‹ La morale dans la démocratie (volume 2)Chapitre 2 sur 43 · I. WlM · texte numérisé non relu

I. WlM

kist H T 1863 Mais Télat de ma santé ne m'ayant

permis de terminer, dans l'hiver de 1864, tout le cours

que j'avais annoncé je fus Forcé <!«' m'arrêter après la sixième

je fis <1«' la S( irtie de mon programme, la

publique, l'objel d'un second cours l'hiver suivant

1865 l . C'est la rédaction «le ces deux cours que le |

sent volume offre au lecteur.

Je p nu. h- intituler i ons, suivant une expression aujourd'hui cons ! ndanii . ï\ ai en effet posé, dès le début, le principe de l'autonomie il«i la morale; aussi, lorsque se fonda, en 1865, le journal qu lit l'organe de ce principe, put-il reproduire, comme une adhésion <l«i ma part, une partir <l<' ma première leçon, que la li i avait récemment publû établi nettement, dans cette première leçon, que la morale est, indépendante, non-seulement de tout me Ihé mais mêmede toute métaphysique,

à-dire « ar il faut ici bien pn ette express «un prête

à l'équivoque de tout système sur l'essence, 1 le et la

destinée ultérieure de l'âme, sur la natun D i et Mil rapp ris avec le monde et ava l'humanité ; et, dans toute la suite de mes leçons, je me suis montré fidèle à ce principe «'ii .-. artanl toute < "H Lion empruntée à l'ordre des spéculations purement métaphysiques ou transcendantes. On ne trouvera rien dans ce cours de morale qui ne s,,it exai lérivé de la nature 1 1 1 «^ 1 1 1 * • de l'homme, telle que la In révèle et que ! n; i ien

AVANT-PROPOS. fil

par conséquent que ne puisse admettre quiconque s'interroge lui-même, quelque opinion qu'il professe d'ailleurs en matière de religion ou de métaphysique. C'est là précisément le résultat que j'ai voulu atteindre, me proposant en cela le but poursuivi par la philosophie du xviue siècle et par le grand moraliste qui la si admirablement couronnée, Immanuel Kant.

Est-ce à dire que je ne reconnaisse aucun lien entre la morale Bt la métaphysique? Je pense, au contraire, comme le philosophe que je viens de nommer, qu'il est nécessaire de rattacher la morale elle-même à un principe suprême où elle trouve son couronnement et sa sanction, et de l'idée duquel elle reçoit une nouvelle force. Seulement je crois qu'au lieu de dériver la morale de la métaphysique, il faut commencer par l'établir dans toute son autonomie, parce qu'en procédant ainsi on la fonde sur des bases soin inébranlables, indépendantes de toutes les hypothèses controversées par lesquelles on peut chercher à résoudre les problèmes métaphysiques, .rajoute d'ailleurs (pie, s'il est quelque lumière propre a éclairer ces obscurs et Insondables problèmes l . c'est surtout du foyer de la conscienoe morale qu'elle doit jaillir. Non-seulement, comme l'a dit tout récemment un M'ai penseur Laugel, Problèmes de F âme y p. 162 , a m le destin est obscur, le devoir est clair » ; mais à son tour le devoir projette sa clarté sur la nuit «lu destin.

le no mus pas non plus de ceux qui refusent toute salutaire influence! toutes les religions positives; je reconnais, au contraire, que si trop souvent ces religions dénaturent la

i l'expliquerai ma façon 4e peu dont l'introduction qu

ire pour m. i on, aujourd'hui imprimée, »!«■ U Critiqué de la i

pttj

mu w uit-prow s.

morale, biles en peuvent être aussi el en sont parfois réelfo- Fiit-nt de bienfaisants auxiliaires. Il j a une espèce de christianisme, celui, par exemple, d'un Channing, qui ne mérite que les sympathies des philosophes e! les bénédictions «lu genre humain. Certes, si ce christianisme si profondément moral et si largement humain avait fleuri au temps de Voltaire, -m lieu de ce catholicisme intolérant, fanatique, pe cuteur, avide de richesses el de pouvoir, <j ne < e ^ran<l delenst ur «h- la raison et de l'humanité trouvai! en face de lui, il n'aurait

pas pousM: m m (ii (lr l: u« tic : « K< rasons I infâme I "Il est \ rai

que ce christianisme-là est bien rare, même de nos jours, malgré les généreux efforts du protestantisme libéral : que l'infâme attaqué par Voltaire n'est pas encore tout h fait écrasé ; et qu'il voir tout ce qui se dit el se fait sous nos yeux au nom du Christ «'i au nom de Dieu, ou comprend l'impopularité qui s'attache aujourd'hui aux idées religieuses. Mais que le christianisme, s inspirant de l'esprit de l'Évangile, saul a 1 interpréter suivant l'esprit moderne, ramène l'essentiel de la religion h la morale, et la morale à la grande loi de la fraternité humaine; qu'il fasse rentrer, comme le demandait Kant, après Loke et Rousseau, la religion dans les limites de la raison; qu'il prêche ainsi, sous une forme religieuse et avec l'autorité d'un livre consacré par la vénération des sni- < les, la morale la plus pure <ii la plus large; et la philosophie ne pourra que lui iMn* reconnaissante des services qu'il rendra a l'humanité par 1rs moyens qui lui sont propres l).

le ne voudrais donc pas que l«'s partisans de la morale m

(I) J '.Hii.ti m Jour, m publiant la Induction de l'ouvrai mt auquel je >

lUaakm, .itrr, iyoc tout le développement • .<\ 1»

■t\ m. lr question qui' je il.' pui» ii i qu'indiquel en | J ml.

