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CHAPITRE IV

Dans les chapitres précédents, les divers instruments de la circulation, monnaie, papier de commerce ou de banque, valeurs de Bourse, ont été étudiés isolément : leurs caractères essentiels, les fonctions spéciales auxquelles leur nature les rend propres, ont été déterminés. 11 reste à montrer dans quelle mesure chacun d'eux, selon sa nature distinctive et sa fonction particulière, concourt aux mouvements des capitaux, contribue à la circulation des richesses.

11 convient tout d'abord de mettre à part les opérations qui n'ont pas un caractère commercial : paiements des achats faits au détail par les consommateurs, des loyers d'habitation, des fermages, des salaires des ouvriers, employés et gens de service, réalisations de prêts d'argent, etc. Dans les transactions de cet ordre, la monnaie métallique est employée presque seule. Les sommes les plus importantes sont ordinairement payées en or. Pour les petites, on se sert de monnaie d'argent, particulièrement de monnaie divisionnaire, ou même d'espèces formées d'un métal moins précieux, cuivre, bronze^ nickel. Dans certains cas, par exemple dans les relations nées du cheptel ou du métayage, il se peut même qu'aucune monnaie n'intervienne et que les paiements soient faits en nature. Cependant, pour le règlement des affaires de quelque importance, le billet de banque et le chèque suppléent très souvent la monnaie.

Dans les opérations entre commerçants, les quantités de numéraire mises en mouvement sont proportionnellement bien moindres. Les effets négociables et au porteur jouent ici le principal rôle.

LE UEGANISMB DR LA GIRCHLATION.

Envisageons d^abord les opérations entre commerçants d'une même place. •

Nous en trouverons une image dans les « mouvements généraux des espèces, billets et virements » de la Banque de France à Paris.

Voici les chiffres des trois dernières années :

K«pdcfcS . . .

Billets. . . .

Vircmcols. .

Totaux . .

Sommes.

francs.

Proportion.

Sommes.

Proportion.

francs.

Sommes.

franc».

Proporlion.

Ces chiffres expriment les mouvements nécessités par la liquidation des affaires de Paris à la Banque de France. Les entrées et sorties de numéraire ou de billets, les virements, dont les rapports annuels de la Banque constatent l'importance comparative, ne correspondent pas exclusivement aux affaires conclues, à Paris môme, entre négociants de la place. Ils sont motivés, pour partie, par le règlement de transactions intervenues entre les m.aisons de la capitale et des maisons de la province ou de Tétranger. L'image que nous donnent ces chiffres est donc amplifiée. Elle n'est pas inexacte, néanmoins ; car les^ opérations de place à place qui ont donné lieu, soit à des encaissements, soit à des mouvements dans les comptes courants, étaient représentées par du papier dont la circulation a très probablement liquidé un certain nombre de rapports d'obligation entre négociants de la place.

En un autre sens l'image est partielle. Les chiffres reproduits ci-dessus sont loin de représenter la totalité des mouvements de la place. Une foule d'opérations intermédiaires ou parallèles entre commerçants et banquiers n'y sont pas comprises : création et escompte de billets à ordre, escompte à

ARN.VUNÉ. G

g2 LE MÉCANISME DE LA CIRCULATION.

Paris de lellres de change créées dans les déparlements ou à l'étranger, création, escompte et paiement en espèces ou en compte de chèques tirés sur d'autres banquiers que la Banque de France, compensations entre banquiers, entre agents de change, compensations par les comptes courants entre négociants, etc. Tels qu'ils sont cependant, les « mouvements généraux de la banque centrale » donnent une idée des proportions pour lesquelles la monnaie métallique d une part, les effets négociables de l'autre, sont employés dans le règlement des opérations d'une grande place de commerce.

On voit que la proportion des virements a varié de 86.83 p. % en 1903 à 89.60 p. 7o en 1905 ; celle du numéraire, de 0.82 p. Vo on 1903 à 0.87 p. % en 1904 ; celle des billets, de 9.57 p. 7o en 1905 à 12.35 p. % en 1903. Si l'on réunit aux espèces les billets, qui, pour les négociants, sont du numéraire, on trouve une proportion de 10.40 p. % en 1905 contre 13.17 p. Vo en 1903. On peut dire que jusqu'à concurrence de plus des 8/10 les règlements se font par de simples mouvements de titres, et que moins des 2/10 nécessitent un déplacement de numéraire ou de billets, entraînant des pertes d'intérêts sur les capitaux transformés en encaisses ^

Passons aux relations de place à place.

