‹ La morale de l'évangile comparée aux divers systèmes de moraleChapitre 4 sur 6 · PLAN GÉNÉRAL DU COURS · texte numérisé non relu

PLAN GÉNÉRAL DU COURS

L'objet de ce cours est une introduction à la théologie morale, c'est-à-dire à une exposition dogmatique de la morale chrétienne.

Le but de cette introduction est de convaincre nos auditeurs par une démonstration rigoureuse, que la morale chrétienne est la plus excellente des morales qui ont eu cours parmi les hommes.

Il y a deux manières principales de le démontrer :

La première consiste à prouver que la morale évangélique est révélée. Donc, si elle vient de Dieu directement, si elle est une parole divine, elle est supérieure à toute doctrine humaine, qui est un produit de la raison de l'homme.

Mais cette démonstration suppose elle-m.ême la révélation démontrée , et elle ne vaut que pour ceux qui croient à la révélation.

La seconde manière prend la morale évangélique comme un fait, ainsi que les autres morales, et alors la considérant en elle-même et par comparaison avec les autres, elle en fait ressortir la supériorité.

Cette méthode est plus philosophique , et comme elle procède à posteriori, et part de l'observation des faits, elle est plus adaptée à l'état actuel des esprits.

C'est celle que nous suivrons dans cette introduction.

Mais il est évident que pour juger quelle est la plus excellente des morales, il faut d'abord avoir un critérium , une pierre de touche, pour discerner la meilleure entre toutes ; autrement nous ne savons pas ce que nous cherchons, et nous n'avons aucun moyen de le trouver.

Donc il faut poser d'abord l'idée ou l'idéal de la morale tel qu'il ressort du bon sens, de la conscience, des croyances du genre humain et du consentement universel des peuples.

C'est par là que nous commencerons.

Alors nous analyserons chaque doctrine en elle-même, et telle qu'elle sort du système philosophique ou de la dogmatique, dont elle émane, et qu'elle réahse.

Nous dirons d'abord' pourquoi il y en a plusieurs, et comment chaque système, fondé sur un point de vue de la nature humaine, qu'il prend pour l'homme tout entier, est par cela même partiel et exclusif. Dieu seul connaît universellement.

Puis nous ferons comparaître successivement les doctrines principales :

1° La morale de la sensation, ou le sensualisme ;

2" La morale du sentiment et de l'imagination;

3° La morale de la raison, ou le rationalisme moral dans ses deux branches , le rationalisme inférieur, ou la prudence humaine, morale de l'intérêt et du juste milieu ; le rationalisme supérieur ou pur, morale de l'autonomie de la raison — stoïcisme— kantisme;

4° La morale de l'idéalisme, ou le platonisme ;

5° Enfin le scepticisme, l'éclectisme et le panthéisme , aboutissants inévitables de la pensée humaine, livrée à ses seules lumières.

Étant prouvé que toutes ces doctrines ne satisfont point à Tidée ni aux conditions de la vraie morale, nous procéderons par voie d'élimination, et il ne restera plus en face de nous que le christianisme.

Alors nous l'examinerons en lui-même, et nous verrons que la morale évangélique accomplit toutes les conditions de la vraie morale. — Donc elle est la morale par excellence, celle que nous devons apprendre à connaître et pratiquer.

Quel travail. Messieurs ! quel circuit pour arriver par la science à une conclusion, que la foi donne tout d'abord, à savoir que la morale chrétienne, étant la parole de Dieu, est parfaite.

Après tout ce travail, nous ne sommes pas plus avancés, quant au résultat, que le dernier des chrétiens , qui trouve sa science dans sa foi.

Mais ceux qui ont perdu la foi par la science doivent la retrouver aussi par les labeurs de la science; leur esprit ne peut plus obtenir sa véritable nourriture, le pain de la vérité, qu'à la sueur de leur front.

Le but de notre enseignement est de les y aider ; les ramener à la foi par la science est notre désir le plus vif, notre plus chère espérance.

Pour apprécier les doctrines diverses, il nous faut une mesure. Cette mesure est Vidée de la morale, que nous allons dégager du bon sens, de la conscience, des croyances générales et du consentement commun des hommes.

D'abord, qu'est-ce qu'une idée?

Théorie platonicienne et chrétienne. — Platon et saint Augustin.

— Idées de l'entendement divin imprimées par la création dans les êtres créés. — Réfléchies dans l'entendement humain par la lumière divine qui l'éclairé, et qui fait son intelligence.

Comment l'idée se forme en nous. — En quoi elle diffère de V image et de la notion.

Les caractères de l'idée sont l'universalité, l'absoluité, l'immutabilité.

Appliquons au cas présent et faisons sortir l'idée des faits.

La morale est la loi qui règle les mœurs, c'est-à-dire les actes et les habitudes des hommes.

Tout dans la création est disposé et gouverné par la loi.

Mais chez l'homme il y a cette différence, que la cause de ses actions est intelligente et libre, c'est-à-dire vraiment cause.

