‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 134 sur 138 · L'AGNEAU DÉSESPÈRE · texte numérisé non relu

L'AGNEAU DÉSESPÈRE

L'agneau sur le rocher semblait un bloc de laine. A côté les torrents descendaient vers les plaines Et les forêts roulaient leurs vagues vers les monts. Et je vis l'hippogrifTe à tête de lion Qui bondissait dans la lumière violette... Et l'agneau se dressa, divin, devant la bête, Il la frit par les reins, la tordit puissamment, Puis, ayant labouré sa gorge avec ses dents. Malgré la gueule en flamme et le dard de la queue Au loin la projeta dans ur\ lac dont l'eau bleue Eclaboussa d'azur les couloirs de rochers. Mais quand l'agneau neigeux voulut se recoucher Il tachait les cailloux de sa laine sanglante. Il courut vainement parmi les jeunes plantes,

3o6 LE VOYAGE FANTASTIQUE.

Les traces ne faisaient que s'étendre, le sang Était sur lui plus clair et plus éblouissant. Et dans le soir qui devenait couleur de soufre. Je vis sur l'horizon, courant au bord des gouJQFres, Franchissant les lacs morts et les puits de granit Comme pour se baigner aux ondes de la nuit. L'agneau rouge, l'agneau dément, l'agneau de flamme, L'agneau désespéré par le sang, ô mon âme!

Page 1