L ETALON D OR ET LE MAL QU IL A FAIT
Jusque récemment, Texcellence du système monétaire anglais était un dogme, un article du credo économique» Heureux les peuples qui pouvaient arriver à Tétalon d'or! C'étaient les élus du monde commercial.
M. Cernuschi a montré, avec cette clarté d'évidence mathématique qu'il apporte dans toutes ses démonstrations, que le système de Fétalon exclusif avait été nuisible à l'Angleterre elle-même et au monde, et qu'il ne s'était maintenu qu'en s'appuyant sur le bimétallisme français.
Dans un livre rempli de vues profondes et de faits curieux : Silver and Gold, un des délégués des États-Unis à la conférence monétaire de Paris de 1881, M. Dana Horton, a prouvé les propositions suivantes :
io L'Angleterre, en substituant, en 4816, l'étalon d'or à l'étalon d'argent, a aggravé la situation des débiteurs et de toute la nation anglaise, comme contribuable, en favorisant injustement les créanciers et les rentiers par la ruineuse baisse des prix qui a commencé vers 1816 (voir le chapitre précédent) ;
2^ En opérant ce changement, au moment où la production des métaux précieux avait considérablement diminué, l'Angleterre a provoqué dans le monde entier une crise intense de contraction monétaire et de baisse des prix, dont elle-même a souffert plus encore peut-être que les autres peuples;
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•l 3® L'Angleterre a été le théâtre d*un déyeloppement indastriel et commereial inouï, grâce à des avantages naUi-* rels et au génie d'entreprise et d^inventioa de son peuple; on, Ta attribué à son système monétaire : grave erreur, comme Ta dit lord Beacopsûeld;
>^J}e cette erreur est i née la croyance que l'étalon d'or devait, être let système monétaire des peuples les plus civilisés^; croywoM quit s'ert lormuléeidana le congrès monétaire de 1867, et quii a détermlBé, en 1871, TÂHemagne et la Sicanditia/vi6 à.suiTfeiFexemple de FAngleterre ;
iïfi Lesfimaux qi^e Ja. réforme monétaire allemande a causés ài TAUemagne elle-même,. au monde entier et surtout & l'Angleterre, fqu'on avait i. prias pour modèle, prouvent que.ile. syàbème doit être faux ^et pernicieux en pmncipe. Car pilasiigénéralement on applique Hn système vraii plus ses avantages doivient.se faire sentir. Ce serait évidemment le icas ipour le JMfloétallismei international .
l^ourrprouveDjeeS'ikèses^ il me: suffirait d'emprunter mes arguments à MM. Gernuschi et Dana Horton. Mais, oommQ on pourrait desnécnseffien leur jqualité* dei bimétalliates, j^fivoquenaii uaiqi^ment le témoignage des Anglais eux-*^ mêmes etyi qui plus est, 3e.(me bornerai < à m'appuyer sur des documentsiofâciels émanés, des chambres de commerce^ du. département des. fiiBABoe& de iFInde,j de laibanque d'AA^ f^eterre, ou desf témoignages recueiUlisiipar la 6û/d und Silvei' Commission. > ..m : m. • m- , . ,,
.Tant (que IC: bimétallisme françaisi a prêté «ne -base (Ue^ au iSystènMt i anglais, celui-ci ) a ; fonotbbniié régiulièi'ement À l'aivaBiage derAngletevreat des fasdes. Depuis que le Mmé^ tallisme français est suspendu, l'étalon d'or «tccasionne aux Indes, au commerce et à l'iaxinstrie de l/Angleterre* des^ embavras et des pertes «ntoiérablesi Voiei oonmient : •
Le grand commereeda monde se règle par dea Lettres de^ change..Quand deux .pays ont piMir base de la monnaie, le môme métal i— or ou argent^ ^-i le taux du change ne; peut pas. varier audelà de la limite déterminée par les frais^ d'expédition du métaL Exemple : je dois payer de Paris k Londres une livre ster*^
ling dont le pair est 25 fr. 21 cent. 1/2. Les frais de transport de cette somme en or sont de 8 à 9 centimes. Si à Paris pour m'acquilter à Londres, au moyen d'une traitai je dois payer cette traite 25 fr. 35 centimes, j'aurai économie à envoyer de For, car cela ne me coûtera que 25 fr. 21 cent. 1/2 de métal plus 9 centimes de transport : total 25 fr. 30 cent. 1/2. La variation du change entre Londres et Paris, tant que Paris a de Tor, sera donc contenire entre les limites de 25 fr. 12 cent, et 25 fr. 31 cent.