Ce que c'est que la volonté humaine. — Quelle est sa règle , sa loi?

Qu'est-ce qui empêche l'homme de suivre sa loi?

En lui-même, le corps, sa tendance et ses instincts. — Lutte dans sa personne entre la loi du corps et celle de l'esprit.

Au dehors, les mfluences qui excitent les appétits et les convoitises de la chair.

Donc si l'homme est placé entre deux lois qui le tirent en sens contraires, l'une veut le bien, l'autre veut le mal.

Qu'est-ce que le bien, qu'est-ce que le mal ? ExpHquons l'un et l'autre par les faits.

Nous sommes destinés à vivre en spciété, et la société ne peut

subsister que par Tordre, par la justice ou par le respect des droits de tous.

Le mal est donc la violation de ces droits.

Qui nous porte à les violer ? les appétits, les passions, ou le désir de nous satisfaire, même aux dépens des autres, c'est-àdire Végoïsme.

L'égoïsme est donc le principe du mal.

Que doit donc faire la morale, dont la fin est de faire régner l'ordre, la justice ou le bien ?

Elle doit combattre l'égoïsme naturel ou réfléchi, et le soumettre à la règle, le dompter.

Pour cela il faut : 1^ le contenir dans les limites de la justice, et lui enseigner à respecter les droits des autres pour qu'on respecte les siens ; de là ce premier précepte : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'ils te fassent.

T Après ce précepte négatif, cet autre, qui est positif et qui le porte à se relâcher de son droit pour autrui, mais encore par la réflexion de son intérêt propre : fais pour les autres ce que tu voudrais qu'ils fissent pour toi.

Donc, si l'homme devient meilleur à mesure qu'il prend sur son égoïsme , il sera parfait quand il l'aura dompté entièrement, c'est-à-dire quand il n'agira plus qu'en vue de la justice et pour le bien , et quand sa volonté en sera devenue le docile instrument.

Alors seulement il ressemblera parfaitement à Dieu, dont il est l'image.

Telle est la perfection morale, dont les caractères sont le désintéressement, le dévouement, la charité : c'est l'héroïsme en morale.

Dans tous les temps les hommes, les peuples ont admiré cet héroïsme et l'ont divinisé. Les païens mettaient au rang des dieux ceux qui le pratiquaient. L'Église chrétienne en fait des saints.

Considérons cette vérité dans la vie publique, dans les sociétés. Qu'est-ce qui les fonde et les maintient? La justice, l'ordre, le respect des lois.

Qu'est-ce qui les agrandit et les glorifie? Le patriotisme, c'està-dire le dévouement au pays.

Qu'est-ce qui les mine? L'égoïsmc, c'esl-à-dire la préférence de l'intérêt privé à l'intérêt public.

Donc la vie privée et la vie publique proclament que la perfection morale est dans le désintéressement, dans le sacrifice de son intérêt, et de soi-même tout entier à la justice et au bien.

Donc la vraie morale sera celle qui apprendra le mieux à l'homme à contenir son égoïsme, à le dompter, pour faire de sa volonté l'instrument libre et intelligent de la justice et du bien, par l'équité d'abord, par le respect de la loi, puis par le dévouement et la charité.

Telle est l'idée ou l'idéal de la morale.

Réponses à quelques observations.

Comment il faut entendre le renoncement à soi-même, qui est la perfection de la moralité.

Que ce renoncement n'est point la destruction du moi ni l'anéantissement de la persorinalité, mais l'abnégation de l'intérêt propre devant la justice et le bien.

C'est le sacrifice de l'égoïsme, ou de tout ce que le moi peut ressentir et désirer de contraire à la loi et à la charité; et parce que ce sacrifice est volontaire et libre, la force et la grandeur du moi humain s'y montrent plus qu'ailleurs.

La vraie morale , celle qui réalisera l'idéal que nous avons posé, doit encore accomplir quatre conditions principales :

1° Elle doit prescrire nettement, et de manière à être comprise de tous, ce qu'il faut faire et ne pas faire, et cela par des commandements négatifs et positifs, qui ne laissent aucun doute sur les devoirs à remplir.

Elle ne doit pas s'en remettre uniquement à la conscience et à la raison, dont chacun reste, en définitive, l'interprète et le juge.

Elle doit formuler mi code des devoirs, comme la législation civile, avec une autorité qui soutienne la loi, et une sanction qui la garantisse.

2'* Il faut qu'elle présente à l'homme le motif le plus fort et le plus sûr pour faire le bien et s'abstenir du mal.

Ce motif n'est ni le plaisir, ni l'intérêt, ni la dignité propre, ni la convenance, ni la force.

C'est, au premier degré, la crainte respectueuse d'une autorité inévitable qui sait tout, qui peut tout, et qui punira ou récompensera chacun en raison du bien ou du mal qu'il aura fait.

Et au second degré, l'amour du bien lui-même, ou de Celui qui est la source de tout bien, qui est la vérité et la vie, et le désir de lui plaire par la conformité de notre volonté avec la sienne; d'où résultent la vertu et le bonheur.

