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La morale chez les Chinois

La lui morale est écrite au fond de notre conscience ; il nous suffit de rentrer en nous-même pour la connaître. L’amour paternel, l’amour filial, l’amour du prochain, les notions du bien, du juste et du beau, ces éléments constitutifs de la loi morale, n’ont jamais été mis en doute par personne :

« Nous passons notre vie, dit M. Jules Simon, à nous disputer sur toutes choses, à mettre tout en question, à élever des systèmes dont celui-ci s’empare et qu’un autre renverse comme des châteaux de cartes ; il n’y a qu’un point sur lequel nous soyons d’accord, et c’est l’existence de la loi morale. Chacun la tire de son côté et prétend

l’approprier à ses instincts, à ses besoins, à sesconvoitises, mais personne ne la nie. On l’invoque même en la violant. On ruse avec elle, on la déguise, on la voile ; mais on ne la nie pas. » La loi morale appliquée à la société a fait naitre des règles conventionnelles pour déterminer les droits et les devoirs réciproques, et ramener la conduite de chacun à l’intérêt de tous. Elles reposent sur ces deux axiomes primordiaux : ne pas faire à autrui ce que nous ne voulons pas qui nous soit fait ; — faire à autrui ce que nous désirons qui nous soit fait. » Mais leur application a dû varier au gré des événements, des circonstances, des temps et des climats ; et, partout, l’égoïsme armé du pouvoir et de la richesse, a institué des privilèges et des exclusions arbitraires; il s’en est suivi entre les hommes de même race, de même pays, de même société une ligne de démarcation tellement tranchée qu’on dirait des espèces différentes. Le mouvement civilisateur de notre époque tend à l’adoucir, sinon à la faire complètement disparaître.

11 est intéressant d’examiner le rôle de la loi morale dans l’histoire politique, dans les institutions, les coutumes et les croyances d’un peuple ; car c’est là qu’on découvre les traits caractéristiques de sa civilisation particulière.

Cet examen porté sur la nation chinoise nous révèle un fait unique dans les annales humaines, le fait d’un civilisation développée en dehors de toute inspiration religieuse, et fondée uniquement sur la morale. Le plus grand héros de la Chine n’a été ni un législateur, ni un roi, ni un prophète, mais un. simple moraliste dont les maximes, dictées par le bon sens universel, conviennent à tous les temps et à tous les pays. Khoung-tseu (Confucius) s’est contenté de prêcher les vertus de la famille et de l’humanité comme condition du bonheur individuel et comme base d’un bon gouvernement, et il est remarquable que l’apogée delà civilisation chinoise a coïncidé avec la propagation florissante de son enseignement, tandis que la déchéance de l’une a suivi de près l’abandon de l’autre.

Les récents démêlés du Céleste Empire avec 1a. France et l’Angleterre ont fait ressortir cette déchéance ; mais il faut reconnaître qu’elle est due principalement à la domination tartare. La cupidité, la perfidie, la dissimulation, la cruauté même, sont les vices d’un peuple opprimé ; et lorsque les mœurs et les idées européennes auront pénétré en Chine, elle les adoptera et en profitera d’autant mieux qu’elle y saisira des points nombreux de contact avec l’enseignement de ses philosophes, avec ses traditions morales : c’est ce que j’ai voulu démontrer dans ce livre.

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