‹ La monnaie, le crédit et le changeChapitre 16 sur 258 · L ÉVOLUTION MONÉTAIRE · texte numérisé non relu

L ÉVOLUTION MONÉTAIRE

temps de Jules César^ L'idée de monnaie demeura liée au nom du métal qui en avait fourni la première matière; œs signifia toujours bronze et monnaie.

La monnaie de bronze convenait à une époque où les échanges étaient peu nombreux, portaient sur des objets de faible valeur et ne s'étendaient guère au delà des limites d une cité. Quand les transactions se multiplièrent, qu'elles mirent en mouvement des quantités plus considérables de produits ou des produits plus coûteux, que les relations extérieures se créèrent et s'étendirent, l'argent d'abord, l'or ensuite, vinrent prendre place à côté du cuivre. La monnaie de cuivre servit au règlement des menus échanges locaux, qui autrefois étaient tout le commerce et qui en formèrent désormais la moindre partie. L'argent et l'or furent les instruments d'échange pour les affaires importantes ou lointaines. C'est ainsi que s'est constituée la circulation composite que l'on trouve encore dans les temps modernes ; or, argent, cuivre ou bronze.

Le rôle du cuivre a été s'amoindrissant de plus en plus. La déchéance de ce métal était fatale. Depuis longtemps déjà sa valeur n'a plus la stabilité relative qu'exige l'office monétaire ; elle est en outre devenue beaucoup trop faible, eu égard à la masse de plus en plus grande des richesses que la monnaie doit faire circuler. La place du cuivre a été, alors, prise par l'argent. C'est ce métal plus précieux qui a été le principal intermédiaire des échanges, qui a fourni l'unité d'évaluation et l'étalon des valeurs. L'or est resté, dans cette période nouvelle, une monnaie subsidiaire, réservée pour les opérations de très grande importance, principalement pour celles traitées avec l'étranger.

Cet état de choses, dont les origines remontent aux temps anciens, s'est prolongé jusqu'au milieu du xix® siècle. Mais l'évolution monétaire n'était pas achevée. De même que l'argent avait supplanté le cuivre, l'or menaçait l'argent. Comme jadis le cuivre, l'argent baissait peu à peu de valeur. Au commencement du XVI® siècle, l'or ne valait pas encore 11 fois Targent. A la fin du xviu^ siècle, le rapport est à peu près de 1 à

i. V. Paul Leroy-Beaulieu, Traité théoi^ique et pratique d'économie politique, 2» édit. Paris, F. Alcan, t. III, p. 190

15 Néanmoins, l'argent conservait encore la prééminence. Les opérations commerciales de Tépoque, pour importantes qu'elles fussent, trouvaient dans le métal blanc un instrument d'une puissance suffisante. D'un autre côté, les existences d'or n'étaient pas assez nombreuses pour que le métal jaune pût devenir la monnaie principale du plus grand nombre des États européens et, par suite, enlever à l'argent sa double qualité d'unité monétaire et d'étalon. Seule l'Angleterre, au commencement du XIX® siècle, pouvait se croire en mesure de se constituer une circulation d'or assez abondante pour baser sur ce métal son système monétaire.

Lorsque, au milieu du xix® siècle, Tapplication de la vapeur aux transports et Tintroduction définitive des moteurs mécaniques dans rindustrie eurent soudainement développé la puissance productrice des peuples et multiplié les échanges internationaux, le commerce eut naturellement recours à l'or pour mettre en mouvement la masse accrue des richesses nouvellement créées. A la même époque, les riches gisements aurifères de rOural, de la Californie et de l'Australie furent découverts ; la production de l'or augmenta donc au moment précis où des quantités beaucoup plus fortes de ce métal devenaient nécessaires à la circulation.

Dès ce moment, l'or tendit à devenir l'unité monétaire et l'étalon des valeurs, dans les échanges intérieurs, comme dans les relations de peuple à peuple. La déchéance de l'argent allait d'ailleurs être hâtée par son énorme dépréciation. Après 1873, la baisse du métal blanc se précipita. Ce fut une véritable chute, interrompue de temps à autre par des bonds de hausse, bientôt suivis de baisses plus profondes encore.

L'argent a perdu ainsi, dans nos pays, l'aptitude à remplir Toffice de monnaie principale, d'unité monétaire, d'étalon des valeurs. Il est descendu aux côtés du cuivre et, comme ce dernier, il est devenu une monnaie secondaire, réservée aux échanges locaux.

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