3° Avec le motif de vouloir le bien , elle doit fournir la force pour le faire.

Elle ne peut prendre cette force ni en nous-mêmes , ni dans nos semblables.

Elle ne la trouve point en nous, puisque c'est justement de cette force que nous manquons; nous sommes faibles et malades, et la morale doit nous fortifier et nous guérir.

Nos semblables ne peuvent nous la donner ; car, quelle que soit l'influence de leurs conseils et de leur exemple, ils ne peuvent vouloir en nous et pour nous; ils ne peuvent nous infuser leur énergie, et d'ailleurs ils sont aussi faibles , aussi malades que nous.

La morale ne peut donc puiser la force, dont nous avons besoin , que dans une puissance supérieure à la nature humaine , dont l'action pénètre seule au fond des âmes, et qui les dispose à vouloir ce qui est bien, et les rend capables de le faire, quand il lui plaît.

4° Enfin il faut que la morale se fasse toute à tous.

11 faut qu'elle ait des paroles et des enseignements pour toutes les conditions, pour toutes les situations, pour les pauvres comme pour les riches, pour les petits comme pour les grands, pour les ignorants comme pour les savants, pour les malheureux comme pour les heureux, etc., etc. ; car tous les hommes sont des êtres moraux, puisque tous sont doués d'intelligence et de liberté, et

s'ils ont tous la capacité morale, elle doit être développée en tons, pour qu'ils deviennent bons et heureux.

Cette doctrine pose le plaisir ou la jouissance comme la fin dernière de l'homme.

Elle dérive de ce système philosophique qu'on appelle le sensualisme, ou la philosophie des sens, parce qu'elle prétend expliquer tout l'homme par la sensation.

Elle a toujours régné dans le monde, et elle s'y est établie et soutenue par quatre causes principales :

1° Par les penchants sensuels de la multitude, par les hommes de plaisir, et c'est le plus grand nombre;

2° Par les systèmes matérialistes ou naturalistes des physiciens;

3° Par les explications de la plupart des physiologistes;

4° Par les théories de certains psychologues, qui n'ont vu dans les facultés de l'âme que la sensation transformée.

La conséquence de toutes ces doctrines, explicite ou implicite, avouée ou cachée, est que l'homme n'est que matière, sens, organes. Donc la fin et la loi de son existence est de jouir le plus et le mieux qu'il pourra.

Épicure est le représentant le plus complet de cette philosophie pour la vie privée, et lui a donné son nom; on l'appelle l'épicurisme.

Hobbes l'a appliquée rigoureusement à la vie sociale.

Le matérialisme, le fatalisme, l'athéisme en sont les conséquences nécessaires.

Elle est en contradiction directe avec l'idée de la morale ; c'est l'égoïsme absolu en face du dévouement.

Elle nie les distinctions morales. Elle confond le bien et le mal moral avec le bien et le mal physique. Il n'y a plus de justice ni de vertu en soi.

L'instinct animal, ou 1-e désir de la jouissance et la crainte de la douleur, est le seul motif d'action.

L'appétit sensuel fait toute la force de la volonté.

La morale du sensualisme n'accomplit que la dernière condition. Elle est à la portée de tous , et tous la comprennent facilement et la suivent volontiers, parce qu'elle est conforme aux instincts grossiers de l'homme terrestre et dégénéré.

Histoire rapide de cette philosophie au dix-huitième siècle et au commencement du dix-neuvième. — Mérite de la philosophie actuelle sous ce rapport.

Il faut distinguer la sensation du sentiment.

Le sentiment est une modification de la sensibilité , impressionnée par les choses spirituelles, comme la sensation est une modification de la sensibilité, impressionnée par les choses matérielles.

Il y a quatre sentiments divers, qui ont donné lieu à des théories morales.

1^ Le sentiment du bien moral. — Émotion agréable que donne la conscience ou la vue d'une bonne action. — Émotion pénible que donne la conscience ou la vue d'une action mauvaise. — Désir ou aversion qui s'ensuivent, joie de la conscience ou remords. — Théorie du sens moral de Hutcheson ;

2° Le sentiment du beau moral. — Beauté ou laideur des actions. — Plaisir ou déplaisir qu'elles excitent. — Désir ou aversion qui s'ensuivent. — Influence réciproque de la sensibilité et de l'imagination dans ces cas. — Théorie de Shaftesbury ;

3" Le sentiment de la sympathie qui rapproche et unit les hommes. — Émotion agréable qu'elle produit. — Émotion pénible qui résulte de l'antipathie. — Théorie d'Adam Smith. — Théorie de la morale humanitaire ou de la philanthropie. < — J.-J. Rousseau;

4° Le sentiment religieux, qui résulte de la communication de l'homme avec Dieu , et dont l'exagération et l'abus produisent le faux mysticisme et le quiélisme.

La morale du sentiment, considérée dans ses théories diverses, est inadéquate à l'idée de la morale.

