‹ La morale appliquée a la politique, pour servir d'introduction aux observations sur les moeursChapitre 54 sur 116 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Des Hôpitaux.

Les recenseraens faits en 1 788 prouvent qu'à cette époque quarante -huit mille infirmes ou vieillards trouvaient un asile dans les hôpitaux , et qu'un nombre à peu près égal d'enfans abandonnés y étaient reçus ; vingt-cîuq mille malades étaient accouplés, deux à deux, dans une couche étroite, où ils faisaient un triste

192 LA MOKALE

échange de maux et de douleurs. A mesure que les palais , les couvens et les hôtels se multiplient , il faut augmenter le nombre des hôpitaux : ces déplorables résultats de l'inégalité des conditions ont diminué avec la cause qui les avait fait naître.

Tout établissement dont le but tend à affaiblir le besoin du travail et de l'économie , est par cela même immoral : c'est à Thumble foyer de la misère que la charité véritable vient s'asseoir; sans doute elle s'impose alors des devoirs plus pénibles , des sacrifices plus grands ; pour la plupart des hommes , soulager le malheur n'est qu'un moyen de s'en épargner la vue. « Il » est , a dit Duclos , peu d'ames assez dures » pour n'être pas touchées des maux d'autrui ; » mais il en est bien peu d'assez humaines pour » en être attendries. « Si cela n'était pas, détournerait-on si tôt les yeux de dessus l'infortuné souffrant; irait-on si vite en perdre Vidée dans des distractions frivoles ? Vous l'avez vu avec émotion , vous avez été affecté jusqu'aux larmes ; mais vous craignez qu'il ne vous fasse épropver ce sentiment pénible une seconde fois , TOUS ne le verrez plus.

APPLIQUÉE A LA POLITIQUE. igS

Quelque progrès que la sociëté humaine ait faits parmi nous depuis un siècle , je la crois encore aussi loin du but où elle peut atteindre que du point d'où' elle est partie ; sans doute il est des maux qui sont les conditions de l'existence politique : la morale et la philosophie doivent se borner à limiter le champ où ils s'exercent , et peuvent même tirer parti de leur influence maligne pour en accroître le bien-êfre général.

En présence de toutes les douleurs réunies dans une même enceinte , en parcourant ces salles où tant de maladies sont classées dans un si bel ordre , que la médecine paraît craindre d'en guérir quelques-unes qu'elle aurait de la peine à remplacer ; en voyant le pauvre mourir seul , Thomme de génie s.'éteindre sur un grabat , le jeune homme trahi par la fortune , dans les accès de la fièvre qui le dévore , demandant où sont ses amis ; sans doute , disais-je , en présence de pareils objets , tout ami de Thumanité , après avoir reconnu le besoin des hôpitaux , s'affligera d'y trouver partout le contraste de l'ostentation de la charité et de la parcimonie des secours ; il réclamera pour ces établissemens

If. 9

une part plus forte dans le budget ministëriel ; il demandera pour eux , aux riches mourans , des dotations qui ne passent pas par la maim des prêtres ; mais il joindra en même tems sa voix à la mienne pour bénir cette commission des hospices de la ville de Paris , qui compte y comme Titus , ses jours par ses bienfaits , et dont le zèle modeste dérobe à la reconnaissance publique des soins et des travaux qui n'ont pourtant pas d'autre salaire.

Page 1