‹ La morale des Jésuites [microform]Chapitre 92 sur 344 · TRAITE DU ? PRECEPTE DB DECALOGUE · texte numérisé non relu

TRAITE DU ? PRECEPTE DB DECALOGUE

408... D. Les soldats peuvent-ils combattre s'ils doutent que la guerre soit juste ?

R. S'il s'agit d'un soldat qui n'est pas encore enr61e", il doit s'en informer et, s'il en doute, il ne peut s'engager, parceque mil ne peut aideradepouiller un autre de ce qu'il possede, a moins qu'il ne soit certain que cet autre le possede injustement, .

D. Le vainqueur peut-il tuer coupables et innocents?

R. Les coupables, c'est-a-dire les soldats qui ont combat tu, peuvent etre tues quelquefois si c'est necessaire poui affermir la paix et la securite ou pour venger une injustice, a moins qu'ils ne se soient rendus a condition d'uvoir la vie sauve

Quant aux innocents, c'est-a-dire aux femmes, vieillards, etrangers, clercs, religieux, etc., ils ne peuvent etre tues directement, a moins qu'il ne soit prouve qu'ils cooperaient a la guerre. Mais ils peuvent etre tues indirectement, le combat n'etant pas fini, s'ils sont meles aux coupables, en telle sorte que si on les epargnait, ceux-ci, qu'il est necessaire de detruire, ne pourraient etre tues.

409. Les soldats ne peuvent pas tuer les ennemis dans une guerre injuste, memepour se defendre. S'ils ne peuvent pas luir, ils doivent veiller a ne pas frapper 1'ennemi, car ils sont les agresseurs injustes et, dans la meme cause, il ne peut y avoir deux bons droits contra! res. . . . c

II est permis parfois de piller une ville prise, mais seulement pour de graves raisons. ,

US SUR LE ClNQDffiME PRECEPTE DU DIALOGUE

CAS lit Admirable artifice d'frnfe vierg

Eulalie, pieuse vierge, tres attaches a la chastete, etant pressee par un soldat et menace par la luxure, sans pouvoir echapper an pril, s'adressa en ces termes a son lascif ennemi : Ecoute un seul mot, et je t'enseignerai une chose merveilleuse. II s'arreta. Voici, dit Eulalie ; epargne-moi, et je te dirai un moyen de ne plus rien risquer dans les combats. Vois, je frotte mon cou avec cette pommade ; toi, prends ton sabre, irappe sur mon cou, et tu yerras la surete de mon art. Le soldat, par curiosite et amour de ia nouveaute, fait aussitot {'experience et tranche la tet d'Eulalie, qui, par cet artifice, fut sauvee du peril dB . perdre sa virginite.

D. l rc . Eulalie a-t-elle agi licitement ? A-t-elle pu se faire tuer pour sauver sa chastete ?

D. 2 e . Aurait-elle pu se jeter par une fenetre elevee, pour echapper aux mains de celui qui voulait la violer ?

R. a la l re D. Non, en principe, hormis le cas d'inspiration celeste ou de bonne foi. La raison en est qu'elle s'est ainsi directement procure la mort.

JR. a la 2 6 D. Oui. Car la mort, si elle etait la consequence de la chute, n'etait pas directement voulua* mais indirectement.

CAS SUR LE V PRECEPTB DB DECALOGUE. 129

GAS IX i

filar l'av<Mrtenent

Gaspard, medecin, faisant une confession generate de sa vie, avoue au confesseur : 1 qu'a une femme enceinte, qui allait mourir, il a donne une medeeme qui devait la guerir, tout en prevoyant que le foetus devait en perir ; 2 qu'a une autre t'emme, qui autrement etait en grand et certain danger de mort, il avait donne un remede pour tuer le foetus et Pexpulser en meme temps, afin que la mere delivree put se guerir.

D. Que doit-on penser de Gaspard ?

R. Dans le premier cas, il n'est pas reprehensible.

Dans le deuxieme, il a peche gravement, en comettant un homicide direct. En effet, bien que se proposant une bonne fin, il y a tendu par un moyen illicite.

GAS X

Avortement. Saint d'nne m6re dans la mort de son

enfant

Pelagic , enceinte de quatre a cinq mois, se trouve dans le' plus grand danger et parait sur le point de mourir. Outre le medecin ordinaire, trois autres son! appeles en consultation. Apres avoir raurement delibere, voici ce qu'ils decident : si Tart du medecin peut amener 1'expulsion du foetus, celui-ci perira, mais pourra probablement etre baptise avant sa mort et la mere serasauvee d'une mort certaine. Si Ton n'agit pas ainsi, e'en est fait de la mere et de 1'enfant, qui sera ; ainsi prive du bienfait du bapteme. Apres cette decision, ils se preparent a operer 1'expulsion. L'evene-

ISO LA MORALE DBS JESUITES.

merit confirma leur prevision ; i'enfant ? expulse et baptise, mourut aussitot, et la mere fut sauvee.