Le sentiment est sans doute un auxiliaire très-utile pour nous porter à faire le bien et à fuir le mal. En général, il est contraire à l'égoïsme et porte au désintéressement.

Mais il rend la conduite trop dépendante de la sensibilité et de l'imagination , les deux facultés les plus mobiles de l'homme.

Il ne fait pas connaître la loi, son autorité, les obligations qu'elle impose. 11 peut porter au dévouement par un bon mouvement, mais il ne le motive pas.

La morale du sentiment ne remplit pas non plus les conditions de la vraie morale.

1° Le sentiment ne fait pas connaître nettement le juste et l'injuste, le bien et le mal. Il y a toujours quelque chose de vague et d'instable dans ses inspirations. L'accomplissement sérieux et constant du devoir n'est pas assuré. La vertu dépend trop de l'impression du moment.

2° Il fournit un motif très-fort pour vouloir le bien, à savoir, l'impulsion de la sensibilité et de l'imagination réunies. Mais cette impulsion entraîne souvent à la passion, et dépasse le but. , 3° Il excite vivement et donne de la force pour agir; mais c'est une force qui ne se soutient pas longtemps, et qui s'abat facilement.

4o La morale du sentiment ne peut pas être universelle ; car tous ne sentent pas de la même manière, et les sentiments de chacun varient avec les circonstances. Elle suppose d'ailleurs une délicatesse de sensibilité et d'imagination qui ne peut être développée chez tous les hommes.

Donc les doctrines basées sur le sentiment, bien qu'elles puissent aider à la moralité, n'enseignent point la vraie morale.

Le sentiment religieux a Dieu pour cause et pour objet.

Donc, pour l'expliquer, il faut considérer les diverses manières dont l'homme entre en rapport avec Dieu.

Il y en a quatre :

1° Par les œuvres de Dieu ;

T Par les principes de la raison et de la conscience;

3° Par la parole divine, orale ou écrite ;

4° Par l'action directe et immédiate de Dieu sur l'esprit et sur le cœur.

Les philosophes et les théologiens s'accordent sur les deux premières, et d'ailleurs le sentiment religieux qui en sort est trop faible pour produire des excès. Il ne va pas au delà de la mo' raie naturelle.

La division commence à la troisième manière.

Les rationalistes soutiennent que la voie dite surnaturelle est une illusion , ou tout au plus une forme, un symbole donné à Vidée pour la mettre à la portée du peuple, donc un produit du sentiment et de l'imagination; donc du mysticisme.

Les théologiens répondent :

Qu'appelez-vous mysticisme ? Est-ce tout ce qui dépasse la raison?

Alors toutes les sciences ont une partie mystique, la psychologie comme la physique, et même les mathématiques ; car dans toutes il y a des choses que la raison ne peut expliquer, ne fût-ce que la nature de la force spirituelle , de la force physique , et l'origine de l'étendue et du nombre.

Puis vous, psychologues spiritualistes, vous êtes des mystiques aux yeux des sensuaHstes. Le platonicien est un mystique pour le rationaliste pur, etc.

Appelez-vous mystique ce qui est surnaturel^ c'est-à-dire ce qui est au-dessus des conditions et des lois ordinaires de la nature créée?

En droit :

V Pouvez-Yous nier que le surnaturel ainsi entendu soit possible? Celui qui a fait le monde et ses lois ne peut-il faire au delà ? Qui osera le dire ?

Répugne-t-il que Dieu ait parlé directement à quelques hommes pour instruire les autres ? S'il le veut, qui l'en empêchera ?

En fait :

2" Direz-vous que cela ne s'est jamais vu? Mais les croyances et l'expérience du genre humain sont contre vous. Toutes les religions positives supposent une révélation, et il n'y a pas un peuple sur la terre sans une religion positive. Comment tous les hommes s'accorderaient-ils à admettre une chose impossible? Reste à discerner la vraie révélation, et par conséquent la religion véritable, au milieu de toutes ces religions.

Vous appelez encore mysticisme ce qui veut aller à Dieu en détruisant la raison.

Or, l'Église fait tout le contraire ; elle établit l'existence et la vérité de la parole révélée par la démonstration rationnelle et par la critique historique.

Direz-vous avec Rousseau : Pourquoi Dieu ne s'est-il pas révélé à moi?

C'est comme si vous prétendiez ne croire qu'aux faits de l'histoire que vous auriez vus de vos yeux; c'est détruire la certitude historique.

Les théologiens concluent donc que, dans cette troisième manière d'entrer en rapport avec Dieu, quand elle est ce qu'elle doit être, c'est-à-dire la foi en la parole divine, dont la raison a démontré la vérité et l'intégrité, et la soumission à l'autorité qui a été établie de Dieu pour l'interpréter, il n'y a point de mysticisme, mais une religion conforme au bon sens et à la raison.

L'homme peut entrer en rapport avec Dieu par l'action directe et immédiate de Dieu sur son esprit et sur son cœur. De là le mysticisme.

Il y a une théologie mj^sliquo, dont le but est l'imion de l'âme avec Dieu par l'amour.

