Ibid. (Barni, p. 131, en note
volonté. Mais alors, puisque le devoir ne peut exister que pour une volonté libre, puisque, d'autre part, une volonté libre ne peut recevoir sa loi d'autre chose que d'elle-même, il faut donc, pour s'expliquer le devoir, admettre que son origine est dans une décision de la volonté libre qui se l'impose à elle-même par un acte d'absolue spontanéité *. On ne comprend le devoir que si la volonté que Kant assimile à la Raison pratique2 est l'auteur de ses propres pricipes, que s'il est lui-même un produit de l'autonomie du vouloir. La recherche de sa raison d'être conduit à postuler la liberté, comme la constatation de sa présence forçait d'y croire. Une seconde fois, la liberté et le devoir apparaissent donc comme deux termes que rien ne peut séparer, et tels que la connaissance du second force à croire en la réalité du premier.
| A priori et par le simple raisonnement, nous ne pouvions donc prouver la réalité de la liberté. En revanche, nous ne pouvons réfléchir sur le fait du devoir sans être contraints d'y croire et de la postuler. Un être qui reçoit un ordre ne peut manquer de se croire capable de l'exécuter. Il peut encore moins comprendre l'exis-
1. « Il faut donc qu'elle (la raison) se considère comme étant elle-même, indépendamment de toute influence étrangère V auteur de ses principes » (Fond, de la Met. des mœurs, Barni, p. 101). — Cf. également, Crit. de la Raison pratique :1a note de la page 131, Fond, de la Met. des mœurs, p. 89 : « Ce n'est sans doute point en tant qu'elle est soumise à la loi morale qu'elle (la personne) a de la sublimité, mais en tant qu'elle se donne cette loi à elle-même et n'y est soumise qu'à ce titre, etc. ». D'ailleurs le mot autonomie et l'assimilation de la Raison pratique et de la volonté achèvent de prouver ce que nous avançons ici. Car voici ce que Kant dit de cette raison : « La Raison pure est pratique par elle seule et elle donne (à l'homme) une loi universelle que nous appelons la Loi Morale. » (Crit. de la Raison pratique, p. 176.)
2. Cf. Fond, de la Met. des Mœurs (Barni, p. 102). La raison « comme raison pratique ou comme volonté d'un être raisonnable doit se considérer elle-même comme libre ».
LA FORME DE LA VIE MORALE
tence chez lui d'un tel ordre, s'il ne conçoit pas qu'il se l'est imposé à lui-mêmef Le devoir suppose, par conséquent, par deux fois, l'autonomie du vouloir. Comment donc l'homme qui trouve en lui la Loi morale pourraitil éviter de se croire doué d'une volonté autonome? L'hypothèse de la liberté de la volonté est une hypothèse fatale, une hypothèse nécessaire. Elle accompagne et accompagnera toujours la conscience du devoir et la réflexion sur sa nature. L'homme ne peut constater en lui la présence d'une obligation sans admettre sa propre autonomie.
Et cette croyance est légitime, à la condition qu'elle se complète par la connaissance des cas où la liberté est possible. Un homme qui se supposerait libre dans son action à travers l'espace et le temps, c'est-à-dire comme phénomène, serait, en effet, nécessairement dans l'erreur. Nous en avons assez montré les raisons. Mais si, en se considérant comme libre, l'homme s'attribue simplement une liberté nouménale, si, tout en se croyant déterminé comme phénomène, il se suppose pourvu d'une autonomie du vouloir clans sa seule existence réelle, qu'est-ce qui pourra jamais le convaincre qu'il se trompe ? La Critique de la Raison pure spéculative laisse possible la liberté du npumène, s'il existe. La Raison pratique, la Loi morale, manifeste, par sa propre existence, la légitimité de la croyance inévitable à l'existence et à la liberté de ce noumène. Et, sans doute, nous ne savons pas plus clairement, après la Critique de la Raison pratique qu'après la Critique de la Raison pure spéculative ce qu'est la liberté nouménale1. Mais nous nous apercevons qu'il nous est impossible de n'en pas postuler l'existence, parce que, si nous ne l'admettons pas, le devoir est inexplicable en nous, et parce que, si nous l'admettons, il est expliqué. La réalité du