Ici, ce n'est pas seulement pour éviter une perte d'intérêts que le commerce s'efforce de payer sans recourir aux espèces. Un autre élément entre en ligne de compte. Toute remise de place à place coûte des frais de transport. Et, en règle très générale, ces frais sont plus élevés pour les capitaux métalliques que pour les capitaux incorporés dans du papier de commerce. Ceux-ci sont, en conséquence, plus généralement employés.

Au même point de vue, il peut y avoir à faire un choix entre plusieurs moyens.dc remise en papier; Toption sera déterminée, de même, par le prix plus ou moins élevé du transport des capitaux sous chacune de ces diverses formes.

Ces considérations s'appliquent aussi bien aux remises entre

1. En 1891, le total des mouvements était de 114 1/2 millions dont les 8/10 en virements. En 1892 et 1893, le total des mouvements s'était réduit à 90 t/2 millions.

places d'un même pays qu'aux remises entre places de nationalités différentes. Il n'y a aucune différence de nature entre les unes et les autres. Dans les deux cas, les moyens de transport sont les mêmes ; identiques aussi, les mobiles qui déterminent les préférences du débiteur. Toutefois, à notre époque, les frais de transport des capitaux dans Tintérieurd'un même État étant extrêmement réduits, Técart entre les prix des divers modes do remise est, le plus souvent, de minime importance. C'est pourquoi, s'il y a un avantage marqué à remplacer les expéditions de numéraire, pour lesquelles les pertes d'intérêts s'ajoutent aux frais de port, par des envois de titres, le choix entre les diverses sortes de papier et entre les diverses façons de les employer, ne présente plus d'intérêt très appréciable ^

Au contraire, le taux généralement plus élevé des frais de transport entre les places de nationalités différentes rend possibles et profitables des combinaisons extrêmement variées.

A ce premier point de vue, une étude spéciale des relations de ces places, est nécessaire. Elle l'est encore à d'autres étjçards.

Dans chaque pays, le trafic des moyens de remise à l'étranger est concentré sur quelques places commerciales, le plus souvent sur une seule. Ainsi, c'est à Paris que le commerce français peut, à tout instant, acheter le numéraire et le papier dont il a besoin pour régler ses engagements extérieurs, à Paris

1. « H y a entre Paris et Lyon », disait déjà M. André dans sa déposition devant le Conseil supérieur du commerce, en 1S70. a un change qui est à peine appréciable : les relations sont tellement courantes que l'on peut tous les jours faire effectuer des payements de Paris à Lyon, et vice versa^ pour ainsi dire sans aucuns frais. Le change entre ces deux villes, h le prendre dans sa réalité, se trouve limité par la prime que prend la Banque de France pour faire un virement de fonds ; cette prime est extrêmement minime : elle varie, suivant les directions, de i/2 à 1 p. «/oo. — De même entre Paria et Marseille. Contre versement fait à Paris, la Banque de France délivre du numéraire à Marseille : ce versement coûte 1 franc pour 1,000 francs; quand Marseille veut, au contraire, faire payer à Paris, le mandat de virement ne coûte plus que 50 centimes pour 4,000 francs... ces frais ne peuvent excéder le coût du transport des espèces par le chemin de fer; car, à parité de prix, entre la Banque et le chemin de fer, ce dernier aura la préférence du transport, puisqu'on «^adressant à cette voie, on simplifie l'opération interaiodiaire à faire au port d*embarquenient. — En résumé, entre Paris et les grands centres commerciaux, il est certain que le change a presque complètement dis paru. » Enquête sur la question monétaire, t. I, p. 294. — Aux États- Unis, il existe un change intérieur ; voir note, p. 497.

S4 LB MÉCAMSlfE DE LA CIRCULATION.

