‹ La morale des jésuites. Avec une dédicace à m. FreppelChapitre 17 sur 270 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ne pariez pas avec lui, car il est plein de ressources pour faire sans péché des paris malhonnêtes (p. 318).

Ne jouez pas avec lui, car il se conduira comme un infâme grec en toute sûreté de conscience, (p. 319, 321).

Ne croyez pas, sous prétexte qu'il est pieux, à ses promesses et à ses serments alojrs qu'il vous vend quel- ,que chose : ce sont petites peccadilles permises aux marchands (p* 275).

Ne le prenez pas comme domestique, car il connaît à fond la théorie des petits vols, des vols de denrées alimentaires, et des conditions de restitution (p. 182) ; .et s'il juge que vous ne le payez pas assez et le faites trop travailler, il trouvera moyen de rétablir un juste équilibre (p. 188, 223).

Défie2;-vous de lui, gardien d'octroi, employé de douanes, homme du fisc, qui que vous soyez, car il n'admet pas la légitimité de votre impôt, et il le fraudera par tous les moyens possibles ; ne l'interrogez pas , il .mentira, et cela sous serment s'il le faut : il y est autorisé (p. 62, 206, 254). Et surveillez -le bien, s'il est notaire, car i\ aidera en conscience à frauder le fisc (p. 255, 344).

Défiez-vous de lui, membres du conseil de révision^ car il peut ne se croire tenu à aucune restitution, s'il fait partir par fraude un autre à sa place (p. 207). Défiez-vous-en, ô colonel ! car il désertera légitimement, sMl ne trouve pas au régiment la facilité de se confesser (p. 206).

PAÉFAGE. U4

Défiez-Yous de lui, juge, qu'il comparaisse devant vous, comme plaignant,, comme accuse ou comme témoin. En Tain, lui ferez-vous lever la main, et adjurer le Christ, son Dieu. Presque en toutes circonstances il trouvera moyen de vous échapper (p. 148, 157, 158, 162, 288, 527, 345),; et si vous le condamnez, il pourra, s'il juge sa conscience indemne, se compenser seerètement de votre condamnation.

DéGez-vous de lui tous, et écartez-vous de lui comme d'un pestiféré : ni vos biens, ni votre W\e^ ni votre honneur ne sont auprès de lui en sûreté.

Car s'il conseille et exhorte un voleur à piller votre maison, il ne vous devra rien (p. 194, 197, 245) ; car s'il est juge^ et reàd contre vous, de complicité avec ses collègues, un jugement inique, acheté à prix d'ar* gent, il ne vous devra rien (p. 244); car si ses enfants ou ses domestiques ont fait du dégât dans vos propriétés, il ne vous devra rien (p. 245) ; car s'il voit un voleur enlever vôtre bien, et en reçoit de l'argent pour prix de son silence, il ne vous devra rien (p. 247, 262) ; car s'il a mis le feu chez vous en cherchant à vous voler^ il jae vous devra rien (p. 195) ; car s'il a tué votre vache en tirant volontairement sur votre âne, il ne vous devra rien (p. 12, 196, 258) ; car s'il a brûlé votre maison en voulant incendier celle de .votre voisin, il ne vous devra rien (p. 194, 236, 242) ; car s'il a volé et qu'on vous accuse et condamne pour ce vol, il ne vous devra rien, alors même qu'il aurait commis ce vol dans le but de vous faire accuser (p. 195, 220) ;

^i * PRÉFACE.

ear si vous êtes le créancier d'un homme qu'il at assassiné, il ne vous devra rien (p. 204) ; car si vous'Stes'fat femme ou l'enfant d'un homme qu'il a assassiné, et^i cet homme était de mauvaise conduite (p. 252), oùmêmé devait mourir bientôt (p. 203), il ne vous devra rien; ear, en aucun cas, il ne vous devra rien, si en tiiant votre père, il croyait en assassiner un autre (p. 236)' ai s'il a volontairement assassiné votre père, lorsque vous pouvez suffire à vos besoins (p. 203).

Car il peut vous diffamer librement, pour peu qu'il soit habile et ait bien compris ses leçons (p. 154, 162); et lors même que la diffamation est sans excuse et exige réparation, il s'en peut dispenser, s'il juge la conservation de sa bonne réputation « utile à la religion ï> (p. 155) ; car il peut séduire une jeune fille, même sous promesse de mariage, et la rendre mère, puis l'abandonner sans souci, pour peu qu'il puisse arguer d'une certaine inégalité de condition, soit antérieure, soit postérieure à la promesse (p. 525) ; et ne lui par* lez pas de venir au secours de la pauvre fille, car il vous répondrait noblement « que la perte de la virginité ne se peut estimer, ni indemniser » (p. 204, 253). Car si vous prenez chez lui quelque aliment empoisonné a destination d'un autre, il ne vous avertira pas et, du reste, ne devra rien à personne après votre mort (p. 236). - -Fuyez-le, car il a à sa disposition « la restriction largement mentale et les paroles équivoques » (p. 148), ce qui lui permet en réalité de mentir toutes les fois qu'il en a besoin.

PRÉFACE. xLin

• -Fuyez-le, car la doctrine du probabilisme lui perrfiettra toujours de trouver un docteur grave, dont l'opi* ;nion suffira à légitimer son action, et l'autorisera à faire œ qu'il a intérêt à faire (p. 31).

. Fuyez-le, parce qu'une fois son opinion faite, il violera en sûreté de conscience toutes les lois civiles, et que s'il est condamné par le juge, il pourra largement et tranquillement user de la réparation occulte (p. 186) . Car, c'est sur ce point qu'il faut insister. En vertu de la doctrine de l'intention, il arrive à substituer â toute autorité sa propre autorité. Les lois n'existent plus pour lui, ni les lois civiles, ni les liens de famille, ni les lois de l'honneur, ni 'rien de ce qui constitue ce ciment qui relie tous les éléments d'une société. Il fera telle chose s'il la trouve bonne, car s'il a pour lui un docteur de renom, il a droit de la juger bonne; en tous cas, l'acte fait, comme il a agi d'après une conscience invinciblement erronnée, comme il n'a pas commis de faute théologiquCy il n'est tenu à nulle réparation : et si le juge civil se permet d*cn ordonner une, il se compensera justement*

Tel serait, au maximum de développement, le meilleur élève des doctrines jésuitiques* Par bonheur, ils n'en ont, je crois, jamais formé un qui soitaussi complet ; l'honnêteté, qui est le fond de la nature humaine, reprend le dessus, et chez l'élève et chez le professeur. Et cela surtout en France, dans le pays de la générosité. C'est sans doute pour cela que, depuis trois siècles, pas un seul Français ne s'est assez imprégné

XLiv PRÉFACE.

.de l'esprit jésuitique pour mériter le rang de Général. Mais un tel enseignement, même mitigé par le bon sens et l'honneur natif, n'est-il pas un vrai péril so* cial ? Qui peut dire ce qu'il faudrait de générations pour que ces nobles qualités qui luttent encore, s'éteignent et soient vaincues. Je n'y puis, quant à moi, songer sans frémir. Puisse la lecture du présent livre communiquer à tous ma sincère et profonde terreur! Puissent les libéraux les plus compromis aujourd'hui par une logique généreuse, comprendre que les principes ne sont pas faits pour ceux qui se mettent hors des principes, et que la liberté des échanges n'est pas violée parce qu'on arrétd dans nos ports les ballots pestiférés!

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