La théologie mystique a deux degrés : la méditation et la contemplation. Dans la contemplation il y a suspension de l'exercice des puissances intellectuelles et morales. Dieu éclaire et meut l'âme, qui se porte ou s'écoule en lui par tout le désir de sa volonté.

On appelle cet état mysticisme, parce que tout se passe secrètement et intérieurement entre Dieu et l'âme.

L'Église a reconnu et honoré de tout temps la vraie théologie mystique.

Le Cantique des cantiques en est comme la prophétie; on la trouve dans l'Évangile de saint Jean, dans les Épîtres de saint Paul, dans les ouvrages de saint Clément d'Alexandrie, de Cassien, de saint Denys l'aréopagite, de saint Jean Climaque, etc.

Au moyen âge, dans l'Imitation de Jésus-Christ, dans les œuvres de sainte Thérèse, de saint Pierre d'Alcantara, de saint Jean de la Croix, de saint Bonaventure, de sainte Catherine de Sienne, de sainte Catherine de Gênes, etc.

Au dix-septième siècle, dans les écrits de saint François de Sales, dans les lettres de sainte Chantai.

L'existence de la théologie mystique est donc prouvée par le fait ; elle existe, et elle existe légitimement.

Quant au droit, qui osera dire qu'elle est impossible? Qui osera refuser à Dieu le pouvoir d'agir directement et immédiatement sur l'âme de sa créature, pour l'éclairer de sa lumière, la pénétrer de son amour, la vivifier de sa vie?

Il y a là toute une psychologie, bien autrement profonde et subtile que celle de la philosophie humaine.

Mais, dit-on, le mysticisme est très-dangereux à cause de l'exaltation du sentiment et des aberrations de l'imagination.

Cela est vrai, et c'est pourquoi il faut distinguer un vrai et un faux mysticisme.

Le vrai est celui que l'Église approuve et enseigne: alors le sentiment et l'imagination sont réglés et maintenus par l'humilité, par la foi et par la soumission à l'autorité.

Le faux est celui qu'elle a condamné, parce que, sous le pré-

texte et le semblant de la perfection, il va contre la foi, contre la morale et contre la discipline,

C'est celui des béguards, de Molinos, du père Lacombe, de madame Guyon, et, jusqu'à un certain point, de Fénelon.

Exposition rapide du faux mysticisme.

Amour pur mal compris.

L'acte continu d'union avec Dieu.

Cessation des actes de foi, des actes d'espérance, de demande, et des prières, des actes de charité.

Négligence des vertus, — passivité entière.

Morale qui s'ensuit, quiétisme.

Indifférence complète, même pour les choses éternelles, pour le salut.

Plus de péché, plus de faute, plus de crime pour l'âme ainsi unie à Dieu. — Impeccabilité, — inamissibilité de la vie divine une fois acquise par l'amour pur.

Jugeons cette doctrine au point de vue moral.

lo Quant à l'idée de la morale, elle dépasse le but; elle anéantit le moi et son activité légitime, au lieu de le régler et de l'élever; elle donne une fausse idée de l'amour pur.

2° Elle détruit les distinctions morales.

3° Elle ôte à la vertu son motif principal, par la suppression de l'espérance et de la crainte.

4° En voulant que Dieu fasse tout dans l'acte humain , elle détruit la liberté, par conséquent le mérite de la vertu, et la vertu elle-même.

5° Elle n'est que pour les parfaits, pour les saints, et même pour les plus saints, bien qu'elle appelle tout le monde à la perfection par le moxjen court et facile défaire oraison.

Conclusion : nécessité d'une autorité établie par Dieu luimême pour régler et assurer tous les rapports des hommes avec Dieu, ou la religion. — Bonheur d'être catholique.

HIJITtÈME LEÇON.

Après les doctrines morales du sensualisme et de la sentimentalité viennent celles qui sortent du rationalisme.

Ce que c'est que le rationalisme, la philosophie de la raison voulant se suffire à elle-même pour tout expliquer ;

En théorie, la raison seule, sans le secours d'une lumière surnaturelle, sans révélation.

En morale, la raison, la liberté et la puissance de la volonté humaine sans la grâce.

Le rationaUsme prend trois formes, suivant la position de la raison : le rationalisme empirique, le rationalisme pur^ le rationalisme transcendant ou Y idéalisme.

Nous allons nous occuper d'abord du premier, qu'on peut appeler Vempirisme ratiojiîiel.

Science matérielle, qui ne s'occupe des faits que pour en tirer l'utile et l'agréable, — caractère de notre siècle.

La morale qui sort de là est celle de V intérêt bien entendu^ dont la devise est ne quid nimis.

C'est la théorie au juste milieu, dont Aristote est le chef,

La vertu en toutes choses est dans le milieu.

1° Ainsi, dans le rapport de l'homme avec lui-même, équilibre de l'âme et du corps. — Ne pas trop donner à l'esprit, ne pas trop donner au corps. — Tempérance.

