‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 91 sur 138 · LE PRÉSENT SUBTIL · texte numérisé non relu

LE PRÉSENT SUBTIL

Je songe qu'elle est seule à l'ombre du cyprès,

Loin de la sombre ivresse et du plaisir secret

Qu'elle goûtait, couchée en robe jaune et noire.

Alors j'ai pris la lampe et la boîte d'ivoire,

La pipe à bout de jade et le plateau d'argent

Et les trois scarabées de nacre aux feux changeants

Et roulé sous mon bras sa robe préférée.

Je suis le chemin creux dans la chaude soirée.

Le cimetière est proche et le mur n'est pas haut

Et l'on sent que les morts dorment mieux sous l'air chaud,

Quand le vent ne fait pas bouger croix et couronnes.

Sur le tertre, j'étends la robe noire et jaune,

J'étale les objets sur le plateau sculpté

Et dans le calme mortuaire de l'été,

ao6 LE SPECTRE DES SOUVENIRS.

Tenant l'ivoire blême et la pipe de jade,

Tout ce que chérissait ma tendre camarade,

J'aspire la fumée et la jette aux gazons.

Toi qui dors pour jamais dans l'humide maison

De terre, dont le seuil est cimenté de plâtre,

Sans robe tiède d'ambre et sans lampe rougeâtre,

Un ami vint ce soir fumer auprès de toi.

Ah ! que le grand parfum mette en ton lit étroit

Au vestige allongé de ta figure humaine.

Malgré la dureté de la terre chrétienne.

Le sourire éternel du vieux Bouddha de bois.

Que je place ce soir à côté de ta croix.

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