NOTICES
Concernant Philippe III, Roi d'Espagne, et Dom Carlos , son frère aîné.
La lithographie 3 représente le supplice expiatoire de Phiiippe III , roi d'Espagne , prince faible et superstitieux. Il consentit à se laisser tirer une palette de sang par les bourreaux de l'Inquisition à Madrid, pour avoir montré de la pitié dans un auto-dafé où plusieurs condamnés furent brûlés vifs en sa présence. Les inquisiteurs cruels et inhumains, lui firent un crime de ce mouvement, de compassion , et ils jetèrent le sang du Roi dans un bûcher ardent.
Ce fait, attesté par plusieurs auteurs digues de foi, est traité de fable par M. J. A, Liorente, au tom. III, pag. 20, de son Histoire critique de V Inquisition d'Espagne, imprimée à Paris en 1817. Cet auteur prétend èlre cru de préférence, parce qu'il a composé son ouvrc ge d'après des pièces tirées des archives de l'In-
quisition ; mais dans certains cas ce serait une raif son de plus pour ne pas y ajouter foi. En effet, peuton accorder toute confiance à des inquisiteurs qui donnèrent si souvent des preuves de mauvaise foi dans les actes de leur infâme tribunal ? Quoi qu'il en soit , M. Tjlorente ( tom. îll , chap. 27 , ) ne révoque point en dout.'^ les autres procès intentés par l'Inquisition contre divers souverains et princes , tels que Dont Jacques de Navarre : Jean Pic , prince de la Mirandole : le duc de Vaientinois : la reine de Navarre et ses enfans: le duc de Parme , etc. 3 etc. , ainsi que les tentatives de procédures contre le prince Dom Juan d* Autriche, à l'instigation du jésuite Nitardo , grand inquisiteur, et depuis Archevêque d'Edèse.
Je dois prévenir mes lecleuis , que {e n'avais pas lu l'histoire de Tinquisition par. M. Llorente , lorsque j'ai fait mention , ci-dessus, page 353 et suivantes, de la fui tragique de Dom Carios , fils du Roi d'Espagne Philippe II. Mais je vois encore que M' Liorente traite de romanciers les dilFérens auteurs qui ont attribué la mort flé'wee ieune prince aux intrigues et aux procédures secrètes des inquisiteurs d'Espagne; et qui considéraient Dom Carlos comme le plus grand ennemi de l'inquisition , et dont ils avaient juré la mort. Ce [Uibunal exécrable parvint , d'une part, à pervertir le roi Philippe, Il , en le rendant superfetideux et cruel , et en étouffant en lui les sentimens de la nature ; et d'un autre côté , pai le raiTinement d'une cruauté infernale, ils excitèrent le désespoir dans l'âme d'un jeune prince vif et bouillant , au point de «c rendre pour ainsi dire fou. Ce tribunal n'aura donc admis dans ses archives que des pièces conformes à ses vues , et M. Llorente ne s'est pas aperçu que les témoignages des différens auteurs contemporains et dignes de foi qui ont rapporîé le fait d uis un sens différent de celui
adoplé par les Inquisiteurs, pouvaicntau moins balancer l'opinion de ces prêtres corrompes , accoutumés au mensonge, à l'imposture, et altérés de vengeance et de sang.
On s'aperçoit enfin, en lisant l'ouvrage de M. Llorente , que cet auteur a dit , il est vrai , de grandes vérités sur l'inquisition ; mais qu'il n'a pas dit toutes les vérités, et qu'il semble avoir, en quelque sorte par habitude , ménagé ce tribunal si digne de l'exécration publique. Cependant on doit beaucoup de reconnaissance à M. Llorente d'avoir publié ce qu'il savait sur le tribunal de l'inquisition. Il a ainsi effacé la honte et le regret qu'il doit éprouver, d'avoir été , comme malgré lui sans doute , un des Employés de ce tribunal odieux.