AVANT-PROPOS. El

dépendante se montrassent trop exclusifs : ils méconnaîtraient ainsi des aspirations indestructibles et des besoins qui demandent leur satisfaction ; mais ils ont, en tout cas, raison de vouloir, non-seulement affranchir la morale de tout dogme théologique, mais encore la mettre à l'abri des controverses métaphysiques, en la puisant directement aux sources de la conscience, c'est-à-dire en la dérivant de la nature humaine. Ceux qui repoussent cette méthode ne s'aperçoivent pas qu'ils la suivent eux-mêmes dans leurs jugements moraux. Ils jugent leurs semblables et leur propre conduite en consultant leur conscience, indépendamment de toute opinion religieuse ou métaphysique; et, s'ils veulent représenter à un coupable la faute qu'il a commise, ils ne lui demandent pas s'il est juif ou chrétien, catholique ou protestant, matérialiste ou spiritualité, déiste ou panthéiste, mais ils font appel à sa conscience. Tout le monde fait de la morale indépendante, comme M. Jourdain faisait de la prose, sans le savoir.

Mais il ne suffit pas de prouver la vérité théorique de la doctrine qu'un désigne sous le nom de morale indépendante;!] est surtoul nécessaire d'en montrer l'efficacité pratique. Or, pour cela, il faut que les partisans de cette doctrine se lassent àeuxmémes, de l;i morale, une sorte de religion, qu'elle devienne pour eux l'objet d'un véritable culte, qu'elle les pénètre tout entiers. On croit souvent que tout sera tait quand <>n aura pu enseigner la morale a tous les bommes sous une forme rationnelle. Ce n'est la qu'une partie de la tâche. Une claire et nette connaissance «les feules est sans doute chose fort importante, mais il s'agit surtout de les faire passer dans les mœurs. La science ici n'est rien suis la pratique, et la pratique exige une culture morale assidue qui a'esl plus seule-

\\ UtT-PROP

nient qm affaire d'intelligence, mais qui développe 00 n- 1 l'amour <lu bien et eo lait le mobile de not

Malheureusement cette culture morale ( qui manq le plus au sein de n étés I a la fièvre des pis

un des affaires. La réflexion, 1»* retour mu soi-même, f amendement intérieur, le perfectionnement moral, œ sont la les

choses auxquelles ou mui^i' le moi

1 • pourtant c'est surtout s la d< • qu'est 1

ce 1 jlte de la morale. Hua elle émancipe les hommes, plus il importe qu'ils apprennent à se gouverner eux-mêmes, autrement, comme disait Fichte ( fl

française, p. M de ma traduction . • ils ne sortiront des cachots du despotisme que pour s'entre-tuei débris

de leurs obatnes», ou, sjouterai-je, pour retomber sous le joug de Douveaui maîtres encore plus despotiques que les anciens. le ne vois pas comment, sans morale, la démocratie pourrait éviter de devenir la proie du césarisrae. J'entends beaucoup parler de l'intérêt bien entendu, et je reconnais que l'intérêt bien entendu a en général plus à perdre qu a gagner au despotisme; mais l'intérêt personnel, o'esl koujou

sme, el I égoïsme est «l»1 sa nature aveugle et làch< l m tout cas, sur une telle base qu'on < jamais

quelque chose de grand et de solide parmi lea hommes ( 1 «lu monde le désintéressement, l'abnégation, le dévouement, i< riflee de soi, l'héroïsme, en on mol la vertu, que vaut et que devient l'humanité? On déplore ave< raison rai sèment (1rs aines et l affaissement «I' fei -

nions pas les sonnes 1 ipahles île les \ i vilier H de les relever.

I ellei sont les i,|, rs qui ont ins] 1 1 que je

AVANT-PROPOS. xi

voudrais propager. Non-seulement la grandeur, mais le salut de la démocratie en dépendent. 11 n'y aurait rien de pire pour elle que de repousser le remède, faute de vouloir reconnaître le mal ; ce serait le comble même du mal. Je ne saurais croire que la démocratie européenne en soi! la : mais il lemps qu'elle s'attache résolument aux principes et aux mœurs qui seuls peuvent la sauver de l'abîme du césarisme.

Genève, 1er avril 1868.

Jules Bar m.

Page 1