2° Dans ses rapports avec les autres, prudence qui combine ses intérêts avec les leurs. — Politique, calcul, milieu entre l'excès d'égoïsme et l'excès de générosité.

En politique, gouvernement tempéré, mélange de tous les autres. — Juste milieu entre les partis.

3° Dans ses rapports avec Dieu, en rehgion, la vraie piété est le milieu entre l'indifférence et ce qu'on appelle le mysticisme ou le fanatisme.

Apprécions d'après la mesure et les conditions posées.

D'abord, reconnaissons que la prudence, la tempérance dans les affaires humaines est une excellente chose. Très-souvent, dans la pratique, le vrai, le juste, le bien sont dans le milieu.

Mais faire de cette prudence la base et la règle de la morale est une erreur.

Ainsi,

1° Dans ce système, l'obligation de la justice est tirée de l'intérêt, qui donne X utile, mais non le droit. C'est un arrangement humain ; le succès légitime tout.

Puis le désintéressement, le dévouement devient un luxe de morale, même un excès, par conséquent une faute.

2° 11 devient très-difficile de reconnaître le bien et le mal, le juste et l'injuste; il faut être très-habile pour être honnête.

Qui sait, en définitive, quel est son intérêt le mieux entendu ? Comment trouver l'équilibre, dans la vie de tous les jours, en politique ?

4° Le motif pour vouloir le bien est vague et incertain. Comment arrêtera-t-il la passion?

4° La force pour accomplir le devoir est notre seule volonté, aidée des calculs de la raison.

5** Tous ne sont pas capables de reconnaître quel est leur intérêt le mieux entendu, et, en définitive, chacun en reste le juge , et dans le cas de conflit, il n'y a personne pour décider.

Donc anarchie et lutte.

Donc ce système peut donner une règle de prudence, mais non une doctrine de morale; il manque de base, d'autorité, de force et de sanction.

La morale du juste milieu sort du rationalisme empirique, voyons celle du rationalisme pur.

Ce que c'est que le rationalisme pur. — Doctrine qui prétend

trouver dans la raison seule, en elle-même, le principe de la science et la règle de la vie.

Nous ne l'envisageons ici que sous le rapport de la morale.

Trois systèmes : le stoïcisme, — le kantisme, — la souveraineté de la raison.

Stoïcisme.

Vis conformément à la nature, telle est la maxime de tous les philosophes anciens ; mais chacun explique la nature humaine à sa manière.

Le stoïcien dit : Ta nature, c'est la raison.

L'attribut essentiel delà raison, c'est la liberté. La liberté consiste à n'obéir qu'à soi-même.

Donc ta vraie grandeur, ou la perfection de ta nature, consiste à n'agir que par toi-même. C'est la vertu.

Donc affranchis-toi des choses extérieures, des sens, des sentiments, des passions, de tout ce qui n'est pas toi, de tout ce qui peut troubler ta raison.

Tout cela est au-dessous de toi et doit t'être indifférent.

La douleur et le plaisir ne sont que des phénomènes.

Supporte et abstiens-toi. Sustine et abstine.

Le sage est celui qui reste imperturbable dans sa volonté.

Lui seul est libre, car il est affranchi de toute influence extérieure.

Lui seul est riche, car il possède le seul bien véritable.

Lui seul est puissant, heureux , car il a la véritable force et le bien unique.

Et s'il ne peut plus tenir au milieu de la fatalité de ce monde qui l'accable, il doit en sortir.

Kantisme. — Critique de la raison théorétique ; scepticisme pour résultat.

Raison pratique. — Dogmatisme le plus absolu par la voix de la raison morale. — Impératif catégorique.

Devoir, donc liberté. — Idéal de la liberté impossible à réaliser en ce monde. — Donc immortalité , — donc un autre monde, — donc un Dieu, — donc une religion , mais qui doit être tout à fait conforme à ma raison, puisqu'elle en sort.

Dictées de l'impératif catégorique :

r Regarde chaque être raisonnable comnae étant à lui-même sa tin, et non un moyen pour autrui.

2° Agis de telle sorte que le motif prochain, ou la maxime de ta volonté puisse devenir une règle universelle dans la législation de tous les êtres raisonnables.

Souveraineté de la raison.

Rousseau, puis les modernes.

L'homme ne doit obéir qu'à lui-même, donc à sa raison.

Mais sa raison n'est pas la sienne, c'est la raison universelle, la raison impersonnelle.

Est-ce une abstraction ? — Alors ce n'est rien. — Est-ce Dieu? Soit ; mais alors il faut qu'il fasse connaître l'autorité de sa' raison souveraine d'une manière positive, donc par une révélation.

Sinon nous retombons dans le vague et l'anarchie.

Nous ramenons ces trois systèmes à un même point de vue , car ils ont le même principe et la même fm.

Le principe, c'est l'orgueil ou le désir de l'indépendance.

La fin, c'est la déification de l'homme.

Le stoïcien se disait plus que Dieu, — Kant n'admet Dieu que sdon sa raison, — les modernes ont fait la déesse Raison.

