ART. II. REGARDS JETES SUR LES CHOSES OBSCENES
417. I. Les regards jetes sans raison sur des choses honteuses constituent des peehes graves ou legers, suivant 1'intention de la personne, le degre de turpitude et le danger de consentement a la debauche. Le peche est moins grave quand il s'agit de notre propre personne que lorsqu'il s'agit des autres, parce qu'ily a moins d'excitation; de meme, il est moins grave quand il s'agit d'une personne du meme sexe.
II. Des regards gravement impudiques sans motifserieux, surtout sur des personnes d'un autre sexe , constituent en principe un peche mortel, meme en 1'absence de toute passion charnelle, parce que, d'ordinaire, il y a ia un proche danger de debauche, comme on 1'a dit plus haut a propos des attoucliements coupables.
D. Faut-il, dans le regard comme dans les attouchements, tenir compte des circonstances des personnes regardees d'une maniere obscene?
R. Non, selon Popinion plus probable, s'il n'y a aucun desir, parce qu'ils ne sont pas censes de leur nature tendre a 1'acte consomme. Ainsi 1'action de regarder de cette maniere des parents, des gens maries ou des personnes sacrees, ne constitue pas une faute relevant de '.'idultere. de I'inceste ou du sacrilege.
418. 1 II n'y a pas de peche mortel, en principe, lorsque des personnes du meme sexe se regardent legerement tputes nues,en nageant ou en se baignant, surtout lorsqu'elles n'ont pas atteint 1'age de la puberte.
136 LA MORALE DES JfiSUITES.
2* Regarder les parties honteuses on les parties voisines d'une personne d'un autre sexe conatitue un peche mortel, a moins que ce ne soit de loin ou pendant fort peu de temps, parce que ces regards font naitre la passion ou poussent au peche. On n'est pas excuse, mime si on les voit a travers un voile tres leger et transparent, parce que la passion, loin d'en etre diminuee, ne fait que s'accroitre. Excepte : 1 s'il s'agit d'un enfant ou d'un vieillard tout a fait refroidi, parce qu'ils ne sont guere excites; 2 si Ton regarde un tout petit enfant, parce qu'il nous excite peu. Aussi les servantes et les nourrices ne commettent pas un grave, peche en regardant de cette maniere les enfants qu'on leur confie, a moins qu'elles ne le fassent d'une maniere prolongee ou plusieurs reprises, ou avee un sentiment coupable.
5 Regarder les parties honnetes d'une personne d'un autre sexe, me'me belle, n'est pas en principe un peche si on le fait par curiosite ou avec insistance ; il y a ordinairement peche ve"niel, et peche 1 mortel lorsqu'on regarde longtemps, en courant le proche peril d'une honteuse concupiscence ou d'un plaisir prolonge, surtout si Jes esprits sont excites, et, a plus forte raison, si Ton aime la personne d'une maniere dereglee.
4 e Regarder les parties peu bonne* tes, mais non honteuses d'une femme, surtout le sein, les bras, les jambes, ne conrtitue pas un peche mortel en principe, en mettant de cote* Dependant le proche danger d'un contentement coupable qui 16 produirait facilement si Tacte se prolongeait. Mais il y a peche mortel, generalement, pour ceux qui regardent sans (aison les seins nus d'une belle femme aveo une insistance notable, a cause du peril qu'entrame cette vue. Mais il n'ya pas de grand peche lorsque, en laissant de cote tout peril special, on regarde des meres et des nourrices allaitant des enfants, ou encore lorsqu'on porte la vue sur le sein de*couvert d'une femme avancee en age ou trop jeune pour etre formee.