également qu'il trouve des acheteurs pour ses tirages sur Tétranger. En raison même de leur abondance sur certaines places, de la fréquence des transactions auxquelles ils donnent lieu, les effets tirés sur l'étranger, les changes étrangers, ont un marché régulier, qui n*existe pas pour les moyens de remise à l'intérieur. Il en est de même pour les monnaies et les métaux précieux non monnayés. Les prix des achats et ventes dont ces instruments du transport des capitaux font Tobjet, sont constatés par des cotes publiques, comme ceux de toutes les marchandises de grande spéculation : blé, farines, esprits, huiles, cafés, etc. Il est indispensable de savoir lire et interpréter ces cotes, pour comprendre le mécanisme des opérations de change par lesquelles s'opèrent les transports de capitaux de place à place.

Enfin, la théorie des changes étrangers a une importance capitale dans les questions monétaires.

Les questions monétaires ne sont pas d*ordre purement intérieur. Au contraire, de leur essence, elles sont internationales. Les échanges, en effet, ne sont pas seulement conclus entre individus résidant sur le. même territoire; ils interviennent encore de nation à nation. On ne peut régler le système monétaire d'un État en faisant abstraction de ses opérations commerciales avec l'étranger et de la nécessité où il peut se trouver de les liquider par une exportation de capitaux métalliques. Il faut que la monnaie puisse passer et repasser la frontière. Il faut qu'elle soit exportable et qu'elle puisse être rapatriée.

Il faut qu'une monnaie soit exportable. Une monnaie n'a cette qualité que si sa valeur intrinsèque est égale à sa valeur nominale. Une monnaie dépréciée n*est pas exportable, du moins ne peut-elle être exportée qu'en subissant une perte sur la valeur nominale pour laquelle elle a cours à Tintérieur.

Il faut que la monnaie puisse être rapatriée. Une monnaie dont la valeur intrinsèque est entière ne peut être rapatriée lorsque, dans son pays d'origine, circule une monnaie dépréciée à laquelle la loi confère un pouvoir libératoire égal.

Lorsqu'une monnaie n'est pas exportable, ou lorsque par sa dépréciation elle fait obslacle au rapatriement de la bonne monnaie, le cours des changes le révèle. La perte sur le change

GOT£ DBS MATIÈRES d'oR ST d' ARGENT. 8S

dénonce Tétat défectueux de la circulation métallique ou fiduciaire ; elle donne, en môme temps, la mesure du dommage causé au pays par un mauvais système monétaire r elle est en quelque sorte laT rançon de Tusage d'une monnaie dépréciée. On ne peut donc porter un jugement sur Torganisation de la circulation métallique ou fiduciaired'un pays sans consulter le cours du change et sans connaître la théorie des changes étrangers.

La connaissance de la théorie des changes n'est pas moins importante, à un autre point de vue. La monnaie est une sorte de véhicule^ toujours en mouvement, qui, dans ses voyages ininterrompus passe et repasse les frontières, pénètre à Tétranger lorsque des achats y sont faits, est ramené dans son pays d'origine en conséquence des achats faits par Tétranger, et dont la circulation n*a pas plus de cesse que celle des produits auxquels il sert de moyen de transport. Les oscillations du cours des changes étrangers sont, on le verra, le plus sûr indice de la direction imprimée à ce précieux véhicule par les opérations du commerce international. Elles révèlent les entrées et les sorties de numéraire aussitôt qu'elles se produisent^ permettent de présager Tabondance ou la rareté des capitaux disponibles sur le marché national et^ par là, commandent le taux de Tescompte. On ne peut avoir de vue exacte sur Tétat de la circulation à un moment donnée si Ton n'a pas égard à la condition du change sur l'étranger.

Celte élude sera divisée en cinq paragraphes : 1^ cote des matières d'or et d'argent ; 2° cotes des monnaies étrangères et des changes étrangers ; 3"^ principale^ opérations de change ; 4** théorie de la valeur des changes étrangers; 5° relations entre les cours du change, les mouvements d'entrée et de sqrtie des métaux précieux, le prix de ces ii^étaux et le taux de l'escompte.

§ 1. — Cote des matières d'or et d'argent.

L Cote DES matières d'or et d'argent a Paris. — On a déjà expliqué que, depuis le 2 janvier 1901, le kilogramme d'argent fin est coté à Paris en francs et centimes*.

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