Ici l'idée de la morale n'est pas réahsée, il n'y a de dévouement qu'à soi-même, à sa gloire, tout au plus une froide et stricte justice. — Sustine et abstine.

1° Condition. — On ne fait pas connaître nettement ce qui est bien ou mal. Le stoïcisme exagère et fausse. Le kantisme reste dans l'abstraction, la raison souveraine dans le vague.

2» Condition. — Motif pour vouloir le bien. — Orgueil, dignité propre. — Faire ce qui est raisonnable, motif incertain ou obscur.

' 4o Force pour accomplir le bien : on rejette tout secours supérieur ; l'homme doit se suffire à lui-même. . -

4° Populaire. — Ce système ne peut l'être et ne l'a jamais été. Peu de stoïciens, encore moins de kantistes et de partisans de la raison impersonnelle.

Donc la morale du rationalisme pur n'est pas la vraie morale.

Troisième position de la raison. — Intuition des idées. — Intelligence. — Idéalisme.

Platonisme. — Considérations générales sur la méthode de Platon. — Tout est dans chaque dialogue.

— Théorie des idées, nœud de toute sa philosophie.

— Images. — Notions. — Idées.

Dans les idées, l'universel, le nécessaire, l'absolu; donc l'être universel qui en est la substance et la cause. — Dieu.

Dieu a créé d'après les idées , mais avec une matière informe et rebelle, qui est le principe du mal. Il en a fait le cosmos, l'unité dans la variété.

Ainsi doit faire l'homme sur lui-même. La fin de la morale est Vimitation de Dieu.

Or il y a en lui le corps ou la matière, et tout ce qui en dépend.

Il doit la réduire au joug de l'intelligence, c'est-à-dire à l'idée du beau, du vrai, du bien, du saint.

Ce qui ne peut se faire que par la purification de son esprit et de sa volonté.

Purification de l'esprit, par l'abstraction des sens, des images, des choses sensibles, des phénomènes pour s'élever aux idées, qui sont : xà eî^rj tk xaô' «ùrà.

Purification de la volonté, pour l'abstraire du ôupôç et de la vie animale, de leurs désirs, instincts, passions, pour ne plus vouloir que le juste, le bien, le saint.

Donc le seul bien véritable est la justice. Tout le reste, sans elle, est un mal.

1^'injuslice est le plus grand des maux, et si on a eu le malheur de la commettre, le plus grand bien est de Vexpîer ici-bas.

Doctrine de Y expiation, en ce monde par la vindicte des lois humaines, dans l'autre, par celle des dieux.— Jugement. — Supplices éternels.

La morale de Platon est bien supérieure à Tépicurisme, au stoïcisme, au péripatétisme.

Elle a donné au stoïcisme tout ce qu'il a de vrai et de beau, moins les exagérations.

Elle est la plus proche du christianisme; tellement proche, qu'on a regardé Platon comme une sorte de prophète, un apôtre anticipé parmi les païens.

Il admet les traditions religieuses, l'inspiration d'en haut, l'imitation de Dieu, la purification, l'expiation.

Il réalise l'idée de la morale à moitié, en ce qui concerne la justice. Il n'a pas compris, il ne pouvait pas comprendre la charité.

V Condition. — Il est vague dans la pratique et pour le détail des devoirs. — Il rapporte tout à la vie politique. — De là les graves erreurs de sa morale sur la propriété, la communauté des femmes, leur éducation, l'amour des jeunes gens, l'exposition des enfants.

2» Le motif d'agir. — Il repousse tous les motifs inférieurs. 11 met au-dessus de tout l'idée du bien , la conscience de la justice, l'amour du beau absolu; mais il reste vague et plus spéculatif que pratique.

3° La force pour faire le bien. — L'intelligence et la volonté par elles-mêmes. — Cependant il indique la prière, la crainte des dieux, et l'amour des choses éternelles. C'est tout ce qu'il pouvait faire sans la/oz et la grâce.

4° Il n'est pas à la portée du peuple, mais seulement pour les savants, les riches, les hommes de loisir.

Vous qui n'êtes pas ralliés à l'Évangile, soyez sincèrement platoniciens, et vous deviendrez bientôt chrétiens.

Outre les trois positions franches de la raison, il y en a deux bâtardes : l'une négative, le scepticisme ; l'autre neutre, l'éclectisme.

Ce que c'est que le scepticisme. 11 se produit de deux manières : par la vue des abus de la raison , par la critique de la raison.

En morale, il consiste à nier les distinctions morales et les dictées de la conscience.

Donc le bien et le mal ne sont plus que des conventions, des préjugés, ou des fictions humaines.

• En général, on est sceptique en morale, parce qu'on a intérêt à l'être.

On ne l'est jamais complètement dans la pratique; le bon sens et la conscience entraînent.

Après le sceptique, qui dit : Vous êtes tous dans l'erreur, vient l'éclectisme, qui dit: Vous avez tous raison.

