‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 77 sur 138 · BAISERS MORTS · texte numérisé non relu

BAISERS MORTS

ku fond de tant de lits ses reins se sont plies

Et tant de corps humains lui furent familiers !

Elle s'est exposée aux regards de tant d'hommes,

Elle a tant caressé, tant répandu le baume

De ses lèvres, elle a tant de fois dit les mots

Purs ou grossiers, qui sont nos plaisirs et nos maux,

Et tant de fois sué cette sueur amère

Dans la moiteur et la fatigue mortuaire

Qui suit le dernier spasme et le dernier frisson,

Que lorsque je m'endors sur son corps infécond,

Elle doit, en fermant les yeux dans les ténèbres,

Oublier quelles mains, quel front, quelles vertèbres

Sont couchés là, quel est le visage et le nom

De l'homme devenu ce soir son compagnon,

Que ses amants anciens prennent ma place étroite, Que je sens leurs désirs défunts qui la convoitent, Leurs frôlements avec les tares de leur corps Et que mon lit est plein de tous leurs baisers morts.

Page 1