Nouveau dictionnaire d'économie politique, v** Prix
Une autre méthode, plus rapide dans ses procédés, a été employée par M. Levasseur dans son livre : La question de Vov A l'époque où parut ce livre, les statistiques douanières donnaient deux évaluations des importations et des exportations, basées, la première sur les valeurs officielles déterminées en 1827, la seconde sur les valeurs actuelles fixées annuellement, depuis 1848, par la Commissicm permanente des valeurs de douane. La comparaison de ces deux évaluations faisait ressortir la hausse ou la baisse des prix de chaque année par rapport aux prix de 1827.
Les valeurs officielles ne figurent plus depuis 1861 dans les tableaux de l'administration des douanes. Il est cependant possible d'utiliser encore ses statistiques dans les recherches sur les fluctuations des prix. Cette administration publie, en efl'et, deux évaluations successives du mouvement commercial de la France avec l'extérieur : la première, en janvier, dans les Documents mensuels^ basée sur les taux d'évaluation de Tannée précédente, les seuls qu'elle possède à cette époque; la seconde, dans le Tableau général du commerce^ établie au moyen des taux d'évaluation propres à l'année, que la Commission des valeurs a fixés de janvier à mars ou avril. En rapprochant ces deux évaluations successives, on peut calculer le pourcentage de hausse ou de baisse des prix de chaque année par rapport à ceux de l'année précédente.
En Angleterre, M. Robert Giffen s'est également servi des statistiques commerciales, mais d'une façon différente. Il a calculé la quotité des importations et des exportations par tête d'habitant. Les variations en hausse ou en baisse de cette quotité correspondent aux oscillations des prix ^
Tels sont, sommairement décrits, les principaux moyens employés par la statistique pour découvrir les fluctuations du niveau général des prix. C'est ainsi qu'on peut arriver, avec une exactitude plus ou moins approchée, selon le mérite de la méthode et la dextérité de l'opérateur, à éliminer Tinfluence des causes de variation particulières à chaque marchandise,
1. V. First report of the commission on dépression of trade and industry, p. 127 et suiv. Cf. R. Giffen, Récent changes iii pinces and income cornpared, lecture à la Société royale de statistique. Londres, 1888.
LA BAISSE DE l'oR APRÈS 1850.
de façon à dégager et à faire apparaître les mouvements d'ensemble dus à des causes générales.
Mais une difficulté nouvelle se présente, dont la statistique seule ne saurait avoir raison. Les variations du pouvoir d'achat des métaux précieux ne sont pas la seule cause des fluctuations du niveau général des prix. Il en est d'autres, dont Faction s'exerce également sur l'ensemble des cours. Certaines sont durables, telles les modifications dans les débouchés ou dans les frais de production. D'autres sont accidentelles et temporaires : on citera l'accélération des afi^aires, leur expansion plus grande à Tapogée des périodes prospères, leur stagnation, leur rétrécissement pendant la période de liquidation des crises commerciales. Une hausse ou une baisse des prix, même générale, n'est donc pas le signe infaillible d'une réduction ou d'un accroissement de la valeur du métal étalon. Des causes diverses se mêlent et s'enchevêtrent; les variations des prix sont la résultante extrêmement complexe de leurs actions combinées.
Ces observations générales vont trouver une application immédiate dans l'étude de la baisse de l'or de 1850 à 1870. On aura de même à en tenir compte en discutant la question de V appréciation de l'or après 1873^.
Il s*est produit, au milieu du xix^ siècle, un rehaussement très marqué du niveau général des prix, que Ton a généralement attribué à la baisse de l'or. Le phénomène est signalé en France par plusieurs publicistes^ dès 1851 et 1852, en 1853 et en 1857 par Michel Chevalier ^. En 1858, M. Levasseur publie son livre sur La question de Voi\ dans lequel il mesure l'intensité du phénomène et en dégage les conséquences favorables ou fâcheuses pour les particuliers et pour les États. L'année suivante, Michel Chevalier '"^ reprend le sujet et cherche à pré-