‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 62 sur 138 · LA FOIRE FOLLE · texte numérisé non relu

LA FOIRE FOLLE

Et je vis le jeu de massacre. Les poupées Etaient humaines et vivaient en grimaçant Par les balles de son elles étaient frappées, On les voyait danser, souffrir, cracher le sang.

Et je vis les lutteurs faisant saillir leurs formes Et qui se pavanaient sous de roses maillots Et des femmes auprès de ces amants énormes Se disputaient avec d'hystériques sanglots.

Une clownesse ayant trop de carmin aux joues Tourbillonnait avec un bouquet de papier. Et soudain imitait un paon faisant la roue Avec sa robe d'or aux volants déployés.

Et je vis le dompteur dans la ménagerie :

Il avait délivré le tigre et le lion,

Mais tous semblaient ce soir atteints de léthargie

Et dormaient près de lui, fraternels compagnons.

Les perroquets prenaient de bizarres postures Pour lisser leur col vert et leur corps bleuissant Et le singe malade, avec des couvertures Près du boa, s'emmaillotait en gémissant.

i38 LES RENCONTRES DANS LE PORT VIEUX.

Et les chevaux de bois roulaient en cavalcades Fantastiques au ciel du plafond plein de trous. L'on voyait alterner comme dans les ballades L'amazone fantôme et le cavalier fou.

Vers la belle Fatma dont la robe défaite S'entr'ouvrait sur des seins fabuleux, accouraient Le prince Mignapouf et le veau à trois têtes Et pour la posséder ils s'entre-déchiraient.

Les ruelles crachaient les voleurs et les filles Et les couples gâtés d'interlopes amants. Et le phoque géant et la femme torpille Se mêlaient en un monstrueux accouplement.

Et dans l'ombre tombant de l'éléphant du cirque Comme si, là, la foire avait mis son secret, La petite danseuse et le nain anémique Dessinaient en dansant un fragile ballet.

Mais je fus ébloui du cerceau des gugusses Et du vol clair des écuyers surnaturels... Et je fus projeté par les montagnes russes A travers le feu d'artifice jusqu'au ciel.

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