L'ESPRIT DE LA MER
Le veilleur dans la tour fit retentir sa corne, Glaçant d'cITroi sur les qaais bleus les débardeurs. Et la plage s'emplit de requins, de licornes De mer, de poissons morts montant des profondeurs.
Sur les remparts bâtis de galets verts, l'évêque Parut avec l'étole et la mitre qui luit Suivi par les calfats, les marchands de pastèques Qui, tordus par la peur, tendaient les mains vers lui.
Alors, dans l'horizon, le vaisseau gigantesque S'avança sur les flots qui devenaient cendres. Il avait trois ponts noirs de forme barbaresque, Il était sans fanal, sans voile et sans agrès.
L E s P p. I T DE L A xM EH. 01
Et sa coque luisait de nacres, de polypes, De coraux sous-marins, de madrépores d'or. Les pétoncles et les mollusques qui s'agrippent S'étaient cristallisés dans le bois des sabords,
II était cuirassé de la pierre des gouffres,
Il venait de plus loin que les courants des fonds.
Il portait comme un sceau sur sa poupe et ses rouflcs
Des signes incrustés par d'antiques typhons.
Et sur les ponts, parmi les mâtures fléchies, Un équipage avec des corps huileux et blancs, Des marins, respirant au moyen de branchies. Manœuvraient. Ils avaient des nageoires aux flancs.
Ils portaient des turbans et des burnous d'arabes. Ils regardaient au loin par d'aveugles yeux ronds. Quelques-uns avaient des mandibules de crabes, Et des sabres battaient sur leurs pieds d'esturgeons
Et tout couvert de talismans kabbalistiques. Un être avec un bec se tenait à l'avant. Ses doigts palmés levaient un pentacle magique Et sa robe en tissu perlé flottait au vent.
62 l'ane a cornes.
Il se fit un reflux d'eaux ternes et malsaines Et ceux qui se trouvaient sur la plage ont cru voir Les trois albatros morts sur le mât de misaine. Avant que le vaisseau s'enfonçât dans le soir...
Depuis la ville semble atteinte de jaunisse... L'homme languit, frappé par l'esprit de la mer. Et fou, sur les quais bleus où les bateaux pourrissent, L'évêque danse avec sa mitre de travers... . ^
FEMME A LA PANTHERE
Il fait très chaud... Je marche à travers un jardin
Plein d'aloès. Au loin, résonne un tambourin,
Un chant de caravane ou de tribus en marche.
Je vois un pavillon de bois peint... quelques marches.
J'y cours, je les gravis, et j'hésite, levant
La portière d'argent rayé qui tremble au vent.
Je pénètre... Et sous le tamis des moustiquaires
Celle que la chaleur et le rêve exaspèrent
Dont les reins font un arc tendu par le désir.
Se pâme... Elle me voit et sourit de plaisir...
Elle écarte la gaze, offrant ses seins qui battent
Et son front couronné d'un turban écarlate.
Je tends les bras... Alors dans les coussins épais,
Long^ue et féline, une panthère qui dormait
O/j L AND A CORNES.
S'étire, fait crisser ses ongles, me regarde.
La femme dont la main sur la bête s'attarde
S'offre encore et je vois dans un rais de soleil
Que la femme et le fauve ont des yeux verts pareils...