Mais si d'Angleterre, je fais traite sur un pays où il n'y a soit que du papier-monnaie, soit que de l'argent, ma traite payable en papier ou en argent baissera, montera, fluctuera d'après les variations de l'argent ou du papier. Si l'argent €st soumis à des variations brusques et incertaines, toutes les ventes et tous les achats faits par l'industrie et le commerce, avec les pays-argent, sont soumis aux mêmes variations. Les trois quarts du commerce anglais se font avec les pays- argent et s'élèvent à une moyenne de six milliards de francs.
Tant que fonctionnait le bimétallisme français, ces brusques variations de la valeur de l'argent étaient impossibles Le prix de ce métal ne pouvait s'éloigner du pair de 60 pence 7/8 établi par le 1 5 1/2 français que de l'écart représentant les frais de transport et de monnayage de l'argent à Paris. En effet, puisque, à la Monnaie de Paris, je pouvais obtenir 200 francs, pour un kilogramme d'argent à 9/10 de fin, le vendeur de ce métal ne le vendait pas à moins. Ce prix de l'argent à la Monnaie de Paris réglait donc le taux monétaire du change dans le monde entier, au grand bénéfice de tous les pays et surtout de l'Angleterre et de l'Inde. Depuis que la Monnaie de Paris est fermée à l'argent, ce métal ne connaît plus de pair. Il est devenu une marchandise dont le prix varie sans cesse.
Le grand commerce international entre les pays à étalon d'or et les pays à étalon d'argent (Asie et Amérique, sauf les États-Unis et le Canada) se fait donc maintenant, non plus au moyen d'une monnaie, mais au moyen d'une marchandise. Il est retonfîbé à l'état barbare du troc, du barter,
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comme le disent si bien le département des finances de rinde et le directeur de la banque d'Angleterre, M. Gibbs. Dans un mémorandum rédigé dès 1881 par le Déparlement des finances des Indes, on lit ce qui suit :
« La crainte de ces fluctuations désordonnées du change, Tenant vicier tous les calculs du commerce, y apporte un trouble profond. Non seulement cette crainte suffit souvent pour paralyser le commerce, mais ces fluctuations répétées causent des pertes sérieuses et imméritées aux commerçants honnêtes. Ce qui est pire encore, Tincertitude du taux du change international introduit un élément de spéculation qui est funeste au commerce régulier prudent et honnête. » M. Gibbs, dans son excellent écrit the double Standard^ rend le fait absolument évident par un exemple : un marchand de Calcutta veut commander à Londres une cargaison de marchandises; mais que vaudra Targent à Londres, c'està-dire que lui coûtera la traite-or qu'il devra acheter à Calcutta pour payer la cargaison? Il n'en sait rien. Devant cet inconnu, il s'arrête, et ainsi le commerce décline et l'industriel qui aurait fourni la cargaison n'a plus à exécuter la commande. En Angleterre le travail souffre. Les maîtres voient baisser leurs profits et les ouvriers leurs salaires.
Au contraire, les manufactures se développent aux Indes, parce que les frais de production peuvent y être payés avec le métal argent que produit la vente des produits.
u Aussi longtemps, dit le directeur de la Banque d'Angleterre, que la France a agi comme un clearing house entre l'Angleterre et l'Asie, elle nous a préservé de ces maux; mais, maintenant que ce clearing house a suspendu ses opérations, ces dernières années nous ont révélé l'existence du mal et le danger de le voir s'accroître. »
La chambre de commerce de Liverpool disait, dans un mémorandum envoyé au gouvernement en 1881 : « Le conseil de cette chambre continue à penser que cette longue détresse du commerce et de l'industrie a été largement causée et intensiûée par le discrédit qui a frappé l'argent : thce oundl of this Chamber is still of opinion that the con-
tinued mercantile and manufmiurinj dUtress was largely -^ caused and intensifUd hy the discrédit of $Uver as money.
