‹ La morale de l'évangile comparée aux divers systèmes de moraleChapitre 1 sur 6 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Ces pages sont la reproduction des leçons que nous avons faites à la.Sorbonne en 1854.

Nous ne dirons pas qu'en les publiant nous avons cédé aux instances de nos amis. Nous avons fait mieux ^ nous avons écouté la parole de Tillustre prélat qui nous avait prié de nous charger de ce cours et qui nous a donné mission pour le faire. Il a jugé que ce qui avait été bon à entendre pouvait aussi être bon à lire.

D'ailleurs , si grand que soit un auditoire , on ne s'adresse jamais qu'à quelques centaines d'hommes, et par l'impression on parle à une multitude sans nombre, si on a le bonheur de se faire lire.

Nous avons espéré ce bonheur, puisque nous avions eu celui de nous faire écouter. Le succès des leçons, qui a dépassé notre attente , nous a semblé promettre le succès du livre, et c'est pourquoi nous avons consenti à le publier.

Ceux qui nous ont fait l'honneur de suivre ce cours reconnaîtront certainement ce qu'ils ont entendu, bien qu'il y ait des changements assez notables dans la manière d'exposer et dans le style. Ces changements ne viennent point du sujet ni de notre volonté, mais de la position autre où l'on se trouve en parlant et en écrivant.

On ne parle point comme on écrit, et on n'écrit point comme on parle. Tous ceux qui sont capables de parler et d'écrire le savent bien.

Parler, c'est improviser des phrases, un discours sur une suite de pensées préparées d'avance , ou qui s'enchaînent au moment même 5 car dire des phrases de mémoire, ce n'est pas parler, c'est réciter.

^i AVANÏ-PROPOS.

Or, celte manière de dire, ou d'exposer ses pensées, a ses avantages et ses inconvénients.

Ses avantages , c'est d'être puis vive, plus chaude, plus abondante, plus émouvante. Libre dans son allure, la parole improvisée s'insinue mieux dans Fesprit, dans l'âme de l'auditeur; elle se plie, s'accommode, se proportionne à l'état présent de ceux qui l' écoutent , et elle établit entre eux et l'orateur un rapport plus actuel et plus intime.

Ses inconvénients, c'est d'être diffuse, vague, incorrecte; c'est d'être souvent longue à se mettre en train, et pour ainsi dire à quitter le port, jusqu'à ce qu'une brise favorable vienne enfler sa voile et la pousser au large , et alors elle se balance , et flotte mollement sans avancer. C'est surtout de se répéter, ce qui n'est pas toujours un mal quand on enseigne , si l'on reproduit la même pensée en d'autres termes, qui ajoutent quelque chose à ce qui a été dit. Puis les digressions, les écarts inévitables , quand on est entraîné par le flot de la parole ou des idées ; car, dans la position critique de celui qui parle d'abondance, et qui doit avant tout ne pas hésiter, et surtout ne pas rester court, quelque bien qu'il soit préparé, et même quand il tient ferme la chaîne de ses pensées, il y a cependant des moments d'entraînement oii le lil du discours se perd, où quelque chose d'inattendu vient à traverser, à s'intercaler, et alors il se forme parfois des hiatus , des lacunes qu'il faut combler, ce qui amène du remphssage.

Nous n'avons pas le temps de dire ici tous les hasards, toutes les chances , tous les périls , et ainsi tous les inconvénients de la parole improvisée. Nous le ferons peut-être un jour ailleurs, en exposant aussi ses avantages.

Ce qui est certain, c'est que la plus excellente improvisation, et la plus fidèlement reproduite, n'est pas lisible, bien qu'on ait eu grand plaisir à l'entendre. Aux oreilles de l'auditeur, et par son apparition rapide et saisissante, le discours faisait de l'effet, à cause de l'action oratoire, et surtout par l'autorité ou la grâce du débit. Aux yeux du lecteur, qui n'est plus sous le charme , qui voit les idées dans des caractères morts, au lieu

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de les entendre retentir en mots sonores et au milieu du prestige d'une voix harmonieuse, et qui de plus, en tenant le livre dans ses mains , a tout le temps de peser les idées et de mesurer les phrases, il y a souvent du vide, du vague, du décousu, de la diffusion, de rincorrection.

Si cependant le plan du discours improvisé a été sohdement construit et médité sérieusement, la trame subsiste et se fait voir au fond^ les idées paraissent , mais l'expression en est comme ébauchée. C'est un dessin à gros traits qui a besoin d'une certaine distance et d'un peu d'illusion pour produire son effet.

Ces réflexions arrivent en passant, afin de faire comprendre le travail que nous avons dû faire pour rendre ces conférences lisibles.

Il fallait donner plus de fermeté à l'exposition des idées, et en même temps la finir dans le détail. Le style avait besoin d'être resserré, châtié, fortifié-, il avait besoin de devenir style, au lieu d'être un langage courant.

C'est ce que nous avons tâché de faire, sans ôter cependant à ces discours la simphcité, la vivacité et l'entrain que l'improvisation a pu y mettre , et qui font le charme particulier de l'enseignement.

Bref, nous n'avons pas voulu faire un livre ^ nous avons seulement désiré, par une rédaction plus soignée de ces leçons et en les livrant à l'impression, agrandir pour ainsi dire notre auditoire, en faisant participer plus de monde aux vérités qui y ont été exposées.

Puissent nos lecteurs nous être aussi favorables que nos auditeurs! Nous avons fait tout ce qui nous a été possible pour mériter leur attention.

Chaque leçon, avant d'être faite, avait été sérieusement préparée. Les plans écrits, qui nous ont servi de texte, en font foi ' . Nous avons toujours parlé sur une suite d'idées bien arrêtée , dont le discours improvisé a été le développement.

1 Voir à la fin du volume.

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