‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 55 sur 344 · En entendant des famines du peuple se disputer · texte numérisé non relu

En entendant des famines du peuple se disputer

entre elles, en redoublant d'injures et de coups. II se rejouit aussi d'entendre raconter im vol fait habilement.

D. Que penser de la joie de Blaise dans chacim de ces cast

R. Blaise, dans plusieurs cas, doit avoir regret de sa joie, si cette joie n'a pas ete spontanee , mais bien le resultat d'un acte pleinement delijjere ; dans presque tous les cas il faut 1'excuser.

1 II peche gravement en se rejouissant de la mort de son frere, s'il se rejouit de cette mort en elle-meme, bien qu'il ne le fasse pas en haine de la personne, mais parce qu'il doit recueillir seul 1' heritage paternal ; parce qu'il n'est pas permis de se rejouir du mal d'un autr A surtoutd'un frere, a cause de 1'avantage qui en resultef C'est ce qu'etablissent la treizieme et la quatorzieme proposition condamnees par Innocent XI 1 . Carilnepour-

1 . Ces propositions, condamnees le 2 mars 1679, sont ainsi congues :

13. a Si on le fait avec moderation on peat, sans peche mortel, s'affliger de la vie et se rejouir de la mort naturelle d'une personne, la demander et la souhaiter avec un desir inefficace, non par haine pour la personne, mais en vue d'un avantage temporel.

14. II est permis de desirer la mort de son pere, non en TUB du mal qu'il en eprouvera, mais en vertu de 1'avantage qui en resultera, c'est-a-dire d'un riche heritage*

II y avait en outre une proposition :

15. a Un fils peut licitement se rejouir d'avoir, etant ivre, tue. son pere, a cause des richesses que lui procurera son heritage.

Cette derniere monstruosite emanait du jesuite Fagundez (Lib. IX in Decalogum). Le jesuite Gobat, qui 1'accepte, s'explique fort longuemcnt a ce sujet :

a Comme on suppose, d'une part, que le parricide a ete fait innocemment par le defaut de deliberation cause par 1'ivresse, et qu'il n'a point ete prenicdite auparavant, et que d'ailleurs ce parricide a pour effet de grandes richesses, effet qui est bon, ou du moins qui n'est certainement pas mauvais, il s'ensuit que cette doctrine du P. Fagundez, qui pourrait paraitre paradoxe, est vraie dans la speculation, quoiqu'elle puisse etre dangereuse dans la pratique. (p. 457.)

fambourin multiplie les espeees, et fait un tableau plus complet :

< Un fils peut-il souhaiter la mort de son pere...., pour jouir de son heredite?

line mere peut-elle desirer la mort de sa fille pour n'etre point obligee

rait desirer la mort de son frere pour cette raison, done il ne peut s'eii rejouir. II en serait autrement s'il ne se rejouissait pas de la mort de son frere, mais seulement de ses suites, c'est-a-dire de 1'heritage qui lui revient.

de la nourrir et dc la doter? Un ecclesiastique peut-il souhaiter la mort de son prelat dans la vue de lui succeder ou d'etre. delivre de ce prelat qui lui est contraire, et autreschpses'semblables? Si vous desirez seulement ou que vous appreniez avec joie ces evenements, savoir, une succession, la fin de vos chagrins, une prelature, etc., la reponse est facile, car il vous est permis de Sesirer ces choses et de les recevoir, pafce que vous ne vous rejouissez pas du mal d'autrui, mais du bien qui vous arrive. (p. 429.)

La Croix : II est permis de desirer la mort du prochain, ou de s'en rejouir, lorsquHl en resulte un tres grand bien, meme temporel, pour le public ou pour 1'Eglise.

Cardenas : II sera permis a un fils de se rejouir de 1'heritage qui lui vient par la mort de son pere, sans se rejouir de la mort meme. > (p. 422.)

Casnedi : Je puis souhaiter la mort de mon pere ou comme mau-

vaise pour lui, et cela n'est pas permis ou bien comme m'etant

avantageuse, et alors il f'aut distingucr : car, premierement, je puis me complaire, tant dans le bien qui m'arrive de la mort de mon pere, que dans la mort meme de mon pere, qui est la cause de ce grand bien..... Secondement, je puis me rejouir pleinement du bien qui m'arrive par la mort de mon pere, et non de sa mort, qui me procure ce bien. De la

premiere maniere, cela n'est pas permis c'est permis de la seconde;

car alors je iais abstraction, mais je me rejouis uniqucment du bien.

II faut se rendre familiere cette doctrine ; car elle est utile a tous ceux qui desirent quelque bien, et qui ne peuvent 1'avoir que par la mort d'autrui, comme s'il s'agit de quelques emplois ou charges de paix ou de guerre de dignites ecclesiastiqucs ou seculieres (p. 458).

