‹ La montée aux enfers; poésiesChapitre 93 sur 138 · LES ABSENTS SONT DES MORTS · texte numérisé non relu

LES ABSENTS SONT DES MORTS

Les absents sont des morts qui n'auront pas de roses.

On ne prépare pas la chambre en pierres closes

Et l'on n'allume pas les quatre chandeliers.

Pour eux, pas de draps neufs, pas de bouquet lié

Avec ce jonc ténu qu'est un regret fragile.

Aucune illusion de forme volatile.

De halo lumineux et doux qui reviendrait

Hanter l'appartement où dort l'ancien secret.

Le temps fait du pastel une esquisse plus pâle,

La chaleur de la chair du sein ternit l'opale,

La rose s'évapore au fond du flacon d'or.

On le sait, on le dit... Les absents sont des morts.

Mais pourtant l'on voudrait tellement n'y pas croire,

Être encor l'habitant d'un coin d'une mémoire.

LES ABSENTS SONT DES MORTS- an

Dans la chambre d'hiver où sont les souvenirs.

Les absents sont des morts qui voulurent mourir.

La lettre est la couronne en immortelles fausses

Qu'on attache d'un fil de fer aux croix des fosses.

Le cœur y sonne vide autant que le métal •

De l'emblème agité par le vent glacial.

Puis plus rien. Même pas les fausses immortelles.

La pluie use les noms, les vases et la stèle.

Le fruit noir du cyprès tombe comme un remords

Du bonheur qu'on n'a plus... Les absents sont des morts.

Page 1