D. Est-ce permis ? Dans ce cas, pouvait-on procurer 1'arortement ?

R. Non, absolument; car 1'avortement est de sa nature un veritable homicide. II est employe et destine en soi, par les medecins, au salut de la mere et aubapteme.de l'enfant,disent-ils. Done, bien qu'ils Tappliquent a line fin utile, cependant ils cherchent et procurent directement 1'homicide.

V? ET IX e PRfiCEPTES DU DECALOGUE

VI Tune forniqueras pas.

IX Tu ne desireras pas la- femme de tonprochain.

41 0. Repetonsles paroles de saint Liguori : ... Comme c'est ici la matiere la plus frequente et la plus abondante de la confession, j'aidu, pour 1'instruction de ceux qui veulent apprendre la science morale, et afin d'etre clair, discuter des cas particuliers. Mais je prie les etudiants qui se preparent a 6tre des confesseurs, de lire ce traite et celui du devoir conjugal, en rejetant toute curiosite, d'elever souvent leur ame a Dieu, et de se recommander a la Vierge immaculee *. .

411 . La luxure est un appetit deregle dans 1'amour et consistedans un plaisir charnel (delectatio venerea) goute volontairement en deliors du mariage. Or ce plaisir vient de 1'excitation des esprits destines a la generation et ne doit pas etre confondu avec un plaisir purement sensuel qui provient du contact d'un objet sensible sur quelque

I. Cette precaution n'est pas mauvaise; maisil n'est pas mauvais non plus de se rappeler comment les anciens (?) jesuites, tout en s'indignant avec une horreur pudique contre les crimes de Insure, trouvaient des accommodemenls pratiques.

Escobar, ergotant sur les peines que dans une bulle sp^ciale Pie Y s*6lait TU oblige d'edicter contre les clercs sodomites, fait de savantes distinctions qui lui permettent d'excuser : 1 les clercs qui ont avec une femme des rapports contre nature ; 2 qui sont patients...', 3 qui n'ontcommis 1'acte prohibe que une, deux et trois ibis; 4 qulcommettent le crime de bestialite . Et comme le rapt d'une femme est puni sous peine de mort, il en conclut que celui d'un jeune homme par un homme, cautalibidinit, n'est PM punimafale (p. 290).

sens, par. example d'un objet visible sur la vue. Autre est done 1'objet de la luxure, autre I'objet de la sensualite. Un plaisir sensuel, ou n'est pas coupable, ou n'excede pas la plupart du temps, en principe, un peche v&riel.

II y a differentes sortes de luxure. II y a une difference entre les attouchements et les regards impudique.s, entre les actes solitaires et les actes faits avec d'autres, entre les actes consommes etles actes quine U sont pas, entre les actes selon la nature et les actes centre la nature. Ces espeees se snbdivisent encore, comme on le verra.

II y a la luxure cherchee directement et la luxure cherche'e indirectement. La premiere existe lorsqu'on vise precisement au plaisir eharnel, la seconds Iqrsqu'on chercbe autre ohose qui amene ce plaisir centre notre intention, comme les lectures pen chastes faites par curiosite ou pour un autre motif.

412. La luxure, dans tous ses genres, dans toutes ses especes, est en principe un peche ^i 'jive.

La luxure directement volontaire n'admet jamais matiere l^gere.

p^ch^s de injure non consomm6n ART. I. DBS BAISERS ET DES ATTQOCHEMENTS

413. I. Les attouchements impudiques, c'est-a-dire faits sans motif sur les parties deshonnetes d'une autre per-r sonne peuvent ^ peine 6tre excuses de peche mortal, meme en laissant de cote le plaisir sensuel, a cause d'une grave indecence etdu peril de debauche qu'ilsamenent. Cependant on les excuse plus facilement de peche mortel s'ils put lieu sur une personne du meme sexe que s'ils. oat lieu sur une personne de sexe different.

