ACTE I
Au palais de Versailles. L'appartement de 3f"" de Montespan.
M"* de Montespan est couchée dans un r/rand lit de parade, au milieu de la pièce. Au pied du lit, Marie-Aube, sa fille, et M"° de Fo7ilanf/es tiennent un enfant nouveau-né, enveloppé de langes et de dentelles, l'r'es du chevet, la Voisin est assise, un peu à l'écart, sur la marche de l'estrade qui supporte le lit. La chambre est bordée d'une haie de courtisans, qui défilent, en baisant la main de la marquise. Les fenêtres sont ouvertes. On entend au dehors les acclamations du peuple, et les violons et les hautbois qui sonnent des airs de danse.
M"" DE Montespan.
Qu'on montre l'enfant au peuple !
(Marie- Aube qui tient l'enfant, fait le geste de le remettre à A/"" de Fontanges.)
M"" DE Montespan (à Marie-Aube).
Vous, ma fille.
Marie-Aube.
Madame...
< Je le yeux.
(Marie-Aube s'avance vers le balcon, avec Venfant dans ses '1 b7'as. Angélique de Fontanges Vaccompagne.)
fi LA MOxNTESPAN
M"« DE FONTANGES
Voyez, Marie-Aube. Le beau spectacle ! Ce grand peuple acclamant cet enfant, votre frère ! N'êtes-vous pas bien heureuse?.. Qu'avez- vous ?
Marie-Aube (au moment de se pencher à la fenêtre, se rejette en arrih'e).
Fontanges, prenez l'enfant. Ces cris me font horreur... Que ma mère ne s'aperçoive de rien !
(M^''" de Fontanges lui prend V enfant des mains, et le montre
au peuple, dont les cris redoublent.)
La Voisin (s' approchant de Voreiller de la marquise.) Ils crient fort, madame.
Pas assez fort! Quand le dauphin est né, ils ont fait un feu de joie dans la cour du château, avec les planches des salles basses, et les chaises à porteurs. Qu'ils crient plus fort! Voisin, ouvre ma cassette. Prends de l'argent. Jette-leur 1 (La Voisin obéit, et jette l'argent, du balcon. Le peuple hurle
de joie.)
Premier Courtisan (à mi-voix).
Tout ce bruit, parce que la jument du roi a mis bas un petit bâtard de plus !
Deuxième Courtisan.
Avec quelle arrogance cette catin triomphe !
Troisième Courtisan.
Seize ans n'ont pas épuisé son empire sur le Roi.
Second Courtisan.
Déjà seize ans, vraiment ?
LA MONTESI'AN 7
Troisième Courtisan.
Les dates sont écrites ici : le premier enfant et le dernier.
(// jnontrc Marie-Aube et l'enfant, quon emporte hors de la
chambre. Marie-Aube et i/"' de Fontanges sortent avec lui.)
Premier Courtisan.
Elle a été bien près déjà de tomber du pouvoir. Mais quand on la croit au moment de vider l'étrier, un hasard singulier vient refaire sa fortune et la remettre en selle.
Second Courtisan.
Ce n'est point naturel. Il faut qu'elle ait des puissances magiques, contre qui les moyens ordinaires viennent se briser.
Premier Courtisan.
Nulle autre magie que sa luxure ! Les recettes des courtisanes, voilà ses sortilèges.
Second Courtisan.
Non, non, il y a un mystère. Si l'on pouvait interroger les sorcières qui rôdent autour d'elle, on saurait bien des choses.
Premier Courtisan.
La formule de quelques onguents, de quelques aphrodisiaques !
Second Courtisan.
Riez, monsieur Tesprit fort. Vous ne croyez pas Diable ?
Premier Courtisan.
Toute femme est le Diable. Allons lui rendre hommage. (Ils vont baiser la main de la marquise. La plupart des courtisans partent peu à peu.)
M°" DE MoNTESPAN (reçoit les hommages avec une hauteur indifférente f les yeux soucieux et durs).
Où est la Reine? Pourquoi n'est-elle pas encore venue? (Il se fait un mouvement vers la porte d'entrée.)
Un Gentilhomme.
Madame, voici Sa Majesté.