‹ La MontespanChapitre 5 sur 20 · M- DE MONTESP.\N, ANGÉLIQUE DE FONTANGES · texte numérisé non relu

M- DE MONTESP.\N, ANGÉLIQUE DE FONTANGES

M""" DE Montespan (à J/"» de Fontanges).

Vous, venez !

('3/"* de Fontanges se jette au pied du lit et reste la figure cachée dans les draps.)

M"" DE Montespan.

C'est le Roi ?

('M"' de Fontanges se tait, immobile et tremblante.)

Regardez-moi !

(Elle la prend violemment par les cheveux, et la force à lever

la tète.)

M"' DE FONTANGES

Madame, vous me faites mal...

Réponds !

M'" DE FONTANGES

C'est lui.

(M'^' de Montespan gronde, et tord de colère la masse de cheveux, qu'elle lient à la main.)

M'" DE FONTANGES

Madame, je vais crier !

^iV"* de Montespan desserre son étreinte, se rejette en arrière sur son oreiller, soupire, puis se redressant :)

M™» DE Montespan.

Quand te l'a-t-il donné? où? comment?

M"» DE FoNTANGES (hésitant).

Madame...

M""* DE Montespan.

C'est hier, à Saint-Cloud, chez Madame.

M"" DE FONTANGES

Comment le savez-vous ? ■

M""» DE Montespan.

II me l'a dit.

M"® DE Fontanges.

Il vous l'a dit ? Le Roi ? Quand ?

M°" de Montespan.

Ce matin.

M"« DE Fontanges.

Ce n'est pas vrai ! Il ne vient pas sans que je le voie.

28 LA MO.NTESPAN

(M^' de Montespan fait un mouvement de menace. If'" deFontanges se recule peureusement.)

M*"* DE Montespan.

Ainsi, il t'aime?

M"* DE FoNTANGES (baissant la tête, parlant à peine ; tuais son orgueil déborde).

Oui,

M"" DE Montespan.

Depuis quand ?

M"« DE FontanGes.

Depuis deux mois.

M'"® DE Montespan.

Depuis que je suis malade ! Lâche ! — Comment Tas-tu connu? (M"* de Fontanges secoue la tête.) Tu ne veux point parler? — Que m'importe? Il ne t'aime point. Il s'est diverti de toi. Tu as amusé un instant son ennui.

M"" DE Fontanges.

Il ne m'aime point ? Ah ! Dieu ! J'en crois ses chères paroles, ses caresses passionnées... Il ne m'aime point? Que ne l'avez-vous vu, Madame, ici, à mes genoux, lui, ce grand Roi, baignant mes mains de ses larmes admirables 1

M""^ de Montespan friatit d'un rire forcé).

La niaise ! Dirait-on pas qu'elle pâme ! Voilà un bel amour ! Un vieillard infirme et dégoiltant ! Le spectacle touchant, que cet amoureux de cinquante ans, pleurant des larmes séniles aux pieds d'une petite guenille!.. Quoi! il s'est mis à genoux, tout de bon ? Comment a-t-il fait pour se relever? A-t-il appelé ses valets?

M'" de Fontanges.

Ah! comme on voit que vous ne l'aimez pas, que vous ne

ne l'avez jamais aimé ! Je vous méprise, je vous méprise î

Par quels honteux moyens as-tu réveillé ses sens ?

M"" DE FOM ANGES.

Je ne l'ai toujours pas pris, comme vous, en plein jour, dans une galerie ouverte aux passants !

M™* DE MoNTESPAN (saisissant brusquement le collier de

iif"' de Fontanges).

Donne-le moi !

M"* DE Fontanges (essayant de se dégager). Non!

M"' DE MoNTESPAN.

Je le veux.

M"' DE Fontanges (se débattant)

Vous ne l'aurez pas ! Vous ne l'aurez pas !

M"" DE Montespan.

Lâcheras-tu? Je te briserai les mains !

M"' DE Fontanges.

Vous me déchirez ! Vous m'arrachez les cheveux ..Ah ! cruelle !

M"* DE Montespan (arrache le collier).

Je l'ai !

M"» DE Fontanges.

Rendez-le moi I

Va-t-en !

M"' DE FONTANGES

Voleuse ! Je le crierai à tous. Vous m'avez volée ! C'est mon bien l

Tiens, le voilà, ton bien !

(Elle rompt le collier entre ses mains, et broie le médaillon sous un objet massif, un flambeau, placé sur la table auprès d'elle.)

M^'' DE FONTANGES

Ah ! (Concentrée.) Que cela est glorieux ! Que vous devez être fîère de votre œuvre ! Bête malfaisante et lâche !.. Mais tout ce que vous faites ne sert qu'à montrer davantage votre impuissance. Le Roi ne vous aime plus. Il me Ta dit.

M"* DE MoNTESPAN (se dressant menaçante).

Tais-toi!

M"' DE FONTANGES

Je me moque de vous. Nous avons ri de vous ensemble. Il m'aime. Je suis jeune. Vous, vous êtes une malade, une vieille femme !

fM"^' de Montespan rejette violemment ses draps, bondit hors

du lit, et saisit un couteau sur la table.)

M"^ DE FONTANGES

Ah ! que faites-vous ! Pardon ! Au secours ! (File fait un bond en arrière, et se sauve à l'extrémité de la chambre. La porte s'ouvre. Des gens paraissent et rega?'dent. i/°" de Montespan, debout, tremblante de froid et de colère, regarde iHf"' de Fontangcs avec mépris, jette le couteau par terre, et se recouche.)

M°* DE MoNTESPAN (avec une rage froide et violente).

Coureuse ! Câlin ! Hors d'ici î Je te chasse ! (Aux gens qui écoutent à la porte.) Qui vous a appelés ?

(Les gens se retirent.)

Un Gentiloomme.

Madame, le Roi.

i/"" de Fontanges se sauve en pleurant, les cheveux en désordre, if"' de Montespan saisit un miroir, et hâtivement se rajuste.)

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