II Les baisers et les attoucbements sur les parties honnetes ou peu bonnet es, constituent des plcjies, rnartgls i

TRAITE1 DBS VK E! JX< Pft^CEPTES J>U pfiCALOGUE. 153

Tony eherche le plaisir charnel ; veniels, s'il n'y a que de la legerete, de la plaisanterie, de la curiosjte, etc. l\s ne sout . pas coupables, si c'est la cputume PU si Ton agit par poll-: tesse OU par Menvejllance,

414. III. Les baisers et les attouchements snr les, parties jneme bpnnetes ne doivent pas faoileinent etre excuses d'un peche mprtel, s'ils ont lieu souyenl; et H'une maniere proloijgee 4e la part desj jeunes gens, SHrtQUt de different sexe, sans aucune necossitQ, parce que ces actes repetes et prqlpnges prpduisent une excitation et un plaisir charnels.

JY, Lgs baisers, les attpuchements, les etreintes faites qpur le plaisir cliarnel gnt une grayite de roal qui differe /uivant les circonstances de personnes, qar jls sont censes de, la nieme espece que. 1'acte consonime auqael ils conduisent par leur nature. Aussi il faut preciser dans la cpnfessjpn avec quelles personnes oa les a pratiques, du merne sexe ou d'un sexe different, mariee pu npn, etc.

415, ^ 1 II ii'y a pas de faute dan? les baisers que les nieres. et leg nourrjces dopnent aux petit s enfants. II en est de meme prdinairement de ceux qui erobrassent ces enfants, raeme d'un autre *? re, gn mettaut de cote tout sentinient depraYe.

2 II ne faut pas accuser aussitpt d'un grave pecne les jeunes gens qui, dans certains jeux, sans aucune mauvaise intention, s'ernbrassent depemment, bien qu'il faille les detpurner de ces jeux a cause du peril qu'ils entrainent.

5 L'ppinion (le Sanchez, Saltnaut, et d'autres, affirinant qu'il n'y a pas de peche niortel dans les baisers et etreintes pudiques des fiances, bien qq'ils y cherchent un plaisir charnel. et qu'il y ait une legere excitation des esprits geni' taqjc en roettant ,de cote le peril d.e pqllutipn et de consentement arunioii sexuelle, est regardee conimepeu prpbable en pratique par : saint Liguori, quiregardecpnime beaucoupplus probable, ipeine en theorie, 1'opinion d'apres Jaquelle de tel* actes sont defendus aux nances conime aux autres personnes libres. C'est que les fiances n'ont pas encpre de drpits reci-!- SUP Jeur cprps ni de drpit? a 1'unipn sexuelle, a

de

4* Mais on doitregarder comme peches mortelsles baisers sur les autres parties du corps plus detournees, par exemple sur le sein, surtout entre personnes de sexe different, et meme les baisers prolonges sur la bouche, surtout si on y introduit la langue.

416. 5 On ne peche pas en principe lorsqu'on se touche pour essuyer 1'ordure, pour calmer le prurit, ou soigner des inflrmites ; cependant, si le prurit est supportable, il faut s'abstenir de se toucher. Mais si Ton toucbe son corps sans motif, on ne commet qu'un peche veuiel, puisque, en tnettant de cote le plaisir charnel, comme on ne le fait qu'en passant, par legerete ou pure curiosite, on ne risque pas d'enflammer la passion.

6 Les attouchements sur les parties bonteuses ou voisines, meme par-dessus les vetemenls, constituent un peche grave, a moins qu'on ne le fasse par petulance, par plaisanterie, par legerete, ou en passant. II en est de meme du toucher reciproque des femmes sur leur sein, parce qu'ili cause de la sympalhie de ces parties avec le toucher, il y a un proche danger de plaisir charnel.

7 A plus forte raison, en dehors du cas de force majeure, il y a peche mortel lorsqu'on touche les parties honteuses d'une personne de sexe dii'ferent, meme pour peu de temps, parce qu'on ne le fait guere que par passion erotique , et parce que outre que c'est fort indecent, il y a un proche peril de pollution ou de plaisir charnel. Cependant, il ne faut pas accuser d'un peche grave les servantes qui touchent les parties honteuses des enfants en les habillant, a moins qu'elles ne le fassent d'une maniere prolongee et en eprouvant un plaisir charnel.

8 II n'y a qu'un peche veniel, en principe, lorsqu'on touche legerement, et en passant les doigts, les mains, le visage d'une personne d'un autre sexe, en mettant de cote toute fin mauvaise, tout sentiment et danger de debauohe, si on ne le fait que par pure curiosite et s'il n'y a aucun danger pour nous ou pour un autre.

D'ailleurs, comme dans une matiere srlubrique on ne wit pas toujours clairement ce <jui est v&iiel ou mortel, et

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