5 Regarder des peintures obscenes par pure curiosite' n'est pas uu peche mortel, s'il n'y a aucun plaisir honteux ni proche peril. Mais, en pratique, on excuserait difficiiement
TRAITE DBS VI* ET IX PWfiGEPTES DO DECALOGUE. 137
d'un peche mortel un homme qui regarderait les parties honteuses (Tune femme peinte, parce qu'ilnepourrait guere eviter d'y prendre un plaisir bonteux, a moins que ce ne soit pour fort pen de temps, ou a une grande distance, ou que 1'etat de vetuste de la peinture n'ait attenue la force de la tentation. Billuard, avec d'autres, excuse d'un peche morteJ ceux qui regardent par legerete, en passant, par curiosite, ou si les tableaux ne represented que des enfants, parce que les choses peintes n'excitent pas comme les choses naturelles. t cette opinion parait probable, a moins qu'il ne faille juger autrement a cause de la faiblesse de celui qui regarde.
ART. III. ENTRETTEHS ET LECTURES 1HPUDIQUES.
419. I. Dire, chanter, eci-ire, ecouter des choses obscenes pour y trouver un plaisir charnei ou courir le procbe peril de consentement, est un grave peche. Mais s'il n'y a aucune intention coupable, aucun peril de consentement, et si Ton a une cause legitime de les dire, de les ecrire ou de les Ecouter, il n'y a aucun peche.
II. Lire des livres obscenes sans une raison legitime est un grave peche', meme si on le fait par curiosite ou pour se distraire, parce qu'en principe ces lectures poussent a la debauche. Excepte, par hasard, le cas ou les lecteurs, par suite de leiir seule curiosite, de leur age avance, de leur temperament froid o'u de leur habitude de ces choses, ne courraient pas le grave peril de ceder a la passion.
HI. Lire des livres d'amour ou legerement obscenes n'est pas en principe un peche mortel, bien qu'en pratique ce soit tres dangereux, surtout pour les jeunes gens. Quant aui livres obscenes jusqu'a un certain point, traitant d'ailleurs de sciences, ce n'est pas un peche en principe de les lire pour s'instruire ou pour en retirer quelque profit, en mettant de cote le peril de consentement charnei, toujours I craindre chez ies jeunes gens.
4-20. 1 C'est un grave peche en general de parier, meme par legerete, de 1'acte conjugal, de ce qJ est permia
ou deiendu entre epoux, des moyens d'empecher la conception, de procurer la pollution, surtout si c'est entre jeunes gens de sexe different.
2 II y a grave peche a dire des choses honteuses pour le seul plaisir qti'on trouve a y penser. II n'y a pas d'excuse pour ceux qui, par plaisanterie, tiennent des propos equivoques, mais bieh clairs, en voiilant dire la meme chose pour s'amuser.
5 C'est mi grave peche que de se vanter de ses propres peches honteux, et ordinairement pour trois raisons : parce qu'on s'y complait, a cause du scandale, el a cause du peche d'orgueil.
4 En principe, ce n'est pas un peche morlel que de dire des choses honteuses, mais legerement obscenes, si c'est en passant, pour plaisanter ou pour se consoler vainement, a moins que les auditeurs ne soient assez f aibles d'esprit pour eprouver un grave scandale. Ainsi, communement, il n'y a pas de grave peclid dans les propos honteux que tiennent les moissonneurs, les vendangeurs, les charretiers, parce qu'en general, ils ne cherclient qu'a i'aire rire.
5 On ne doit pas toiijours regarder comme pecbes mortels les entretiens galants enlre personnes de sexe different, bien qu'ils soient pleins de danger, a moins qu'ils ne soient prolonged, repeies ou tenus dans des lieux solitaires.
Que faut-il penser des amourettes, comme on dit, surtout entre jeunes gens? II ne faut pas y voir, sans distinction, des peches mortels, bien que, ordiuairement, il y ait la une proche occasion de commeltre un peche morlel, du moins dans leurs progres et dans leurs circonstances ; par exemple, si les amants se trouvent seuls assez longtemps ou pendant la nuit, etc.
6 II n'y a pas de grave peche a lire par pure curiosite des livres legers, parce qu'ils n'excitent guere la passion et n'exposent pas a un grand peril, 'comme sont beaucoup de comedies et de poemes. Mais si on le fait pour une raison legitime, pour s'instruire ou etudier 1'eloquence, il n'y a aucun peche.
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