Doctrine de la Vertu (Barni, p. 71 sqq
sort par cela même de Thumanité et tombe au rang de la bête. Il perd cette dignité qu'il est du devoir de l'homme de sauvegarder partout et toujours. 11 est donc, pour la Loi morale, un coupable.
Considéré comme existence morale l'homme, a, de même, trois fautes capitales à éviter; le mensonge, l'avarice et la bassesse ou fausse humilité. — Mentir! le plus grand des vices, et peut-être aussi le plus fréquent, celui qu'on doit éviter partout et toujours, malgré les sophismes par lesquels on a voulu justifier les mensonges humains, utiles ou nécessaires. N'est-ce pas, en effet, la plus grave des atteintes à la dignité humaine, par conséquent la plus grande des fautes, que cet usage de la parole qui fait de nous une simple machine à prononcer des mots différents de notre pensée? Y a-t-il un cas où nous traitions davantage, en nous, l'humanité comme un simple moyen ? Rien de moins rare pourtant que le mensonge dans la vie humaine. Mieux encore; non contents de mentir aux autres, nous nous mentons à nous-mêmes ; « comme lorsque nous faisons semblant de croire à un juge futur du monde, alors que nous ne trouvons pas en nous cette croyance, mais que nous nous persuadons que nous n'avons rien à perdre et tout à gagner à la professer, en nous plaçant par la pensée devant celui qui sonde les cœurs, afin d'obtenir ainsi sa faveur dans tous les cas. » — L'avarice (et Kant l'eiitend au sens non d'avidité mais de ladrerie) est également un vice, car elle est une soumission sermle et indigne de l'humanité aux biens de la fortune — Il en est de même de cette attitude rampante que prennent certains hommes devant les puissants du jour. On là* confond parfois avec l'humilité. Elle n'est que bassesse.* Et, sans doute, il y a une humilité qui est une vertu ; c'est celle qui naît de la comparaison entre ce que nous devrions être et ce que nous sommes. Mais la fausse humilité, celle qui consiste à rabaisser sa propre valeur morale
LA MATIÈRE DE LÀ ,Vir*,'MÏHr^Lï: ' .- i 101
pour obtenir la faveur d'autrûi j&st^biârîHJfféîénieJC^îJjjelà est coupable. L'homme sé'ddiVcféhe'pas'laïssèr fouler aux pieds ses droits méconnus. 11 se doit de ne contracter aucune dette de reconnaissance inutile. Il est indigne de lui de gémir dans la souffrance ; et Kant va jusqu'à condamner, pour la même raison, la prosternation devant les autels et les statues saintes.
Or, pour éviter toutes ces fautes, il est indispensable que l'homme soit, pour lui-même, un juge intègre. D'où un nouveau devoir : celui de se livrer à de continuels examens de conscience. En fait, tous, nous avons une conscience morale. Elle nous juge. Mais, pour donner toute leur force à ses injonctions, il ne suffit pas que nous les considérions comme issues de nous seuls. La conscience est notre accusateur. Gomment prendre au sérieux un tribunal où l'accusateur et l'accusé seraient la même personne? Nous devons donc, pour que nos examens de conscience aient la portée qu'ils doivent avoir, nous y représenter les ordres du devoir comme s'ils venaient d'un autre que nous. Comme, d'autre part, un être ne pourrait donner à l'homme des ordres moraux s'il n'avait la puissance de les faire respecter, nous devons nous représenter la conscience comme si elle était la voix d'un être extérieur et tout puissant, d'un Dieu. — Et ceci ne veut pas dire que ce soit un devoir de croire en Dieu. Au contraire, Kant affirme formellement que ce n'en est pas un. Ce qui en est un, c'est de concevoir les impératifs moraux comme s'ils venaient d'un juge suprême qui les aurait imposés a l'humanité. C'est là un devoir; car l'homme doit donner aux prescriptions de sa conscience toute la force dont elles sont capables. C'est là un devoir envers nous-mêmes : car l'homme peut l'accomplir en dehors de toute religion, et, s'il le doit, c'est parce qu'il se doit à lui-môme des motifs aussi forts que possible d'obéir à la Loi.