Il consiste à choisir dans chaque système ce qu'il a de vrai.

Mais la difficulté est de faire ce choix, qui suppose un critérium de vérité que justement on cherche.

Voyons en morale.

L'éclectisme assemble les divers moralistes que nous avons vus.

— Je vais vous accommoder.

Les autres lui disent :

1" Qui êtes -vous? D'où venez -vous? Quelle autorité avezvous?

2" Quelle est votre doctrine ? — Je n'en ai pas, et c'est justement pour cela que je vous rassemble.

Laissez-moi faire; je vais vous accorder, peut-être malgré vous.

Épicure et Zenon.

Aristote et Platon.

f'iJÉhf^"

Kani et le sentimentaliste, le mystique. — Vous ne voulez pas vous entendre, parce que vous abondez chacun dans votre opinion exclusive. C'est là votre erreur et votre mal.

Je m'en charge. Je vais moi-même faire le mélange.

Prenez une dose de sensation ;

De sentiment ou de poudre sympathique ;

Même de sentiment religieux, mais pas de mysticisme, ou très-peu ;

De juste milieu;

De l'ataraxie stoïque;

D'impératif catégorique et d'idées éternelles;

Mêlez, broyez, agitez ou fdtrez, et deiur ad vitrum aut ad char- (am, jusqu'à ce que les nausées arrivent; alors vous vous arrêterez.— Le mélange ou le remède aura fait son effet, et vous serez guéris, au moins de la philosophie.

Parlons sérieusement.

L'idée de la morale ne supporte pas l'éclectisme.

Le dévouement, ou l'abnégation de soi jusqu'à la mort, n'admet pas tous ces tempéraments. Donc il n'y a pas de morale éclectique, ou elle est tout simplement le juste milieu.

11 n'y a d'éclectisme possible qu'à la condition de posséder déjà une doctrine qui serve de mesure, et alors l'éclectisme n'a plus de raison d'être.

Ainsi le christianisme dan? \es premiers siècles a pris ce qu'il y avait de mieux dans les philosophes et dans les sciences et les arts des païens.

Ainsi dans saint Thomas, Platon, Aristote et l'Évangile sont combinés.

Ainsi maintenant, comme toujours, l'Église admet tous les progrès de la science, des arts et de la civilisation.

Voilà , Messieurs, l'éclectisme que je vous recommande; c'est le seul raisonnable, le seul profitable.

Je viens vous montrer l'immoralité du panthéisme.

C'est l'erreur la plus à la mode, la plus séduisante, et cependant la plus opposée au bon sens.

Le panthéisme est la doctrine qui n'admet dans l'univers qu'une substance unique, dont tous les êtres ne sont que les émanations et les modifications.

Panthéisme religieux. — Panthéisme philosophique.

Dans rinde depuis le commencement du monde. — Il passe en Grèce. — Pythagore. — Les Eléates. — Les stoïciens et les néoplatoniciens.

Au moyen âge, Amaury de Chartres, Jordan Bruno.

Panthéisme moderne. ~ Spinosa.

Le panthéisme allemand. — Fichte. — Schelling. — Hegel et ses successeurs.

Le panthéisme français. — L'humanitarisme. — L'éclectisme, panthéiste dans sa métaphysique, et non dans sa morale.

Immoralité du panthéisme. Il détruit la morale privée et publique.

1° La substance unique est tout et fait tout. Donc les hommes sont les instruments passifs de Dieu, sont Dieu lui-même, agissant librement ou fatalement. Dans les deux cas, l'homme n'a plus de responsabilité; donc plus de mérite ni de démérite.

2° Donc plus de distinctions morales. — Plus de droit opposé au fait. — Tout est bien , parce que cela est. — Système de la nécessité historique. — Déchaînement des passions.

3° Donc plus de motif de bien faire ou de se gêner. — Il n'y a plus qu'une loi nécessaire, fatale. — Plus de sanction. — Ni crainte ni espérance. — Absorption finale de l'individu dans le grand tout, après des métempsycoses ou des transformations indéfinies.

En politique :

La société doit être organisée comme le grand tout. La sub-

stance unique entraîne le pouvoir unique. — Despotisme complet. — L'individu est une modification du grand tout, et doit s'y absorber. Il n'a aucun droit, puisqu'il n'est rien.

Delà le communisme. — Le socialisme, qui est le despotisme du plus fort au nom du tout.

Il y a deux manière de réfuter cette doctrine.

1° Le bon sens et la conscience morale, non pas la raison qui, livrée à elle-même, y tombe presque toujours, quand elle veut expliquer par ses seules lumières Dieu et la création. Voyez les systèmes philosophiques.

2o La révélation chrétienne ;

Par le dogme de la Trinité ;

Par celui de la création ex nihilo; hors de là, tout est panthéisme, si l'on est conséquent.

Donc le christianisme est d'accord avec le bon sens et avec la voix de la conscience.

Science dont elle sort. — Dogme.

Le christianisme est toute une philosophie de Dieu, de l'homme et de la nature.

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