On voit, par ces exlraits, et par le Cas meme de Gury, que la cbndamr.ation prononcee par Innocent XI a ete aisement tournee paries jesuites.

Mais ce qui depassc 1'imagination, c'est de voir une aussi infame doctrine prechee, en plein dix-neuvieme siecle, aux pelits enfants. Ouvrez c Petit Cattchisme deMarotte (4" edition, 1870, p. 181). Void ce que vous y lirez :

D. Est-il permis de desirer une mauvaise action ou de s'en rejouir, a cause de 1'avantage qui doit en resulter?

a R. II n'est jamais permis de desirer une mauvaise action ni de s'en rejouir. quel que soil 1'avantage qui doive en resulter ; ainsi un fils ne peut se rejouir du meurtre de son pere. a cause de la riche succession qu'il en retire. Mais il est permis de se rejouir d'un avantage, quoi . qu'il resulte d'un mal; par exemple, un fils peut recueillir avec plaisir la succession que lui procure le meurtre de son- pere.

- . CAS DE CONSiCENCE SUR LES PECHES 75

2* II fautexcuser Blaise dans le deuxieme cas, parce que le motif qui le pousse ne portepas atteinte au principe de charite, puisqu'il ne songe qu'au bien de son fils et a celui de toute la famille. Mais il ne faut pas 1'excuser pour la joie qu'il ressent de cette mort a cause du soulagement qui en resulte pour la famille ; car ce serait en realite contraire au principe de charite.

CAS XV i

Snr 1'ivresse

Gaudiosus, homme habile a vider les bouteilles, a cqutume de boire des heures entieres avec des camarades. Le dimanche surtout, du soir au milieu de la nuit, il hante les cabarets, defiant les autres ivrognes a boire. Mais lui, qui porte superieurement le vin, ne perd jamais Tusage de sa raison, bien qu'il ait la tete lourde et les pieds titubants. Tout en buvant, il blaspheme, profere des mots et des chants obscenes, comme font les buveurs.

D. Gaudiosus a-t-il gravement peche?

R. Les theologiens admettent communement qu'il n'y a pas de peche morjtel par ivresse, s'il n'y a privation volontaire et totale de la raison. Done, en principe, Gaudiosus n'est pas incriminable de peche mortel, bien qu'il ait bu plus que les autres. Je dis en principe, car il peche gravement, s'il provoque tellement les autres a boire qu'il coopere ainsi gravement et efficacement a leur ebriete.

CAS XVI

Snr 1'ivresse

Gaudentius s'enivre en buvant fort peu.Trouvant

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vent 1'occasion de boire dans les tavernes, il est souvent ivre. La plupart du temps, lorsqu'il est pris de vin, il a 1'habitude de s'endormir; maisunjour, devenu furieux, il brise un vase en crislal fort precieux, apparteiiant a Titus.

D. l re . Gaudentius peciie-t-il gravement?

D. 2. Est-il term de reparer ce degat ?

R. a la l re D. Gaudentius ne peul etre excuse d'un grave peche, car il sait, par une longue et triste experience, qu'il lui faut peu de vinpour s'enivrer dans ces sortes de frequentations; il aurait done du, ou bien s'abstenir tout a fait de vin, ou bien y mettre une quantite notable d'eau, ou bien fuir ses frequentations habituelles. II en serait autrement s'il s'onivrait rarement, comme par hasard, centre son attente.

JR. a la 2 e D. Mais on ne pent I'obliger a reparer sa faute, car il est evident qu'il u'a pas prevu le mal qu'il a fait dans son ivresse. Done ce mal n'a ete volontaire ni dans son acte ni dans sa cause ; done il n'y a pas de faute theologique ; done, en conscience , on ne peut le forcer a reparer le mal.

CAS XVII

Snr 1'ivresse.

Hypacus, medecin, toutes les fois qu'il fait une operation difficile, par exempleune amputation, administre au malade une forte dose d'une liqueur enivrante ou une quantite notable d'opium ou d'ether, afin de 1'insensibiliser et de lui enlever toute douleur.

D. Que.penser d'Hypacus?

R. Hypachus peche gravement, selon saint Liguori, et

generalement les autres theologians, en faisant boire au malade une liqueur enivranle,parcequ'ilcherche directement 1'eVriete comme uh moyen pour operer, de sorte qu'un bien resulte d'un mal: or, il ne faut jamais faire le mal pour en retirer du bien. Mais, selon quelques-uns, Hypachus ne peche pas, parce qu'il ne cherche pas directement 1'ebriete : car Feffet vise directement est Tengourdissement des sens, et 1'effet perniis purement est la suppression de la raison ; or la suppression de la raison pour un temps court et a cause d'un motif grave, ne parait pas un mal intrinseque. Et, en realite, comme on emploie 1'opium et Tether en pareil cas, on peut aussi employer le vin.

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