXXVII, 4.
(2) Brandis, p. 66 et 2 il; la pièce est gravée dans : D. de Luynes, Choix de médailles grecques, pi. XII, n° li; Ch. Lenormant, Num, des r.^.pl. LXIV, nM.
(3) Arrian. Anab. IV, 18, 7.
(4) Plut. Alex. 69.
(ti) D.ôe Luynes, Num. des satrap. pi. XVI, n*» 1; Brandis, p. 430; F. Lenormant, Essai sur la propagation de Valphahet phénicien, p. 236, pi. XIV, n*' i. — M. Blau a voulu récemment (Barsine, Gemahlin Alexan* ders der Grossen, dans la Numismatische Zeilschrift de Vienne, de 1877} lire le nom ^e Barsine, veuve de Memnon le Rhodien, dont Alexandre fit une de ses concubines, sur le droit de cette pièce; mais la chose est bien peu vrai:iemblable, comme Ta déjà remarqué M. Von Sallei (Zeitschr. f. Num. t. V, p. 131).
(6) Brandi?, p. 267 et s.