«t Nous sommes trè& sérieusement affectés dans nos affaires par les v^i^iions du change avec les pays où l'argent est i^ionnai^ et nojus verriong ave.c la plus grande appréhension toute, pçjuveUe démonétisatipp de l'argent, qqi aurait po^r effet de réduire ^n (Içs limite^ dangereusement étroite3,lps b^^es du pr4|iit intiçri^ationaL »
fln négpfii^nt^e MapcbfastiBr, M, f^obert Rarplay, dans un cs^^i li4 de,yfint, u^p société littéraire dp Buen^s-Ayre^ [Essay on ,mn\çtalfisml, ajXait yoir,parf4e,dé^il l|^s inconvénients de ce rf|;^p[^eT Ces, vî^wtioj:!^ du prix de l'argent, dit-il, sont inçe^3.ai;itçs et çJHçs agissent s^r les ctapges dans le monde en^if^. En 187j6,Jle prlf de^rai;'gppt to,mj>e.à40 pepce 3/4 et la rpppie sui^t.à l sh^ 6 p.,.l/3f. En 1877,, rargen,t remonte à 5§ p. 1/2 eljl^roupies'^léve ai sh,. 10 p. Ces variations sont produites par des jqirpojn^stancçis. in signifiantes, bien différente^, de? mpuveflienj^ gépér|i,U}|: du copimerce î^u^quels il fa^V\t bien se SQi^metti^e^ . ,. .:
jL'argent est ei^\rpyé p. Lpijd^'es, non po^ui^ y être emmag$is^ijï,é,jm2|is poiipê.trei réalisé en niop^n^^ie, ça^r, à Tétftt de lingot, le pjétafj^e r^pcjrte paç. d'ii^térêt^ , S'il arrive plusie,i;irs jÇarg^isopf;^ d'argçnt^ l'offr^e^j^st çsp e^^cès et l'argent ba^^se ju^jju'àçp (^u^I.tij'puY^ pr.ene^r^ Q^ielque tçpdps après, arf i ye u qe demande ^ pour, Hfl^e . ^e . marçli^ est , peu fourni ; le prix monte de 1 ou 2 pour 100. Ces petites transactions^ qUjine comportent q^ue|dçp|SO^il[^espepimpo|;tantes, affectent les changes ar^'ent de tous les pç^ys eipployçin^ ce métal, c'est-à-dire des somnaes colossales. N'est-ce pas là un mal intolérable? Liverpool réclame : il faudr?i biei:| qu'on unisse par l'écouter. Quand le bimétallisme existait à Paris cela n'était pas possible. L'ç^rçent ne pouvait pas baisser au-dessous du prix de la Monnaie. Les petits excédents de l'offre, qui ont maintenant de si fâcheuses conséquences, ne pouvaient avoir lieu, car il suffisait de les envoyer à Paris pour les y . convertir en pièces de cinq francs sur le pied de 200 francs le kilogramme.
Voici, dit plus loin M. Barclay, comment nos commer«
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çaots souffrent encore quand ils vendent dans des paysargent, s'ils sont payés en argent. Que vaut cet argent? x^ rinconnue. Il faut donc se couvrir des variations du change. Gomment? En envoyant aux correspondants les recomnandations suivantes : « Vendez à court terme, et, s*il '^^nt donner crédit, escomptez immédiatement les traites et envoyez le produit, afin d'éviter les risques du change. » L'effet de ceci, ajoute M, Barclay, est de restreindre les facilités accordées à nos acheteurs exactement comme si, dans le commerce intérieur, on exigeait toujours paye* ment comptant.